FINALE
De Saint -Cynnatus, la petite madame de Rebondy, oi QuiBRON, parlant très haut pour dominer le bruit des autres conversations.
— Commentl vous croyezque madame de Nymbe et Pondor ne sont plus... au mieux?
— J'en suis absolument sûr, madame.
— Et lequel a quitté l'autre?
— C'est madame de Nymbe qui a abandonné la partie.
— Tiens! pourquoi donc? Il n'est pas mal, Pondor...
— Oh! elle l'a lâché pour une misère; il éteignait toujours la bougie avec sa pipe... Il paraît que ça horripilait madame de Nymbe ; elle n'a Jamais pu s'y faire...
Madame de Rebondy, scandalisée. — Oh! dites donc, vous nous racontez là des histoires...
UN DINER loj
— Alors, chaque fois qu'il recommençait : une scène; ça finissait par faire beaucoup de scènes...
— Et il ne lui a pas sacrifié cette liabituda?...
— Oh ! vous savez, les habitudes d'enfance...
Le général de Belpoygne, la belle madame de Vespéiro, d'Estourdy.
D'Estourdy, inquiet, surveille avec anxiété les mouvements du général qui, légèrement congestionné, parle à l'oreille de madame de Vespétro.
— Ces fossettes!... Oh! ces fossettes!... Madame de Vespétro. — ...
— Vous savez, belle dame, ce que l'on dit : Toujours ces nids à baisers se répètent à différents étages? Cette croyance est justifiée, n'est-ce pas?
D'Estourdy, qui Jt' entend pas, mais se méfie et veut rompre les chiens. — Alors, général, vous avez été le roi de la chasse, aujourd'hui.^
— Moi? je n'ai rien tué! C'est pour vous f... de moi que vous me dites ça!...
— Pardon... oh! général, pouvez-vous penser?
— Mais vous avez bien dû voir...
— Je n'y étais pas, général, je n'y étais pas.
Le général, le regardant de travers. — Ah I Et où étiez-vous, sans indiscrétion ? {Se retournant tendrement vers madame de Vespétro.) D'ailleurs, ce n'cbt pas la chasse qui m'occupe...
l86 UN DINER
Le préfet, madame de Recta, le gknéral de Gé.nycour.
Madame de Recta, très ennuyée de son rôle de maîtresse de maison, entre le préfet et le général qui ne veulent parler que politique et se disent, depuis le commencement du dîner, des choses peu courtoises...
Le préfet, un peu lancé. — Oui, le ministre était une crapule, je vous l'accorde.
Madame de Recta. — Oh! vous allez peut-être un peu loin.
— Non, je ne vais pas trop loin ; on ne va jamais trop loin quand il s'agit de reconnaître la vérité... C'était une crapule!... Mais, quant au nouveau, il vaut infiniment mieux.
Le général, gouailleur. — Parbleu! le nouveau vaut toujours mieux.
Le préfet, riant. — Évidemment. {Avec étonnement.) Tiens, vous avez de l'esprit, général.
Le général, vexé de Vintonation. — Mais, monsieur...
Madame de Recta. — Puisque vous aimez les lapins, général, nous tâcherons de vous en faire tirer quelques-uns.
Le général, bourru. — J'aime les lapins, j'aime les lapins... Depuis que je suis divisionnaire, il me reste bien peu de temps à leur consacrer, aux lapins...
M. d'Oronge, madame d'Oubly, du Helder.
— Est-ce qu'on chasse encore demain ?
— Espérons que non; c'est assommant, à la fin, toutes ces chasses !
— Il y a des gens qui, à partir du i" septembre, se croient obligés à faire chasser...
— Au lieu de laisser leurs invités tranquilles.
— C'est vrai, ça! On vient s'embêter chez eux pour se remettre... du reste... et, au lieu de laisser les gens en repos, on les... esquinte.
Madame d'Oubly. — A quoi passeriez-vous votre temps, si on ne chassait pas?
— Quand ce ne serait qu'à vous tenir compagnie.
— Une jolie partie de plaisir! Et que ferionsnous, je vous le demande?
Du Helder [se penche à Voreille de madame d'Oubly et lui parle bas; elle est cramoisie). — Vous savez que vous devenez tout boanement impossible, du Helder?
— Quand on dit à un ami qu'il devient impossible, c'est qu'on est bien près de le trouver char* mantl
— Il n'y a plus d'hommes bien élevés l fe
— Taisez- vous donc! Il n'y a que les femmes laides qui aient le droit de dire ça, pour faire croire qu'on leur a manqué de respect.
lB8 UN DINER
M. DE Recta, le duc de Grenelle, madame de Vyelgardh.
Lr duc, à M. de Recta. — Quelle est donc cette jeune femme là-bas, au bout de la table?
— C'est ma petite cousine de Rebondy.
— Eh! eh! Elle est drôlette... très drôlette... et fraîche! Un morceau de roi!... à croquer...
Madame de Vyelgarde, vexée. — Oui, à la campagne... sur une botte de foin!...
Le duc. — Eh I les morceaux qui peuvent se passer d'assaisonnement ne sont pas les moins recherchés... la fraîcheur est la plus belle parure... pour la femme...
Monsieur de Recta, voulant pacifier la situation. — Oh ! du reste, elle adore son mari, c'est un petit ménage modèle...
Le duc. — Je connais ça, ) ^s petits ménages modèles... On ne les rencontre jamais que dans sa propre famille... Du moins, on dit qu'on les rencontre, car...
Monsieur de Recta. — ...
De Saint-Leu, madame de Pryfix, de Rupin. De Saint-Leu et de Rupin absolument gris.
De Saint-Leu, à madame de Pryûx. — Oui... oui... il m'est arrivé de tirer quatorze coups de
lapin sur le même fasill... C'est-à-dire... non, quatorze coups de fusil sur le...
— Et il attendait;
— S'il attendait?... Je crois bien qu'il attendait... C'est-à-dire... non, mais je le poursuivais... je le poursuivais de ma haine...
De Rupin, de r autre côté, plongeant dans le corsage de madame de Pryûx. — Voyez-vous, la figure... ce n'est rien, la figure... C'est le reste qui est tout... et avec un reste adroitement exploité.., on va très loin... [Continuant à se pencher et à plonger de plus en plus.) On va excessivement loin...
Au bout de la table, des Açores, le petit de Lastyng, db Halbran, l'abbé, etc., etc.
— De Rupin est absolument parti...
— Gomme toujours.
— Regarde les yeux qu'il fait à madame de Pryfix...
— Il faut qu'il soit rudement gris ou qu'il ait un courage...
— Il y a des femmes laides qui plaisent beaucoup.
L'abbé, doucement, la langue un peu pâteuse. — Il n'y a, dit un vieux dicton, « si vilain pot qui ne trouve son couvercle... »
IÇO UNDINER
— Oh!!!
L'abbé rougit et dévore ses fruits frappés.
On prend le café dans le hall; le tumulte Cbt à son comble.
Le général et le préfet sont à présent du même avis; l'abbé s'ingurgite silencieusement coup sur coup des verres de liqueur. De Rupin a saisi par un bouton de son habit M. de Recta qui circule de plus en plus correct au milieu des groupes bruyants, et lui dit d'une voix attendrie :
— Vous êtes un aimable pochard.
Le petit de Lastyng se fait présenter à madame de Vyelgarde et profite de ce qu'il est lancé pour lui expliquer immédiatement le service qu'il attend d'elle; madame de Pryfix regarde dans la glace si sa robe a suffisamment dégringolé pour faire voir le signe qu'elle a dans le dos; les chasseurs fatigués sont assis au mur et se racontent à tue-tête d'un côté à l'autre de la salle les anecdotes les plus invraisemblables. M. et madame de Recta se regardent douloureu sèment. •
Et demain matin, à déjeuner, tous ces gens-là seront se» rieux, froids, quelques-uns même très bien slevésl.,.