LA MUSIQUE. — LA LUMIÈRE
en lui-même; il ne se rend pas compte des pensées encore rudimentaires que l’éducation et le temps développeront. La musique des maîtres fait vibrer en nous ces pensées inconscientes, embryonnaires, déposées au fond de l’âme ; elles tressaillent quand le génie les évoque.
Certainement il y a des parties musicales très accessibles à rintelligence, facilement saisies parl’imagination, et profondément ressenties par le cœur. Mais un instinct nous dit que l’idiome sacré de la musique correspond à des facultés mystérieuses dont nous avons à peine la vague perception. Ainsi l’enfant ignore les brillantes qualités qui germent en lui obscurément.
L’esprit positif sourit et, raillant mon rêve, il me démontre par la physique, par la physiologie, que tout ceci est une divagation musicale.
Et pourquoi nier ce qu’on ne peut analyser, peser, palper, disséquer? Le respect pour les vérités démontrées doit-il exclure la foi dans les vérités encore inconnues? Le ciel intellectuel en est peuplé; comme les nébuleuses de la voie lactée, elles deviendront astres un jour. Croire à une idée bienfaisante, oser l’avouer au milieu de la négation universelle, c’est peut-être méritoire, c’est du moins affirmer quelque indépendance d’esprit.
Qu’est-ce que la musique?
Eh bien, qu’est-ce donc que la lumière? Je ne le sais pas davantage.
La lumière et le son, de nature identique? Cela donne à penser!...
Tu oses toucher à ces questions si hautes, si délicates / C’est aux Maîtres à parler, à révéler les mystères de l’art divin. Le bonheur que la musique te donne, voilà ta seule excuse.
Le concert a cessé, et les harmonies intérieures continuent longtemps.
La mélodie, qu’on écoute encore, vous rend patient, et ramène le sourire sur le visage attristé; insensiblement l’esprit a passé du ton mineur au ton majeur. Un refuge toujours ouvert, quand la voix discordante ou banale du monde retentit autour de vous, deux heures de paix, n’est-ce pas un bienfait inespéré/