DIEU DANS LA NATURE
La notion de Dieu dans la nature, ce thème si souvent abordé et traité par l’apologétique de toutes les religions, par les philosophes et poètes croyants d'autrefois se renouvelle en quelque sorte chez ceux d’entre les modernes qui restent atta-
chés à leur foi, mais que le progrès des sciences ne laisse pas indifférents. L’antique téléologie, l’étude de la finalité dans l’univers, cherchait les harmonies de la nature, les y découvrait parfois arbitrairement, signalait des intentions providentielles, dont la naïveté fait parfois sourire, à l'adresse de l'homme, considéré comme le centre de l’univers, comme autrefois le soleil semblait tourner autour de la terre. La science a ébranlé l’idée que l’Univers fût créé seulement pour l’homme, a montré bien des désharmonies et des dissonances à côté des accords parfaits. Elle ne se dissimule pas de parti pris ce qui ne cadre pas avec les idées préconques. À côté de spectacles pleins de sublimité, de paysages enchanteurs, que de sites lugubres et désolés! Que de chaos où mugit le « yeschimon », pour employer des expressions bibliques, à côté de « jardins de Dieu ». Devant ces immensités où l’œil humain découvre infiniment plus de choses aujourd’hui qu’autrefois, quelle ampleur prennent les questions du genre de celles qui sont posées à Job par le Créateur! Mais quelle que soit l’explication dernière. des choses, qui échappe à l’entendement humain, la notion de l’ordre, de l’organisation progressive du monde subsiste. L’astronomie a marché, de nouvelles connaissances font surgir de nouvelles inconnues, mais le firmament proclame toujours l’œuvre des mains divines. L’homme se sent plus que jamais un atome infime, et pourtant prend de plus en plus conscience de la dignité de la pengée. Sur ce thème éternel, on relira toujours les poétiques versets du psalmiste: « Lorsque je contemple tes cieux, l’œuvre de ta main, la lune et les étoiles que tu as formées, qu'est donc l’homme que
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tu penses à lui? Le fils d'Adam, que tu le protèges? Pourtant tu l’as fait presque l’égal d’un Dieu, tu las couronné de gloire et de magnificence. » (1)
FINALITE DU MONDE
Pourquoi et pour qui le monde a-t-il été créé? La question a occupé les docteurs du Talmud, et ils y ont fait des réponses diverses reflétant leur tour d’esprit particulier et les textes bibliques dont ils s’inspiraient de préférence. C’est ici le domaine de la libre « Aggada », où le trait profond côtoie la fantaisie et parfois la boutade. Dans les réponses midraschiques sur la cause finale de l'univers on trouve, cela va sans dire, de l’anthropocentrisme, et même, si l’on peut s'exprimer ainsi, du « judéocentrisme ». Si pour l’un, le monde est créé en vue du fils d'Adam en général, selon d’autres, c’est en vue de la Tora, ou d'Israël considéré dans sa dignité du peuple de la Tora, ou des patriarches vertueux, ou du juste. Du « juste », et voilà qui fait voir sous son vrai jour cet anthropocentrisme si particulariste. Oui, le monde des sages du Talmud est créé pour la production de ce grand œuvre: un homme de bien. Il mérite à lui seul l’acte créateur, parce que le juste est celui qui marche dans les voies divines. Et cette réponse, à le bien prendre, rejoint cette autre, dégagée. de tout égoïsme humain: « Non pour nous, Seigneur, maïs pour ta gloire » lo lanou, Adonaï, lo lanou, ki leschimha tèn kavod. (1) C’est le ton de beaucoup des prières
(1) Ps. H, 8, 4-6.
(URBESMES AT
Juives et c’est dans cet esprit que Maïmonide, au Moyen-Age, s'élevait contre le présomptueux anthropocentrisme à base d’égoïsme qui méconnaît la grandeur infinie de l’œuvre de Dieu.
Cette œuvre une fois sortie des mains divines
est-elle abandonnée à elle-même? Non, la création
se continue, malgré le repos divin indiqué au début de la Genèse, qui n’est sans doute qu’une leçon morale sous le voile d’un récit anthropomorphique. Mehadesch behol yom maasé beréschit, dit le rituel israélite. « Il renouvelle chaque jour l’œuvre de la création. » L’évolutionisme croyant a donné de notre temps une grande beauté à cette notion de création continuée et de nouveauté perpétuelle du
« monde. Les « Epicuriens », les déterministes et
matérialistes radicaux n’y croient pas, même ceux qui concèdent la « chiquenaude » initiale. Mais de grands penseurs ont soumis à une pénétrante critique le dogmatisme négateur. Comme il y a de la finalité dans la nature, la poursuite d’un but dont nous ne percevons d’ailleurs que dans une faible mesure l'effort et le succès, ainsi le monde échappe au brutal, à l’infaillible déterminisme. La part de contingence des lois de la nature, qu’il serait puéril et dangereux d’exagérer arbitrairement, a été mise en lumière de façon frappante par les philosophies récentes. La fixité des lois de la nature est la « 6agesse » du Créateur. Mais il y a aussi de la « nouveauté » qui anime le grand mécanisme universel. Cette notion de « nouveauté », le « Hiddousch », dont parlent nos auteurs, est capitale, Tout ce qui est vie est création, activité et capacité de progrès. Dieu est le Vivant éternel. Comme son œuvre a un
-but, elle est libre dans sa Loi.
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