CHAPITRE VU
Les Juges Militaires
Considérez cette estrade où convergent les regards de l'univers. Au fond d'une petite scène bâtie pour les distributions de prix, voici les juges, ceux que la presse insolente de Dreyfus appelle « les sept képis ».
La dignité de leur tenue et leur méthode d'investigation les imposent lentement au respect des esprits sains. Un vieux journaliste judiciaire me dit : « Je n'ai jamais WL un tribunal dont l'attention se soutint aussi constamment )>.La discipline séculaire de leur fonction marque magnifiquement ces hommes, mais sur leurs visages appliqués et tristes toute leur réserve ne peut empêcher parfois leurs sentiments de monter.
Beauvais, Profîlet, Merle, c'est l'honneur même. Bréon, plus faible, se dévore de scrupules. A Jouaust seul, on voit une figure étrangement illisible, sans aucune transparence. Il a préparé ses questions par écrit; il les lit d'une voix rude et s'impatiente si l'accusé s'écarte dans ses réponses, mais
' sa brusquerie précisément il le sert, il le ramène sans jamais le poiu*suivre.
sse-t-il, ce colonel, pour l'honneur de son a, triompher du combat qui se livre der- *e son front fermé ! « Je revois toujours is une sorte de rayonnement mystique >elle tête douloureuse et pensive du lieu- Euit-colonel Brongniart, » a dit cinq mois s lard Jules Soury, qui s'assit avec iieillement une longue matinée sur les ics du lycée de Rennes. Tous ont lu Text du Gode militaire affiché dans la salle leurs délibérations : « Les juges ne dédent que de leur conscience.. Leur conion peut parfaitement s'établir en dehors * démonstrations. » De leur estrade, ils 3nt cette salle immonde d'argent, parfuî de femmes, secrètement travaillée par tes les corruptions. Les amis de Dreyfus, Uc preuve de la trahison ! Et comment sept képis ne paraîtraient-ils point trisjusqu'au sombre quand, face à eux, le ti de l'étranger les somme de livrer à la Clique des Juifs les chefs nationaux.
. droite, il y a le commissaire du gour (lement. Le commandant Carrière sait devoir et tient à son honneur. Avant le procès commençât, on a essayé de Lrcon venir par ses amis ou par ses chefs, reconnut bien vite qu'auprès de cet hon- 3 homme on n'arriverait à rien par insition. On cherclia à peser sur cet officier prochable par la voie réglementcdre .
des instructioas manuscrites, M. de
Galliffét lui déclara qu'il y avait des points sur lesquels « Tautorité de la chose jugée »
ne permettait pas, a à peine d'excès de pouvoir et de nullité, de rouvrir les débats. » M. de Galliffet prétendit notamment que la Cour de cassation « avait proclamé, in terminis, c'est-à-dire souverainement, la nonexistence juridique des aveux attribués à Dreyfus ».
On sait que la phrase ainsi visée par le ministre figure dans les considérants, non dans le dispositif de l'arrêt de cassation et que par suite,elle n'est nullement passée en état de chose jugée. Elle se borne d'ailleurs à constater que les propos recueillis par le capitaine Lebrun-Renaud ne s'opposent pas à la re vision, parce que l'on n'a pas pu a en fixer le texte exact et complet ». Mais de nouveaux débats pourraient en préciser la teneur et rien ne permet par conséquent de les éliminer a priori du procès .
£n fait, Galliffet, commandé lui-même par ses chefs occultes, donnait l'ordre au commissaire du gouvernement de transformer son acte d'accusation en un plaidoyer favorable au traître. Mais le commandant Carrière sent que sur ses épaules repose tout l'Etat, puisque le gouvernement fait défection à la patrie. Rien ne peut acheter un homme qui n'est pas à vendre (7).
A gauche, les cinq avocats avec le traître ^ leurs pieds. Le groupe sinistre,