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LA M1SSA SOLEMNIS, DE BEETHOVEN

mystères sacrés. Puis des voix suaves répètent : Ex Maria Virgine !

Comme on est reconnaissant pour celte douceur qui succède tout à coup à tant de sévérité! Véritable rayon dans les ténèbres, douce larme après les pleurs amers.

Voici que l’orchestre éclate en sons presque discordant, en ton mineur. Les voix se lamentent; ce sont les gémissements des malheureux. Quels passages déchirants! Toute cette fin qui va en mourant est d’un tragique superbe! Après quoi une succession d’accords harmonieux, pathétiques. On entrevoit les arceaux de l’église et la fumée de l’encens et le son se perd dans les profondeurs.

Après un silence, la trompette retentit, les voix reprennent, stridentes, avec une âpre vigueur, soutenues par l’orchestre qui exécute des fugues à la manière de Hændel.

Ali ! cette audition de la Missa solemnis compte dans l’existence ! Quel privilège de pouvoir entendre avec recueillement une telle œuvre !

Une oraison de Bossuet entrerait peut-être en parallèle avec celte partie de la Messe. D’autres parties font penser à saint Thomas d’Aquin.

On peut se fier à Beethoven quand il dit : « C’est ma plus grande œuvre. »

Si nous l’entendions aussi souvent que la Neuvième Symphonie , nous la comprendrions mieux.

Quelles superbes masses chorales mêlées au puissant

accompagnement de l’orchestre î Tumulte, voilà le nom de ce chant solfié, un orage de voix. On dirait que les siècles défilent avec les peuples divers, avec les hommes de génie, avec le cortège des actions bonnes ou mauvaises.

La fin du Credo est inattendue, toute différente des autres finales. On est surpris; c’est presque intentionnel. Beethoven a l’air de dire : Rien nest fini .

IV. Le Sanctus débute par un caractère paisible, harmonieux. 11 y a une partie de violon très douce, avec des trémolos sotto voce , puis des sons d’une ténuité extrême montent, descendent, remontent à des hauteurs inaccessibles, après quoi un accord superbe sur lequel se détache une mélodie ou plutôt une psalmodie de violons qui parcourt tous les tons, en majeur et en mineur. C’est une sanctification de 1 harmonie, cest le Benedictus.

L’orgue soutient les haulbois et les flûtes qui pleurent mélodieusement, et toutes ces voix redescendent des hauteurs sur la terre.

Le solo de violon est la plus belle partie de l’œuvre, avec un accompagnement d’orchestre très doux. Puis le soprano et le ténor commencent un duo si expressif, le chant du violon se mêle aux deux voix. Il est impossible que Beethoven n’ait pas songé ici à peindre une belle vie, la perfection de bonté, l’idéal de justice et de vérité. C’est surtout le violon, admirable d éloquence, qui dit toutes ces choses sublimes. La flûte et le hautbois mêlent aussi leurs invocations à cet hymne.

LA MISSÀ SOLEMNIS, DE BEETHOVEN. 177

Dans cette répétition : Benedictus ! on sent des cœurs altérés d’amour céleste.

C’est le seul passage mystique. L’amour pour le Créateur ne peut être qu’une prière ou des grâces rendu. Implorer ou bénir, oui; mais l’adorer comme une créature terrestre !

V. Agnus Dei. — Début lent et grave des voix de basse. Le caractère liturgique réapparaît. Que d’onction, de respect et de piété dans ces invocations du soprano et du ténor! L’orchestre avec ses ondes sonores accompagne harmonieusement les supplications humaines.

Il y a un moment sublime où, après les lamentations mélodieuses, l’orchestre renforce avec passion, avec angoisse, le Miserere . On pense aussi aux Thébaïdes, aux saints anachorètes dans leurs grottes visitées par les lions et les éperviers. Voilà l’effet des légendes dorées.

On remarque ici dans l’accompagnement les triolets de la Symphonie pastorale .

Après un long silence, un coup de tam-tam, des trémolos d’orchestre, un appel de clairon, de tambour, puis encore des fanfares triomphales, enfin un air guerrier.

C’est une des splendides parties de l’œuvre; on dirait des apparitions, des miracles.

Le chant reprend avec plus d’onction, les violons l’encadrent de fioritures et de ramages.

Il y a dans les poèmes de ces fantaisies surprenantes. Cela commence comme un Oratorio et finit comme uu chant d’oiseau. Pourquoi? Caprice de poète.

Encore un changement imprévu. Un chant avec le

rythme d’un Menuet, puis le Chœur éclate formidable, avec accompagnement de trompettes, suivi de fugues. La même formule est reprise par les violons, par les (lûtes et divers instruments. Et encore des fugues, terminées par de majestueux accords. Après un dernier roulement de tonnerre, les voix des anges se font entendre. Les trompettes éclatent, et ces fanfares couvrent toutes les masses chorales.

Rien que pour ce finale il valait la peine de revenir une troisième fois. Mais quel effort, quel travail mental il faut pour essayer de pénétrer un peu celle œuvre gigantesque! C’est écrasant.

Peut-on vraiment appeler cette Messe une œuvre musicale? C’est le drame de l’humanité.

Et c’est l’éternelle Théodicée.

Cette Missa solemnis que Beethoven plaçait plus haut que la Neuvième Symphonie , je l’ai entendue pour la quatrième fois, mais je ne suis guère plus avancé. Pourtant j’étais très recueilli, très bien placé, loin du chœur des femmes aux voix si aiguës qui m’avaient transpercé aux précédentes auditions. Je pouvais juger de l’ensemble. L 'Introduction m’a touché, 1 Agnus Dei encore plus. Le reste est lettre morte pour moi.

La Symphonie avec Chœurs , il est vrai, a été aussi très longtemps une énigme, j’ai fini par la déchiffrer; mais je crois qu’elle est cent fois plus riche en mélodies que la Messe solennelle , et pas métaphysique du tout!

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