SUITES EN SI MINEUR, DE BACH
« Fontaine, je ne boirai pas de Ion eau. » Et pourtant je reviens à Sébastien Bach. Le vieux Cantor tenait sans doute à conquérir de pauvres petits esprits superficiels comme le mien, et il a composé les Suites en si mineur {Introduction, Polonaise , Gavotte ).
Refrains populaires, solennels toujours, mais très simples. Qu’importe le thème? Bach saura le transformer, le faire valoir en le modulant, en changeant de rythme, en le faisant passer par divers instruments ; après les violons, la voix naïve de la flûte, le timbre champêtre du hautbois.
Le principal effet de ces chants tient à l’alternance des instruments et aux fantaisies charmantes, inattendues, des variations de flûte. Le motif, toujours le même, reprend, je ne sais combien de fois, et toujours plus nouveau, malgré son extrême simplicité et sa bonhomie
j;.g CE que dit la musique.
feinte. On ne s’en lasse pas, c’est un ensorcellement; la salle fait bisser, on applaudit avec frénésie; si l’on osait, si l’on croyait l’obtenir, on ferait recommencer sans fin. Et tout cela, notez bien, ce n’est que le préliminaire.
Voici maintenant la Radinerie et le solo de laffanel. On se pâme d’admiration. Pourquoi? C’est ravissant, voilà qui est certain. L’effet sur le public est toujours le
meme. . ,.
Ah! la charmante Badiiierie! Celle-là, je lai bien
comprise, je peux en parler. 11 ne s’agit plus de science, d’effroyables difficultés; il l’a dit : C’est une Badinene. Elle débute par un chant plaintif, naïf; une modulation champêtre retentit dans la clairière. Où a-t-il pris ce motif? Partout; dans les carrefours de la petite ville d’Eisenach, dans la hutte du charbonnier de la Forêt deThuringe.
Le refrain, délicieux de fraîcheur et de grâce, seleve dans les airs avec la fumée bleue de la cabane. Du temps de Bach ou recherchait ces airs simples, comme on recherche aujourd’hui en musique des choses incompréhensibles. C’était un régal plein de saveur, à la cour du Landgrave, que d’entendre ces chants frustes. La vie factice, l’étiquette des cours, la poudre à la maréchale donnaient plus de prix aux parfums des bois.
Bach a ramassé une petite pierre fine, un grenat de Bohême, et l’a enchâssé dans un filigrane d or, d un travail délicat. Celte simplicité de mélodie chez 1 auteur de la Passion selon saint Mathieu a tout le charme