‹ Ce que j'ai vu à RennesChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE Vî · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vî

Vrai caractère de ces audiences : Une tristesse puissante et maussade

Au début, tout nous déconcertait, une salle sans décor, vaste, claire, aérée ; des juges décents ; u)i traître abruti et seriné ; des séances de cinq heures et demie où la difficulté matérielle d'entendre ajoute encore à la mesquinerie des redites : tout cet ensemble médiocre décevait le public qui a toujours le goût théâtral. Mais si Ton prend son parti de ne pas trouver ici ses imaginations et que Ton livre son âme aux mouvements de la rue rennaise et des audiences accumulées, on sent peu à peu se créer le grand caractère de ce conseil de guerre : une tristesse puissante et monotone. Quelque chose de pareil à l'expression sévère et noble, à la grandiose maussaderie (c'est le mot qu'il faut accepter) des plus fameuses gravures d'Albert Durer.

Je me rappelle également comme une chose gigantesque les mornes accablements de ma petite ville lorraine, en 1870, quand chacun se taisait et que le canon de Toul, jour et nuit, tonnait dans le lointain.

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