‹ Ce que femme veutChapitre 47 sur 71 · LES OFFICIERS SANS IMPORTANCE · texte numérisé non relu

LES OFFICIERS SANS IMPORTANCE

— Ca serait amusant, ces chasses, si les supérieurs restaient chez eux.

— Ils viennent nous empoisonner nos chasses I

— Ça, c'est bien vrai.

Et des observations : « Lieutenant, pourquoi n'avez-vous pas mis vos bottes d'ordonnance? »

— « Capitaine, faites-moi le plaisir de rentrer ce col blanc. »

— Tout y passe : les gants, les selles, la queue du cheval qui est trop courte...

— Oh ! tu as coupé trois nœuds de la queue du tien! tu verras à l'inspection... tu n'as pas fini de rire, va...

— Il est vrai que le vétérinaire a été un peu loin, je le reconnais, mais aussi pourquoi le vétérinaire est-il une brute?

— Est-ce que la marquise est à cheval ?

— Je crois que oui.

— C'est singulier, nous ne l'avons pas vue.

— Parbleu, elle est en tête, comme toujours.

— Et nous, forcés de rester derrière par égard pour les vieux pompons\

— C'est amusant comme touti

— Est-ce que vous croyez qu'on ne peut pas dépasser?

— Si on pouvait couper sous bois, oui; mais sans ça, c'est bien difficile à cause des généraux. .

— Le duc est bien devant?...

— Oui, mais c'est le duc!

— Le père RamoUy a une bonne tête sur « Soliman! »

— Le marquis dit que ça lui fait de la peine de le voir suivre là-dessus.

— C'est tout de même agaçant d'être obligé de monter des carcans pareils...

— Avec l'uniforme, ça va encore, mais autrement le cheval arabe est impossible, on est grotesque dessus I

— Excepté Fryleuse , puisqu'il a fait de son arabe un poney...

— Ah! laissez donc mon cheval tranquille...

— On te le fera payer, va...

— Moi, qui étais habitué à de gros chevaux

avant de venir au régiment, il me semble toujours que je suis à cheval sur un papillon...

— Puisque nous ne pouvons pas décemment prendre la tête, allons a/ec les voitures, voulezvous?

— Ça, c'est une idée...

Le général de Labaderne, à son officier d'ordonnance qui raccompagne toujours mélancoliquement. — Il me semble apercevoir un peloton d'officiers qui s'éloigne.

L'officier d'ordonnance. — Je n'ai pas remarqué, mon généraL

Le général. — N'est-ce pas le baron, qui vient de passer sur ce poney gris de fer?

L'officier d'ordonnance. — Oui, mon général.

Le général. — C'est étrange! il m'a semblé qu'il avait à sa boutonnière un ruban...

L'officier d'ordonnance. — C'est la décoration du pape, mon général.

Le général. — Pas possible! Il est juif!

L'officier d'ordonnance. — Qu'est-ce que ça lait? On ne s'en aperçoit pas; il mange de tout, sa femme va aux sermons élégants, et il est généreux!

Le général. — C'est vrai, lieutenantj il mange du cochon cQiriniÇvous et moi, et il est assez beau joueur, mais il a un diable de nez qui trahit furieusement son origine.

L'officier d'ordonnance. — Si on ne décorait que les gens qui ont des lignes pures...

Le général. — C'est égal, si le pape galvaude comme ça ses croix..

L'officier d'ordonnance. — Oh! « galvauder » est sévère, mon général!

Le général; — Je ne vous cacherai pas, lieutenant, que je suis plutôt sévère, sévère, mais juste... Qu'est-ce que vous avez donc à vous jeter comme ca dans le taillis.?...

L'officier d'ordonnance. — Mon général, c'est votre cheval qui a envoyé un petit coup de pied, Êi...

Le général. — Un coup de pied!... Zénobief c'est impossible! Elle ne sait pas les donner, elle ne iait pas...

L'officier d'ordonnance. — Mon général, je crois qu'elle a envie d'apprendre.

Le général, suivant son idée. — Ahl si j'étais sur ttFélicie», je ne dirais pas non; je sais que Félicie a parfois la croupe un peu folle ; mais « Zénobie », jamais.

L'officier d'ordonnance, qui a la marque du

coup de pied à sa botte. — Je me serai trompé, mon général.

Le général. — C'est long, cette chasse, très long.

L'officier d'ordonnance, à part. — Ah ! Dieu 1

Le général. — Pensez-vous que toutes les votures seront à l'hallali?

L'officier d'ordonnance, gui compte là-dessus pour se dédommager. — Mais je l'espère, mon général, il fait un temps superbe, et...

Le général. — Tant mieux !,Si la préfète est là, je pourrai peut-être rabibocher un peu mes petites affaires. [Silence.) Pourriez-vous me dire, lieutenant, ce que c'est que ce des gardes»? Plusieurs fois, aujourJ hui, ce mot, dit par les chasseurs, a frappé mon oreille. Au commencement, je croyais que c'était de gardes forestiers qu'il s'agissait, mais on dit continuellement que l'on vient a d'en relever », et on ne pourrait pas relevé: autant de gardes forestiers que ça, dans le terrain que nous avons parcouru ; je serais très curieux de savoir...

[Ils passent.)

PROPOS DE CHASSE

M. DE Nivo et M. DU Hiubois à cheval, au pas, sur la route.

— Moi, je ne comprends pas qu'on s'astreigne à suivre derrière les chiens; on sait, à n'en pas douter, où va la chasse; donc, à quoi bon s'éreinter?...

— Essouffler son cheval...

— Quand avec un peu de nez on arrive au même résultat sans se fouler I

— J'ai les pieds gelés...

— Déjà.} Comment ferez-vous donc dans un mois?...

— J'aurai des étriers à chaufferettes.

— Baste ! j'en ai essayé dans le temps ! Ca ne tient pas assez d'eau pour conserver la chaleur; au bout d'une heure, c'est froid comme glace...

— Ce qu'il y a de mieux, c'ssî encore de marcher...

— Je ne peux pas, moi ; mon cheval ne se laisse pas conduire par la figure.

— Pourquoi chassez-vous sur un cheval qui tire au renard? La première condition voulue pour un cheval de chasse, c'est d'être maniable.

— Celui-ci est insupportable, mais il a un fond d'enfer et il saute à merveille.

— Oh! ça, non, par exemple!... Je vous ai vu sauter tout à l'heure... il se reçoit sur son devant...

— Eh bien, tous les chevaux de chasse sautent ainsi...

— C'est excellent pour se fiche par terre...

— Tout ce que vous voudrez ! Mais voilà la seconde saison de chasse que je fais avec ce cheval et je ne suis jamais tombé...

— Vous tomberez, soyez-en sûr... C'est effrayant un cheval qui saute ainsi sur son devant...

— Eh bien, quoi, sur son devant? Voulez-vous pas qu'il passe les obstacles sur ses pieds de derrière, comme un caniche qui saute une canne ?...

— Non, mais moi j'aime mieux un cheval qui se reçoit bien équilibré sur ses quatre pieds... comme le mien.

— Eh bien, franchement, quand il saute, vous n'avea pas l'air à votre aise...

— Parce qu'il a le saut sec...

— En effet, il paraît l'avoir excessivement

M. DE HaLBRAN et LE JEUNE d'IgNAR.

Le jeune d'Ignar sur un cheval normand très beau qui n'en peut plus; M. de Halbran sur un vieux pur sang qui a le feu aux quatre jambes et des guêtres lacées pour empêcher les tendons de reclaïuer.

— C'est incroyable, votre cheval est aussi frais qu'en sortant de l'écurie.

— Tous ces vieux chevaux de pur sang sont les mêmes; à Técurie, ils ont l'air de ne plus tenir^"^ebout; au départ, ils raclent et butent tout le temps, mais quand c'est échauffé...

— Je n'aime pas beaucoup les chevaux de pur sang... on ne peut en avoir de gros à un prix possible, et...

— Qu'est-ce que ça vous fait? Vous n'avez pas besoin d'un gros cheval, vous; vous êtes mince... Combien pesez-vous?

— Soixante-quatre... mais ce n'est pas pour le poids, ce que j'en dis, c'est pour l'œil.

— Ah ! si vous chassez pour l'œil...

— Je ne trouve pas Joli d'être sur un cheval c^

flanqué, et tous les chevaux de pur sang, à des prix doux...

— D'accord; on n'a pas pour trente louis un cheval de pur sang bâti comme le cheval de Louis XIV; mais moi, quoique plus lourd que vous, je me contente d'un petit modèle, et ça me porte comme rien du tout...

— Oui, mais vous écrasez un peu votre cheval...

— Moi, allons donc 1

— Du moins, à l'œil...

— Encore l'œil I Mais alors, dans ce cas-là, il ne faudrait non plus chasser que sur des chevaux gris... C'est infiniment mieux avec l'habit rouge.

— J'y avais bien pensé... Mais c'est très difficile à trouver un cheval gris sautant bien...

— Ahl le gris est une robe qui empêche de sauter?...

— Non, mais enfin j'ai cherché chez tous les marchands et dans les ventes, et je n'ai pas trouvé ce que je voulais... Il y si peu de chevaux sautant...

— En voilà une sévère! Mais tous les chevaux sautent; il ne s'agit que de savoir les faire sauter... Ah ! il est bien certain que quand on veut faire de la fantasia..., arriver sur l'obstacle avec une selle sans genouillères, les rênes lâches et les genoux

MANIAQUES ET ABRUTIS Ijl

écartés, on a peu de chances de faire passer le cheval et beaucoup de se coller par terre...

— Vous avez une selle joliment bien faite, wonsieur.

— Oui, je suis très bien dessus, parce qu'à présent elle a pris ma forme... Je m'en sers depuis deux ans, et il n'y a pas longtemps qu'elle est faite à moi...

— Moi, je fais faire mes selles et mes f«jsils en Angleterre. .. Je viens de recevoir deux Piirdey qui sont merveilleux... Une couche, un « à main », vous verrez ça; quand on s^est servi de ces fusilslà, on ne peut plus tirer avec les autres.

— Les bons tireurs tirent avec tous les fusils ; ainsi, voyez de Nivo, il chasse avec un sale fusil de cent cinquante francs qu'il a dû acheter chez une revendeuse de la rue de Provence... C'est rouillé, aminci, ça fait frémir de penser qu'on peut être placé près de lui quand il touche à cet outil-là... Eh bien, il nous enfonce tous: au pigeon, en battue, en plaine... C'est insensé!...

— Aimez-vous les cartouches grillagées ?...

— Non, j'aime les choses simples; je me sers toujours des mêmes cartouches.

— Quelle marque ?

— Eley London...

— En cuivrei"

— Mais non, les douilles en carton.

— Ah ! vous avez tort.

— Pourquoi?

— On ne peut charger aussi fortement, et alors...

— Qu'est-ce que ça méfait, si je tue la même chose?...

— Erreur, quand la charge est plus forte, on tue davantage, c'est forcé.

— Vous croyez? Eh bien, je vous fais un match en vingt coups de fusil, si vous voulez ; vous aurez vos cartouches de cuivre, moi les miennes, et nous verrons qui de nous deux tuera le plus.

— Oh ! vous tirez bien mieux que moi !

— Vous voyez bien que ça ne tient pas aux cartouches.

M. DE Sangêne, le vicomte d'Alaly et du Haluer cherchant vainement les traces de la chasse.

— Voyez-vous des marques?

— Pas la moindre.

— Alors, retournons sur nos pas ; nous manquerons encore l'hallali.

— Pas de chance de manquer l'hallali, quand on a de si belles bottes à faire admirer aux voitures.

— Qu'est-ce que vous y trouvez à reprendre, à mes bottes?

— Rien du tout, elles sont superbes, on s'y mirerait.

— Moi, j'aime mieux la botte française, il n'y ? Ciicore que ça.

— Oh ! on a l'air d'un écuyer de cirque 1

— Ça ne se porte plus.

— Qu'est-ce que ça me fait que ça ne se porte plus? Moi, tout ce que Je demande à des bottes, c'est d'être à mon aise dedans, et la bonne vieille botte à l'écuyère...

— Pourquoi pas la botte Chantilly ?

— C'est la botte de gendarme que vous appelez la botte Chantilly ?

— Mais,..

— On éprouve le besoin de donner un tas de noms aux choses pour faire croire que c'en sont d'autres...

— Avec l'habit rouge, la botte à revers se portait toujours...

— Il y a quinze ans! A présent tout le monde met la botte Chantilly...

— Ça ne va pas avec l'habit rouge ; voyez les dessins d'Alfred de Dreux, tous...

— Qu'ai-je entendu? Qui est-ce qui parle d'Alfred de Dreux? Ah çà, quel âge avez-vous donc, d'Alaly?

— Blaijuez tant que vous voudrez, je vous crè'

venais tous à la chasse, à cheval ou à pied, au choix.

— C'est Sangêne qui a des bottes! Je suis entré ce matin dans sa chambre et il en a un jeu... je ne vous dis que ça!

— Parbleu ! il a amené deux domestiques pour les astiquer....

— Mais non. J'ai un valet de chambre pour moi et un homme pour soigner mes chevaux...

— Le fait est que tu as presque autant de chevaux que de bottes.

— Comment ! je n'en ai que trois.

— Que trois ! ! ! pauvre malheureux ! Et ça te suffit pour deux chasses par semaine ?

— Enfin, ils ne gênent personne, mes chevaux.

