‹ Ce que dit la musiqueChapitre 57 sur 103 · CONCERTO, DE SÉBASTIEN BACH · texte numérisé non relu

CONCERTO, DE SÉBASTIEN BACH

est étendu mollement sur le tapis de mousse, à l’ombre des hêtres, près d’une claire fonlaine. Virgile ne nous

I apprendrait pas, que les sons prolongés raconteraient ces impressions.

Ravi de la douceur des sons répercutés par l’écho, le berger en essaie d’autres avec son instrument primitif.

II a du temps de reste. Dans ce doux loisir les doigts se promènent au hasard sur le roseau harmonieux. Il en tire des effets qui le charment et letonnent. Il s enhardit. Après les modulations plaintives il essaie des variations. Il imite le tremblement du feuillage, les gémissements du vent, le roucoulement des ramiers, les trilles des rossignols, les soupirs des fauvettes. C’est la nature prise sur le vif, ce sont les voix de l’univers recueillies dans la solitude et qui ont inspiré, même au temps de Platon, des chants aussi beaux que ceux de Hændel et de Gluck; voilà pourquoi ces maîtres nous transportent dans le monde antique.

Quand on voit dans les Lois de Platon l’importance infinie qu’il donne à la musique dans l’éducation, on serait tenté d’admettre un art déjà parfait, une beauté de mélodie et d’harmonie égale à celle de la statuaire antique. La musique célébrée par Platon était-elle vraiment inférieure aux chefs-d’œuvre de Phidias?

Bach est moins musicien que mathématicien; la science des nombres sonores, voilà sa vocation; il n’est pas de la race des poètes, des inspirés, ce qui est tout un.

Pourtant je constate aussi chez lui la naïve surprise

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des musiciens primitifs qui découvrent la tdwdjj instrument et le parti qu’ils peuvent en tir r. Lu ans ni évoque un son, puis un autre; les modu allons,te -* binaisons se succèdent à l’infini, d abor sam, , inspiration, pour le seul plaisir de pour» m un theo rème. Ainsi dans les sciences transcendantes . tous les savants ne se proposent pas de faire des < ecorner •

Il ne s’agit pas toujours de mesurer le cœux, de trouver une nouvelle planète; ils se livrent a une se de problèmes difficiles, inextricables; les vaincre,

^Tpeu de cette famille; il traite les sons

leur progression, el se livre à une sorte de calcul ditte-

''"jetrpTst droit de parler des grandes œuvres de Sébastien Bach; je ne les comprends pas, eües vont pas au cœur, excepté la sublime Cantate de a Pentecôte que je mets au rang des plus suaves inspiraül P- Mme divine, par sa tendresse humai , elle diffère des autres œuvres religieuses de Bach qu ont le caractère d’une Dogmatique musicale

L’ascétisme en musique ne peut P loduir 1 ^

mélodies émaciées, décharnées, anguleuses comm martyrs des tableaux pré-raphaéliles^Sans do , un devoir d’honorer les œuvres des Preeurseu, tirer de l’oubli. On est touché de voir Mozait en siasmé par les Motets de Bach, et Beethoven secnanK * Ce n’est pas un ruisseau, c est un Océan • » ;

CANTATE, DE SÉBASTIEN BACH. loi

delssohn : « La musique de Bach transforme en temple toute chambre où elle retentit. »

Ces maîtres immortels ont écouté leur piété filiale pour l’incomparable conlrepointiste. Ils me rappellent Michel-Ange, Raphaël et Léonard se rendant en pèlerinage à l’église del Carminé, à Florence, pour y étudier Masaccio, dans la célèbre chapelle Brancas.

De nos jours le culte de Bach doit tenir à une autre cause. Après y avoir bien réfléchi, après avoir gémi sur mon esprit rebelle à tout ce qui n’émeut pas le cœur, je crois avoir trouvé le secret de ceux qui communient en Bach. Sa musique chorale est une des formes de la religion réformée ; dans l’innombrable variété des sectes protestantes, ce n’est pas une des moins orthodoxes; voilà pourquoi ce sacerdoce règne à Berlin. Tous les coreligionnaires se reconnaissent à leur fanatisme pour le vieux Cantor. Chaque verset de la Bible est sacré, de même chaque mesure de ces chants religieux. Non seulement des Messes brèves, des grand Messes, des Oratorios, mais aussi des Cantates et des Motets.

Respectons profondément la foi des initiés, des fidèles ; pour nous, elle reste inintelligible. A l’ascétisme, en musique et en peinture, nous préférons la floraison de l’art dans la plénitude de sa beauté. Il y a des chants et des tableaux faits uniquement pour l’Église et qui ne devraient pas en franchir le seuil. Ces voix à l’unisson, qui font l’effet d’un pieux solfège, résonnent mieux sous les voûtes d’un temple que dans une salle de Concert.

On dirait le rudiment, I’abc du chant. Parfois une mélodie semblable au vagissement du nouveau-ne; ü est au maillot, il gémit. Musique toute en sons marticulés, en gestes enfantins, avec la gaucherie la débilité, l’innocence d’un petit être. Mais il grandira, il deviendra un génie scientifique, et alors, je le comprendrai encore

"Tans d’autres parties de cette musique chorale, les sévérités de l’orthodoxie éclatent en fanfares, trompettes, trombones, surtout dans le roulement formidable de l’orgue à travers les chœurs et l’orchestre reunis.

La musique la plus naïve de Bach n’a qu’une apparence très simple et ne l’est pas du tout; elle est doublée d’une science énorme hérissée de difficultés.

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