‹ ce que je sais de dieuChapitre 21 sur 31 · SALOMON REINACH · texte numérisé non relu

SALOMON REINACH

vaut ne plus parler aujourd’hui, car elle date d’un temps où la matière était supposée morte, où il fallait expliquer le mouvement. Maintenant que nous voyons le mouvement partout, même au sein de la matière qui nous semblait tout à fait immobile, c’est bien plutôt, comme on l’a dit, le repos qu’il faudrait expliquer, s’il existe.

Ainsi, nous pouvons nous en tenir à deux conclusions : 1° L’idée du divin est naturelle et nécessaire à l’homme ; 2° Il n’est pas prouvé et ne peut être prouvé qu’elle réponde à une réalité.

La question de savoir si le divin ainsi postulé est transcendant ou immanent, est, à la vérité, secondaire et implique des logomachies, car qu’est-ce que le dehors ou le dedans de l’Univers? Tout cela est relatif à nos manières de voir, qui peuvent ne répondre en rien aux choses telles qu’elles sont, ou même ne répondre à rien qu’à notre instinct, si les choses ne sont pas indépendamment de nos sens, ou si elles sont tout autres qu’il nous paraît.

Le mot de Dieu a tant servi, a désigné et désigne encore, suivant la mentalité de ceux qui l’emploient, tant de conceptions différentes et inconciliables, grossières ou quintessenciées, qu'il vaut mieux l’éviter tout à fait dans le parler scientifique. Dans le langage de tous les jours, comme dans la littérature religieuse et profane, il demeure à titre de survivance, mais n'implique que la longue histoire de nos illusions et de notre orgueil.

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