‹ Ce que dit la musiqueChapitre 69 sur 103 · S Y M PIIO NIE-CANTATE, DE MENDELSSOHN · texte numérisé non relu

S Y M PIIO NIE-CANTATE, DE MENDELSSOHN

La Missa solemnis de Beethoven a été, l’an dernier, l’œuvre capitale des Concerts du Conservatoire. Cette année-ci, la Cantate-Symphonie de Mendelssohn fait aussi grand honneur à la Société des Concerts, et comme importance, et comme exécution.

La Symphonie-Cantate de Mendelssohn (sur des paroles de l’Évangile) débute par un Allegro maestoso qui n’a point de caractère religieux. Est-ce un artifice du compositeur pour faire ressortir d’autant plus la fervente onction de la Prière qui va suivre?

Un appel majestueux des clairons semble avertir la terre, l’univers entier : « Écoutez! préparez-vous! inclinez-vous! »

Ce clairon commande l’attention, l’éveille même beaucoup trop, car la suite paraît faible.

Quelques modulations à la Mendelssohn, de la même

jgO CE QUE DIT LA MUSIQUE.

famille que les mélodies semées dans ses autres Symphonies et dans ses Ouvertures, forment un prélude brillant et bruyant, sans grande originalité. \ers la fin on y remarque un passage très doux, très pathétique. Puis l’orage musical recommence avec une vitesse vertigineuse. Cet orage finit par un effet d écho délicieux. Et quel parti la flûte dun grand artiste sait tirer de ces modulations!

Jusqu’ici rien d’une Cantate*, mais celte première partie instrumentale renferme une perle, une adorable mélodie en mineur, plaintive comme une inspiration de Chopin, et avec un mouvement de valse. Moins que jamais on comprend ce titre Cantate. Tous les instruments alternent pour répéter celte mélodie désespérée, je n’ose dire cette valse. L’accompagnement, d’une piquante originalité, est aussi beau dans son genre que le motif, entrecoupé de temps en temps. Ces interruptions sont d’un grand effet.

Jusqu’ici rien de religieux. Peut-etre ce caractère mondain, ces joies de la terre sont-elles là pour servir de contraste à Y Adagio religioso ? La ferveur commence, les larmes montent du fond du cœur.

Non, jamais Mendelssohn n’a atteint cette élévation de la prière. Et nous aussi nous rendons des actions de grâces au ciel musical qui nous a réservé cette langue nouvelle et divine. Oui, c’est une sublime invocation. C’est la plus belle partie de l’œuvre; on se rappellera cette inspiration de Mendelssohn tant que son nom

vivra.

SYMPHONIE-CANTATE, DE MENDEI.SSOHN . 181

La seconde partie vocale commence par un chœur magnifique ; Beellioven n’aurait pas eu une plus grandiose conception ni plus de puissance d’instrumentation.

11 y a ensuite des parties qui marquent le rituel de l’Église bien plus que la vie d’une âme en prière. Elles renferment aussi de grandes beautés, mais j’aime mieux la simplicité majestueuse du commencement que la suite; le mouvement est trop tumultueux.

La voix de soprano dans le solo, et les répliques du ténor et du baryton, chantent les louanges au Seigneur : Louez Dieu! Louez Dieu!

Cela finit par une très belle phrase musicale. De temps en temps l’orchestre sépare par d’harmonieuses parties instrumentales les Chœurs et les Soli.

Remarquons aussi un duo de soprano très charmant, mais point religieux, qui ressemble à une vieille romance française.

La reprise des chœurs ramène un chant splendide.

Les récitatifs, très expressifs, ont généralement des paroles terribles, et la musique ne traduit que trop l’épouvante, la terreur.

Après ces récitatifs, le chœur revient avec majesté : Adorons l'Éternel] sans accompagnement d’orchestre, soutenu seulement par les ondulations sonores de l’orgue. Ce morceau plein d’onction est dans la manière des Oratorios, style d’église.

Encore un duo entre soprano et ténor, chant ingénu de reconnaissance envers le Créateur : Je chanterai tes bienfaits. Cette répétition est délicieuse. Puis le chœur

|g2 CE QUE DIT LA MUSIQUE.

reprend sa première phrase avec une grande vigueur et une grande solennité.

Quant au finale, il atteint le maximum de la difficulté d’exécution. L’expression devient extrêmement saisissante; le clairon retentit, c’est l’appel que nous avons entendu au début, dans la première partie.

C’est d’un grand effet et une vraie trouvaille de génie.

Ce finale a un caractère guerrier plutôt que religieux, et exprime, je pense, le triomphe de la religion sur l’indifférence humaine.

Page 1