LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ, DE MENDELSSOHN
Le Songe (Tune nuit d'été , celte fantaisie charmante, devait séduire un musicien, et Mendelssohn l’a mise en musique ; mais je pense qu’il a emprunté à Shakespeare le titre seul, il n’a pas eu l’intention de déçrire les querelles d’Obéron et de Titania. De la féerie il n’a gardé que le cadre, les bosquets d’aubépine trempés de rosée, les rondes nocturnes des sylphes et des lutins sur des tapis de violettes, par un beau clair de lune, avec le rossignol pour orchestre, pendant que linottes, pinsons, chardonnerets, troublés dans leur sommeil, sautillent dans les branches.
Les suaves mélodies de Mendelssohn ne font certainement pas songer aux étranges comédiens, menuisiers, charpentiers, chaudronniers, tailleurs, tisserands, marchands de soufflets qui vont répéter leur pièce au fond des bois. Leurs noms harmonieux Muffie, Meurt-defaim, Vilbrequin, La Navette affublé d’une tète d’âne,
ne me semblent pour rien dans l’inspiration musicale, saufle passage où l’âne brait.
La reine des fées, éprise de maître Aliboron! Si ce n’est pas là une plaisanterie de palefrenier gardant les chevaux à la porte des théâtres, c’est une fine satire de moraliste : il a voulu railler l’imagination féminine qui poétise souvent des êtres vulgaires et les transforme en créatures idéales.
Avouons que l’idylle musicale répond mieux que le conte de fées au titre Songe d’une nuit d été. Cette remarque semblera audacieuse aujourd’hui que l’œuvre de Shakespeare est devenue sacro-sainte, depuis qu on a reporté sur elle l’autorité infaillible, la révélation divine retirées à l’Évangile. « Bien rugi, lion! » a cent fois plus de succès que : « Pardonnez-leur, ils ne savent ce qu’ils font. »
Il n’en est pas moins vrai que les badinages sur le grain de moutarde et le roaslbeef marquent le caractère du siècle autant que les travestissements historiques des personnages dans les drames de Shakespeare; il accommode et estropie l’antiquité à la façon de \ illehardouin et de Froissard. La Renaissance n’éclairait encore vraiment que les cours d’Italie, pendant qu ailleurs les reines et les rois se délectaient à des bouffonneries qui répugneraient aujourd’hui aux théâtres foiains.
Le génie de Shakespeare resplendit dans chaque vers du Songe d'une nuit d'été , mais la pensée créatrice est à peine digne d’un ballet. C’est un de ces contes populaires qui formaient la littérature de 1 époque, et