‹ ce que je sais de dieuChapitre 13 sur 31 · CREATION ET EVOLUTION · texte numérisé non relu

CREATION ET EVOLUTION

La Genèse, qui n’est pas, au demeurant, un cours de cosmologie, a vulgarisé le récit de la création en six jours. Les interprétations les plus diverses se sont donné carrière sur ce texte, qui offre simplement, sous une forme sobre et saisissante, une version monothéiste des conceptions primitives touchant le plan de la création. Le champ peut être laissé de nos jours, sans grand risque pour la religion, aux recherches et discussions des géologues et des paléontologistes. Un rabbin aggadiste, KR. Abahou, commentant Gen. 1, 31, osait parler, il y a bien des siècles, de mondes créés « à l’essai » par Dieu, avant celui qui porte notre humanité. L’interprétation « évolutionniste » des six jours de la création est-elle plus hardie? On a vu de bons ésprits, de toute confession, l’accorder à l’enseignement des Ecritures, et en tout cas, à la foi religieuse. L'essentiel, et telle est la profession immuable du Judaïsme, c’est qu’il est une Puissance souveraine voulant la vie et la trouvant bonne, une Intelligence voulant l’ordre et l’organisation dans le chaos primitif et déléguant de sa puissance créatrice à l’homme, dont le Talmud dira qu'il est l « associé du Saint-béni-soit-il ». Après cela, de même que ces Juifs instruits de l’âge hellénistique ou du moyen âge se délectaient aux conceptions quasi-bibliques du Timée de Plaion et des commen-

taires des disciples dans les textes et versions qui ont pu venir à leur connaissance, de même nous ne ‘ lisons pas sans un élargissement de l’âme les écrits de ceux qui voient dans l’évolutionnisme bien interprété une doctrine capable de rehausser et grandir dans l’intellect humain l’idée de la Divinité, ou qui ont décrit d’un génie aussi savant qu’intuitif I « Evolution créatrice ».

« Il y a indubitablement, dit un poète, entre le progrès scientifique et l’idée de Dieu une corrélation spirituelle... Il y a entre les racines du savoir humain et les racines de l’idée de Dieu, une voie naturelle occulte, par quoi, lorsque l'esprit humain s'élève avec peine dans la science, il doit s'élever, comme par la loi physique des vases communiquants, daus l’idée de Dieu. A tout progrès scientifique considérable notre pensée conçoit Dieu plus grand et surtout plus différent de l’homme dans son activité. »

11 n’est rien dans ces réflexions que la foi juive ne puisse contresigner; sauf à certaines périodes de son histoire où l’obscurantisme a quelque temps prévalu, elle ne s’est point défié de la science, n’a demandé à la raison que le respect des choses divines, sans nulle abdication.

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