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d’une nescience identique à celle que déclarent tous les mystiques (à quelque religion qu'ils appartiennent d’ailleurs), c’est-à-dire ceux qui vivent cœur et esprit dans la contemplation et l’intimité de cet Etre, dont ils ne peuvent rien dire, concernant son essence intime, et dont ils ne font que parler. sous un autre rapport.
Y at-il, en ce fait, une contradiction ? Nullement. Nous le verrons.
Comment voudrait-on qu'après des compétences si autorisées, je puisse dire sur Dieu, à mon tour, quoi que ce soit ? Et pourtant, je sens qu'il me serait nécessaire — à condition que cela ne fût pas au delà de mes forces — de composer un livre, ou même plusieurs, pour répondre sommairement, mais convenablement, à une question si vaste, si complexe, et la plus souveraine.
Si j'ai une exacte intuition de ce que l’enquête réclame — car il est parlé dans son sommaire de |’ « inquiétude religieuse » — il me semble qu’on désirerait savoir, au fond, si, à mon avis, la position du Spiritualisme est plus forte que celle du Scepticisme ou de l’Athéisme. — Eh bien! je ne doute pas, je ne peux pas douter un instant que le Spiritualisme est fondé à affirmer la réalité de Dieu. Il me paraît que les « preuves » de l’existence de Dieu sont assez nombreuses pour que, dans ce choix, le plus « inquiet » puisse en y réfléchissant trouver celle qui convient le mieux à ses tendances. Car il est possible de connaître Dieu par « Emphase », par « Diaphase » et par « Périphase. »
Ce principe posé, évitons les confusions. Le
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mode de connaissance, désigné sous le nom d’Emphase correspond à l’Entendement. Celui de la Diaphase à la Raison. Et celui de la Périphase au Cœur. |
Par l’Entendement, nous pouvons connaître ce qu'est Dieu. En effet, l’idée de Dieu s’impose à
notre intelligence. Elle est gravée, creativè, en
nous. C’est en raison de ce fait que l’on peut énoncer, en un sens, que Dieu ne se démontre pas. Il est l’axiome éternel, nécessaire.
Comment se fait-il que, après les aveux précités sur limpossibilité de connaître ce qu'est Dieu, on vienne néanmoins prétendre qu’on le connaît. Il n’y a pas contradiction. Dans le premier cas, il s’agit de son essence intime ; dans le second cas, de ce qui est autour de lui (péri Théon). Cet « autour > est constitué par ses attributs. Et c’est en parlant des intelligibles divins que les théologiens ont été si éloquents et, maintes fois, si émouvants. Je devrais dire les philosophes, puisque je place le problème de la connaissance de Dieu, en dehors de iout appui donné par la Révélation:
Connaître Dieu par la Diaphase, c’est-à-dire à travers ses manifestations extérieures, c’est le connaître grâce à cette faculté, appelée Raison, qui permet de saisir les rapports du créé et de l’Incréé (dont forcément on a déjà une perception intellectuelle). Ce mode de connaïssance a été l’objet des plus vives critiques. Il l’a été, parce qu’il a été présenté comme apportant la preuve invincible de l’existence de Dieu, alors qu’on négligeait d’ajouter que cette preuve ne devient solide que si l’homme a antérieurement l’idée de Dieu en lui. Le grand effort des philosophes spiritualistes de.
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vrait donc porter sur l’exposé de la doctrine suivant laquelle on connaît Dieu par Emphase, c’està-dire intuitivement. On estime probablement que l'heure n’en est pas opportune. On semble préférer gagner les adhésions par des arguments empruntés à des philosophies fausses ou désuètes, ou bien établis sur le consentement universel, sur la tradition ou le témoignage d’autrui, ou encore sur le sentiment, à moins que ce ne soit par de pieux bavardages dont le charme s’évanouit avee l’éloquence de celui qui les a débités..
Nous connaissons Dieu, il est vrai, par le Cœur (Périphase). Cette connaissance constitue la foi naturelle ou la foi du sens moral. Le cœur ou l'amour est l’éminente faculté qui séduit, persuade et entraîne vers de plus hauts sommets. Car les trois procédés de connaissance précités sont élémentaires, en ce sens qu’ils sont les prolégomènes de l’Epignose, puis de la Gnose..
La théorie de la vue immédiate de Dieu par l'intelligence semble prêter le flanc à l’incrédulité. On objecte que si l’idée de Dieu s’affirme dans l'intelligence humaine, tout homme devrait tenir pour évidente l’existence de Dieu.
Cette objection a physionomie de raisonnement, ce n’est que du bel esprit. Et je n’ignore pas que les sceptiques ont infiniment d’esprit. La doctrine, à laquelle je fais allusion, enseigne la présence de l’idée de Dieu à l'intelligence, il faut donc, de toute nécessité, que l’homme n’ait pas enténébré son intelligence. Or, c’est ce que font les gens qui n'ont pas l'intuition de Dieu. Je n’invente rien. