‹ ce que je sais de dieuChapitre 23 sur 31 · MAETERLINCK · texte numérisé non relu

MAETERLINCK

parvenons pas davantage à expliquer que cette Intelligence qui doit avoir un but, ne l’ait pas encore atteint dans l'éternité qui précède le moment eù nous sommes ; ce qui veut dire qu’elle ne l’atteindra jamais, attendu que les deux éternités, à savoir celle qui nous précède et celle qui nous suit, sont identiques ou plutôt ne sont qu’une.

Je m'’incline, je me tais devant Lui. Plus j’avance, plus il recule ses limites. Plus je réfléchis, moins je le comprends. Plus je le regarde, moins je le vois, et moins je le vois, plus je suis sûr qu’il existe; car s’il n’existe pas, c’est le néant partout; et qui peut concevoir que le néant existe?

Je suis heureux de n’y rien comprendre. Si je pouvais en cette vie savoir ou concevoir ce qu'est Dieu, j'aimerais mieux à jamais ne plus être ; car l'Univers ne serait qu’une incommensurable absurdité. Comme l’a dit, il y a des milliers d’années, le Sama-Véda, « Ce n’est pas le connaître que de ne pas l’ignorer entièrement ».

MAEBTERLINCK.

M. Sylvain Lévi,

Professeur au Collège de France.

Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes.

L'hindouiste que les prêtres du Népal considèrent comme le plus savant d'entre eux et qui est une des figures les plus respectées de l'érudition française, nous apporte, sur l'idée de Dieu, la lumière des Religions de l'Inde. /ncline-t-il, après avoir fait le tour de tant de civilisations, vers la métapby-

sique de Brabma ou vers la philosophie presque naturaliste”

de certains bouddhistes ? On va le vor.

Vous me demandez « ce que je sais de Dieu ».

Si j'en savais quelque chose, je serais Dieu, ou Dieu ne serait pas Dieu. Dieu est la somme de nos ignorances, et je n’en sais pas de meilleure défnition que celle des vieux penseurs indiens à qui nous devons les Upanishad : neti neti « la négation est le seul mot qui s’applique à lui. » Le +« Bon Dieu » des religions n’est qu’une pauvre tentative pour traduire en termes positifs, à l’usage des masses, ce concept vide et froid; les arguments des philosophes pour démontrer lexistence de Dieu et ses perfections, ne sont qu’un exercice brillant de la raison humaine sur une donnée qui lui est incommensurable ; les mystiques qui prétendent avoir eu l'expérience de Dieu dans la eommunion ou la vision n’ont exprimé que des états psychologiques de l’ordre humain. Il peut sembler commode, et même avantageux, de laisser dormir ou de balayer brutalement un concept si

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