‹ Ce que j'ai vu à RennesChapitre 2 sur 16 · RUBICON · texte numérisé non relu

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— C'est à choisir : Dreyfus ou les graad.4 chefs.

Mercier, Cavaignac, les généraux, continuent à affirmer la culpabilité de Dreyfus. Ils annoncent fju'ils la prouveront abondamment à Rennes. Nous leur maintenons notre entière confiance. Jusqu'à preuve du contraire, nous ne croirons pas que six ministres de la Guerre et trois présid(;nts du Conseil se soient trompés et nous aient trompés pendant six ans.

Dreyfus innocent ! Oh ! dans cette improbable hjpothrso, quelles satisfactions suffisantes pourra il-on lui donner ! L'épée du général Mercier, le grand cordon de ZurUnden, le chapeau de Chanoine et le siège de Billot seraient des compensations infcricu-

res à ses raisons de mécontentement. A la déplorable victime d'une telle erreur judiciaire, je ne vois qu'une chose qu'il faudrait tout de même reftiser : la grâce de ses défenseurs.

Au reste, s'il n'est pas un traître, il sera forcément honteux d'avoir excité de pareilles sympathies. Ah ! les amis de Dreyfus, quelle présomption de sa culpabilité ! Quelle humiliation pour son innocence ! Ils injurient tout ce qui nous est clier, notamment la patrie, l'armée et un héros tel que Marchand. Leur complot divise et désarme la France, et ils s'en réjouissent. Quand môme leur client serait un innocent, ils demeureraient des criminels.

Ainsi,nous sommes profondément raisonnables et louables, en toute hypothèse, d'avoir préféré les chefs de l'armée aux javocats suspects de Dreyfus . Voilà un des aspects de notre pensée, mais nous voulons la tourner sous toutes ses faces, de peur que nos généraux ne se laissent endormir.

11 y a d'habiles endormeurs au pouvoir.

Les personnages qui détiennent aujourd'hui les divers portefeuilles ne se proposent pas simplement, comme faisaient les plus mauvais de leurs prédécesseurs, de flotter au gré de l'opinion. Ils ont été recrutés dans les milieux les plus divers pour être les politiciens de Dreyfus, qui possède déjà ses orateurs, ses dialecticiens et ses élégiaques.

Une seule discipline les assemble. Elle est réglée par les conseils supérieurs (Zadoc- Kahn ? Reinach ?)

Ces conseils supérieurs préparent une opération. Ils tenteront de jeter à l'eau ceux de leurs collaborateurs qu'ils avaient spécialement chargés d'injurier l'armée et l'idée de patrie. Déjà ils nous présentent Dreyfus comme un militariste enragé, un chauvin, qui ne pardonnera jamais la véhémence d'Urbain Goliier, ni la verve suisse de Pressensé . A les en croire, — Dieu, que c'est comique !

— Dreyfus aurait les ridicules de la culotte de peau classique, et il déclarerait : « Ce qui me choque dans les libertés qu'on a prises avec moi, c'est qu'on a manqué de respect à un homme vêtu de l'habit militaire. » Mais, je vous prie, où Dreyfus a-t-il donc lu les articles de Pressensé ? Il ne les suivait pas au jour le jour dans sa lointaine retraite . Lui failon gâcher son temps, depuis qu'il est à Rennes, à repasser cette Milgaire littérature de ^'ieille demoiselle excitée? Non, mes amis, on le fait parler. On lui fournit des mots historiques : « Il n'y a rien de changé en France, il n'y a qu'un cocardier de plus. »

L'utilité de cette comédie, vous la distinguez. Les chefs de la grande entreprise dreyfusarde cherchent maintenant la sj-mpathic de l'armée. Ils veulent rassurer les patriotes. On se trompe si l'on croit que Galliffet frappera les généraux. Ce serait faire notre jeu. 11 les ménagera et tâchera qu'ils acceptent de nouveau la réhabilitation du traître. Il a des obligations personnelles envers le général Mercier. Grande commodité poiu» lui tenir un petit discours dont yoici le dessin :

« Voyons, mon cher général, laissez donc « cette canaille de capitaine se tirer d'em- « barras. 11 faut en finir avec cette trop lon- « gue affaire. C'est Fintérôt du pays, de l'ar- « niée et de vous-même. Que Dreyfus sorte « du bagne et je vous garantis contre toutes « représailles. Est-ce que je ne suis pas là « pour taper à droite et à gauche indistinc- « tement ? 11 serait bon d'arrêter Quesnay « de 13eaurepaire,Déroulèdeet IIabert,Cop- « pée et Lemaître, Drumont et Forain ; il « serait excellent aussi d'empoigner Sébastien « Faure. Quant à Clemenceau, Pressensé et « Jaurès, — estrce assez anmsant, général ?

« — les voici devenus les compères du « vieux « massacreur » ! Ils deviendront les vôtres.

« Kt s'ils n'ont point de rancune, pourquoi c( leur en ferions-nous voir ? Un traître en « liberté ? l^e beau malheur ! Il ne peut nuire « à personne. 11 se retirera chez le prince de « Monaco. Et ce sera fini des injures que « nous versons chaque matin sur vous. Ac- « cordez-nous Dreyfus, et lui-même, d'accord « aA'ec nous, prononcera votre éloge. Dès « lors plus de représailles contre Mercier, « Zurlinden, Roget, Pellieux, contre les cinq « ministres de la Guerre, contre les divers « ofliciers qui ont osé nous contrarier. Nous « n'exigeons plus que la peau de du Paty de « Clam. C'est un simple colonel. »

Je vous donne le ton, ajoutez le sourire. On croit entendre le bourreau qui, conduisant la victime au gibet, lui disait avec onction : « Venez,mon ami,on ne vousferapasdemal.v

général Mercier, honnête homme, très

et qui se possède n'écoutera pas ces des conseils. 11 voit la position vraie des ?s : à Rennes, il y aura, d'une part,rhon- (le Dreyfus et, d'autre part, l'honneur >us les minislres et généraux cpii nous ui*é la culpabilité de Dreyfus, li, cela Mercier le sait bien! Avec quelle ion, au milieu de l'enthousiasme d'im toire de patriotes, dans la salle de l'Uor* Lure, il nous a juré d'exposer à Rennes, 3 (pic coûte, les raisons qui jusliOaient cessilaient l'arrestation de Dreyfus, et aujourd'hui, aussi fort qu'au premier

proclament la trahison. Tous à le voir, itendre, nous reconnaissions un homiôte ne, un accusateur toujours qu'essayent ?ment de jeter bas les ennemis de la pâli fait le centre de cette vaste affaire >nale ; c'est pour en porter tout le poids :

rand homieur ou l'infamie, us sommes plusiem^s millions d'honnôens qui n'avons jamais eu à connaître ire, et qui nous sommes confiés — c'était ison et le devoh* — à l'autorité légitime î(mseils de guerre et des chefs de l'ar-

Si les généraux Mercier, Billot, Cha- ?, Zurlinden et MM. Cavaignac et Méline

ont trompés, s'ils nous ont associés à vve infâme de maintenir au bagne un cent, nul châtiment assez lourd pour eux.

sons-le hautement, puisque nous le pentous : au lendemain du conseil de guerre, lans le pays n'admettrait cpie les chefs

de Farinée se consolassent de leur défaite en songeant qu'ils n'ont perdu ni leurs galons, ni leurs rubans, ni leurs appointements.

On ne peut pas impunément déchaîner sur un pays la tempête. « Levez-vous vite, orages désirés... » Que leur mensonge foudroie ceux qui parlent d'apaisement. Vous savez bien que Cornély, s'il rêvasse d'un compromis, ne pourra pas, au sein du dreyfusisme, balancer Jaurès qui veut,par l'acquittement du traltre,la destruction de l'armée. Un Jaurès entoiuré de ses bandes est auti*ement puissant qu'un Cornély qui tire son coup de fusil en enfantperdu séparé de son monde naturel.

11 y aura des représailles, parce que Jaurès et Clemenceau les veulent, parce que tout le [monde, tout le monde, vous dis-je, en reconnaîtra la nécessité .

C'est le crime cer.tain des parlementaires de nous laisser déchirer les uns les autres.

Vous,lc dreyfusard, ou moi.l'anti-dreyfusard, Jious possédons la vérité. Le gouvernement qui sait à quoi s'en tenir, devait depuis longtemps faire taire, et brutalement, celui de nous deux qui se trompe. Les généraux euxmêmes ont étrangement attendu pour parler. U faut qu'à Rennes la vérité éclate avec un caractère d'évidence. « Coûte que coûte », a dit Mercier. A Rennes ! A Rennes ! messieurs de l'armée ! Cavaignac et Mercier vous imposent leur exemple. Vous êtes pris entre vos adversaires acharnés et les amis que nous vous sommes. D n'y a pas d'échappatoire possible. En route ! La France est dans Rennes, ville qu'arrose le Rubicon !

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