‹ Ce que dit la musiqueChapitre 6 sur 103 · ALCESTE · texte numérisé non relu

ALCESTE

Gluck, avec sa simplicité antique, fait l’effet d’une aube printanière après les ténèbres. L ame radieuse de la Grèce respire dans le cbant suave d’Orphée aux Enfers. Toute l’opposition d’une religion sereine avec les dogmes farouches et sombres ressort de ce fragment symphonique. Celte pure mélodie doit exprimer la douleur d’Orphée à la recherche de son Eurydice, et l’on n’y trouve pas trace d’amertume. Une plainte amoureuse, mêlée de beaucoup d’espérance, une mélancolie combattue par la certitude du revoir, quelque chose de pastoral et de très tendre, telle est cette entrée aux Champs- Elysées infernaux. Si l’on ignorait le sujet musical, on définirait celle mélodie suave : le duo de deux sourires. El quand on pense que ce charme d’inspiration, de naïveté, de fraîcheur est contemporain du Neveu de /la-

meaul Encore une preuve que le génie ne date pas d’une époque ; il porte en lui la puissance qui transforme le siècle, il ne le subit pas. Le caractère de la musique de Gluck est vraiment de l’âge d’Orphée.

Et \'Iphigénie en Aulide \ Les anciens ont-ils jamais entendu des mélodies aussi célestes? Si Orphée a existe, certainement son chant devait avoir cette simplicité, cette candeur. Rappellerai-je Flaxman? C’est un artiste moderne, et son dessin a la ligne pure, correcte des anciens marbres. Ainsi de Gluck. On comprend que la vue des chefs-d’œuvre de Phidias ait influencé Raphaël; mais Gluck, ni personne avant et après lui, n a retrouvé un vestige de musique antique. Et l’on se dit en écoulant, en voyant se dérouler ce dessin mélodique si pur : C’est de l’antique.

Sans vouloir forcer le sens musical, il est pourtant impossible de ne pas être frappé du caractère classique, tragique, de l’ouverture d ’Iphigénie en Aulide : plaintes touchantes de la jeunesse de la beaule qui va cire immolée, grandeur et pompes du sacrifice, majesté des Atrides, tout y est, jusqu’au luxe des richesses, ces broderies merveilleuses, des motifs pleins de grâce et de finesse qui se détachent sur le fond de l’orchestration.

Quant aux airs de ballet A'Iphigénie en Aulide, ils ont une couleur moins classique ; l’empreinte du xvm« siècle y est fortement marquée. C’est toujours un de mes étonnements d’y retrouver tant d’ingénuité. On ne sait lequel l’emporte comme charme? Est-ce le Prélude , YAndantino , la Gavotte ?

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