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LA MISSA SOLEMNIS, DE BEETHOVEN

basse graves, solennelles, tantôt des voix féminines douces, caressantes, puis de longues notes tenues pendant la partie fuguée; les voix de soprano poursuivent le dessin musical.

La vie bienheureuse des Justes est bercée par ce concert d’anges. Non, ce nest pas une musique terrestre, c’est le chant des sphères célestes. Puis toutes ces voix redescendent sur la terre et s’enveloppent de silence.

II. Gloria in Excelsis. —Début impétueux, violent; les trompettes, les instruments de cuivre commencent leurs véhéments appels. Ce n’est plus la vie bienheureuse ni la rêverie religieuse ; le dogme théocratique apparaît, l’histoire biblique, avec les foudres de Jéhova courroucé.

Après un silence, les notes sonores et graves des basses, les sons aigus des violons, les voix passionnées se détachent, soutenues par l’accompagnement de l’orchestre et suivies de suaves modulations de la flûte. Le Chœur reprend, entrecoupé de soli entre soprano et ténor. Ce sont des phrases d’une extrême douceur.

Le caractère sacerdotal s’accentue de nouveau par des cris éplorés, des intervalles de recueillement, des prières désespérées sur un mode expirant, morendo. Il y a ici des effets d’écho admirables, puis des silences éloquents.

Tout à coup un roulement sourd donne le signal, des Chœurs guerriers retentissent, c’est une sorte d’Alleluia. Les fugues recommencent dans l’orchestre et dans

le chant. Ces fugues, solfiées par les voix de basse et de soprano expriment l’agitation, la confusion des masses qui se démènent à l’aveugle sous le regard impassible de Jéhova, peuples qui n’ont pas d’histoire, mais des aspirations.

Un énorme tumulte musical éclate dans l’orchestre. Ces voix stridentes se précipitent comme des troupeaux sous la verge du pasteur, 1 orgue ronflant augmente l’agitation de ces voix affolées, c’est un sacrifice, un holocauste en musique.

Aucune composition de Beethoven n’est comparable à ce Gloria in Excelsis par la puissance de l’orchestration et les difficultés de l’exécution. Les voix sont trop aiguës; heureusement l’orchestre les submerge de ses flots sonores.

1X1. Credo .— Celte troisième partie commence avec une certaine solennité mêlée de rudesse. Quelle conviction dans ce Credo 1

Il ne s’agit pas ici de convictions personnelles, ni des vôtres, ni des miennes, mais de la foi au xm° siècle. De temps en temps s’élève une voix lointaine, à la sourdine, aussitôt étouffée par la masse profonde des voix chorales.

Un admirable motif, dessiné par la flûte, est le passage le plus délicieux de ce Credo. Dans 1 accompagnement de l’orchestre on entend des sanglots; ils précèdent le chant à deux voix et les préludes d’anges ou d’oiseaux sur les hauteurs célestes.

C’est la flûte qui exécute ces trilles, pendant les

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