LE MAGNIFICAT, DE BAC
les Huguenots ou tel qu’on l’entend dans les temples protestants ; chant de triomphe d’un peuple qui a retrouvé son Dieu trop longtemps voilé par le tabernacle.
Plusieurs des chœurs du Magnificat sont semblables à tous les chants ecclésiastiques, louanges de convention, hymnes, prières d’un rite officiel, sans élan religieux. Les voix de basse ont un accent si sombre, si autoritaire, qu’on dirait par moment une suite d’excommunications en musique. Ailleurs le chœur est tout en marches et contre-marches de sons discordants, de vocalises aiguës; tout à coup il fait volte-face et retombe dans l’accord juste, dans le vrai ton.
Est-ce une manière de musique descriptive? Ces dissonances qui redeviennent des harmonies dépeignent peut-être les brebis égarées revenant au bercail.
L’intervention stridente de l’orgue met fin aux lamentations comme aux disputes. De ce trône infaillible, le Verbe lance un défi à l’humanité ; il fait sentir sa force, sa victoire; il en abuse. L’orgue, c’est la foi qui s’impose; c’est la hiérarchie et l’autocratie du bras séculier.
J’ai peur d’avoir heurté tous les fervents de Bach. C’est une grande témérité d’avouer sans détour ce qu’on pense ; mais vaudrait-il la peine de vivre si on n’osait pas soutenir son opinion, même en musique?
Chose étrange, l’art le plus harmonieux est celui qui divise le plus. Au xvm c siècle, Gluckisles et Piccinisles se sont fait une guerre acharnée. Aujourd’hui on est tout aussi passionné, aussi peu d’accord.
Concluons : la manière si différente de chacun de nous de sentir la musique, est une révélation de caractère, un diagnostic intellectuel. La musique devient ainsi un diapason qui fait entendre nettement le son de chaque âme, sa culture, son degré de sensibilité.