SUR LES AGISSEMENTS DE LA PRUSSE ET LA CAN¬ DIDATURE HOHENZOLLERN
L’Univers (organe catholique) :
Cette déclaration était, hier soir, dans les cercles et les lieux publics, l’objet de toutes les conversations. Le ferme langage du gouvernement était unanimement approuvé et même applaudi. Les agents prussiens pourront donc faire savoir à S. M. Guillaume et à M. de Bismarck que nos ministres ont incontestablement été, dans cette circonstance, les organes continus de V opinion générale.
L’Opinion nationale (journal républicain) :
Autant il nous a paru que nous devions nous montrer réservés tant que l’action de la Prusse se renfermait en Allemagne, autant nous devons nous montrer susceptibles dès que nous apercevons cette action s’exerçant dans des conditions suspectes parmi le groupe des nations latines.
En restant sur ce terrain, le gouvernement peut tenir, comme il l’a tenu en effet, un langage haut et ferme. Il aura toute la France derrière lui... M. de Bismarck passe toutes les bornes ; s’il veut conserver la paix, qu’il recule. Quant à nous, nous ne le pouvons plus. — Ad. Guéroult.
Le Gaulois (journal indépendant) :
L’honneur est sauf :
Pour la première fois depuis le 23 février, le ministère a parlé aujourd’hui le seul langage digne d’un cabinet français, digne du pays qui l’écoutait... Si nous avions supporté ce dernier affront, il n'y avait plus une femme au monde qui eût accepté le bras d'un Français.
Aujourd’hui l’honneur est sauf : si la paix peut être maintenue, tant mieux. Mais si la guerre est le résultat de la combinaison Prim-Bismarck, tant mieux encore... — H. Pessard.
Le Figaro (journal indépendant ) :
En admettant aujourd’hui que la Prusse dégage à la fois son intérêt et sa responsabilité dans la candidature du prince Hohenzollern, c’est-à-dire qu’elle prouve qu’elle n’y a pas trempé, qu’elle ne veut pas le soutenir et qu’elle le désavoue, la France est en droit d'exiger plus. Se voyant berné, trompé, joué par la Prusse, le gouvernement français doit exiger des garanties...
Le Journal de Paris (organe des princes d’Orléans) :
Le cabinet des Tuileries avait des raisons de se montrer susceptible, que le cabinet de Berlin ne saurait invoquer. Si M. de Gramont n’avait pas parlé, on aurait pu croire, à la fin, que toute la politique de la France était dans la résignation et dans l’effacement. — H. Dépassé.
LA DAME AUX VIOLETTES
Le Correspondant (revue monarchiste) :
M. de Bismarck a manifestement conçu le projet de rétablir au profit de son pays l’ancienne puissance de la maison d’Autriche... Bloquée de toutes parts et enserrée dans un inflexible réseau, la France impuissante et avilie n’aurait plus qu’à étouffer entre le Rhin, les Pyrénées et les Alpes... Aussi sommes-nous de ceux qui applaudissent à la ferme attitude adoptée par le gouvernement. Depuis trop longtemps notre complaisance était au service des agrandissements d’autrui. Nous sommes soulagés de nous sentir enfin redevenus Français. Toutes les âmes patriotiques ont salué, comme la Chambre, la déclaration du pouvoir, en y retrouvant avec joie le vieil accent de la fierté nationale... On conçoit le bouillonnement en face de certains outrages, et si l’on réfléchit que les sentiments dont l’explosion venait de retentir étaient comprimés, depuis quatre années, dans toutes les poitrines, on ne s’étonnera pas que le gouvernement lui-même ait cédé à l’entraînement universel. — Léon Lavedan.