— Non, excepté d'Esprycour, qui, en maître de maison modèle, les a logés à la place des siens, qui sont avec les vaches. ..

— Pourquoi ne m'a-t-ii pas prévenu qu'il n'avait pas d'écurie?

— Pas d'écurie ! quand on a douze chevaux à loger, sans compter les siens...

— Eh bien, on bâtit une annexe pour le temps des chasses... en planches, en n'importe quoi...

— Oui , pour que les chevaux attrapent la fluxion périodique, c'est une excellente idée.

— Ah! tu fais des difficultés de toutl

MANIAQUES ET ABRUTIS iJÇ

— C'est pas comme toi, en ce cas.

— Est-ce que c'est du « Nubien » que vous mettez sur vos bottes?

— Non. C'est du cirage anglais, tout simplement.

— Au pinceau?

— Naturellement.

— (û'est ennuyeux, parce que, quand c'est mouillé, ça salit tout I

— Enfin, on n'a pas besoin d'essuyer ses bottes à la robe d'une dame.

— Comment! vous sautez en vous appuyant sur les étriers?

— Mais non.

— Je viens de vous voir à l'instant, vous avez sauté l'étrivière tendue.

— Mais, sac à papier 1 je sais peut-être bien comment j'ai sauté 1 Je ne m'appuie jamais, ainsi...

— C'est que vous le faites sans vous en rendre compte.

— D'abord, qui est-ce qui ne saute pas sans se servir un peu des étriers ?

— Moi, je ne tiens que du genou.

— Et du mollet donc ? On voit votre mollet qui s'écrase contre la selle.

— Oui, tout ça est très joli à dire, mais je vou-

drais le voir. Au premier obstacle, relevez donc un peu vos étriers.

— Pourquoi pas, pendant que vous y êtes, me faire nouer les rênes et sauter les bras ballants?

— Et la chasse, avec tout ça? Je ne soupçonne pas où elle peut être fourrée, la chasse !

Le duc de Grenelle, le petit de Lastyng.

Le duc sur un superbe cob, le petit de Lastyng sur un pur sang qui n'en est pas à sa première chasse.

— Il semble fatigué, votre cheval, jeune homme ?

— Il n'est pas fatigué, au contraire, c'est qu'il n'est pas assez échauffé; vous verrez tout à l'heure, il va se déraidir tout d'un coup...

— Quand la chasse sera finie, alors?

— Mais...

— Pourquoi donc lui mettez-vous des petits machins comme ça autour des jambes ?

— Ce sont des bottines.

— Eh bien, pourquoi lui mettez-vous des bottines, puisque bottines il y a ?

— C'est parce qu'il a lei ifendcns qui chauffent facilement, et alors...

— Je croyais au contraire que vous trouviez qu'il marchait mieux quand il était échauffé

— Gâ n'est pas la même chose : un tendon qui

chauffe, c'esi un accident, un accicc; lorsqu'il chauffe tout à fait, cela nécessite le feu...

— Comment ! ça chauffe, il ne faut pas que ça chauffe et on y met le feu ? Je m'y perds.

— Pardon, je vais vous expliquer...

— Oh! ne prenez pas cette feine, jeune homme, je ne comprends rien à votre jargon de cheval. De mon temps, il n'y avait pas une langue spéciale pour parler de ça.

— Oui, j'ai vu que cela vous ennuie quand on parle courses...

— Surtout quand ces dames veulent absolument me faire parier : elles me choisissent un cheval qui ne gagne jamais... ce que ça m'agace !...

— Tiens l ce soir elles vont vous en faire prendre un, c est demain dimanche...

— Elles me l'ont donné déjà... Comment diable s'appelle-t-il.^ Attendez... « Gourgandin. »

— Ne prenez pas ce cheval-là, on dit qu'il est claqué !

— Ah 1 je les reconnais bien làl qu'est-ce qu'il faur prendre ?

— Voyons .. tt Regrettée » ou a Forum... » Non, au fait, il n'est pas sur qu'il parte...

— Ahl voyons, il faudrait pourtant sortirdelà; vous me dites de prendre un cheval et vous ne sa-

i<^S MANIAQUES ET ABRUTIS

vez pas s'il court; ces dames m'en font prendre ua qui est mort...

— Mort?

— Dame, c'est vous qui venez de me le dire.c^

— Moi ? mais...

— Vous m'avez dit : a Ne prenez pas ce cheval-là, il est claqué! »

— Claqué ne veut pas dire mort, cela signifie un tendon parti...

Le duc paît au galop.

PROPOS DE CHASSE

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