Voir Le Vrai dans VÉdacalion
H AM L ET, d’âM BROISE THOMAS.
Ce qui rend son fardeau si lourd, c’est que Ha miel est à la fois une conscience sévère, une nature inexorable et tendre. De là ses contradictions, les luttes de son âme ; il ne demandait qu’à aimer, et la cruauté du sort lui a donné une mère criminelle.
N’y a-t-il pas de quoi perdre la raison? Si Hamlet garde la sienne, c’est qu’il devient un justicier. Il adore son père, il poursuit le châtiment du crime. Que justice soit faite! la justice immuable l’inspire à chaque souffle.
Que de mots sublimes, forcément retranchés sur la scène ! Entre autres ces paroles qui devraient servir d’épigraphe. Hamlet dit : « Pardonnez-moi ma vertu, car, dans ce monde grossier, la vertu demande pardon au vice et implore comme une grâce la permission de lui faire du bien. »
FAUST, DE GOüNOD
L’Europe entière raffole depuis trente ans de celte œuvre. Tout le monde la sait par cœur; les musiques militaires dans nos promenades jouent les Marches, les Valses de Faust ; tout ce qui est jeune chante et adore la Romance : Salut , demeure chaste et pure, Y Air des bijoux est choisi par les plus grandes cantatrices, lorsqu’elles veulent remporter un triomphe. Pour les concerts, pour les représentations officielles, c’est la première scène, l’Invocation de Faust et le Trio de la fin, qu’on prend dans le répertoire des chefs-d’œuvre: la Kermesse , arrangée par Saint-Saëns pour piano, est un morceau superbe, d’une difficulté qui en double le prix aux yeux des virtuoses. L’enthousiasme et la concorde bannis de la société se retrouvent pour le Faust de Gounod. Enfin l’unité d’esprit si difficile à obtenir sur n’importe quel sujet est faite pour celte œuvre française. El pourtant le sujet est allemand!
FAUST, DE GOUNOD
Je me souviens du jour, de l’heure où le courrier de Paris nous apporta à Veytaux l’écho des premières acclamations. C’était en 1862. Les exilés prêtaient une médiocre attention à un triomphe musical sous l’Empire. On en voulait aux beaux-arts de charmer les Français et de leur faire oublier la liberté perdue.
Le printemps vint, le mois des touristes amena de Paris plus d’une admiratrice de Gounod. Un soir, par la fenêtre entr’ouverte, nous entendîmes une voix très pure qui chantait un des plus délicieux airs de Faust. Ces sons harmonieux entrèrent chez nous avec les parfums des fleurs, avec la brise du lac. Nous étions charmés, sans doute, mais une sourde irritation se mêlait à la séduction subie malgré nous. On se refusait de participer même de loin à ces consolations. Que la vie nationale renaisse, et alors, mais alors seulement, nous nous enorgueillirons nous aussi de compter un génie musical de plus en France.
Avant tout, que la Patrie, la liberté nous soient rendues.
Ce jour tardif arriva, mais longtemps après!
L’exil continua encore quatre ans à Versailles, suivi de douze années de solitude dans le deuil. Et voilà pourquoi aujourd’hui seulement j’apprends à connaître le luiust de Gounod et tous les chefs-d’œuvre dont j’ai essayé l’analyse 1 .
Qu’il est difficile de louer dignement ce que tout le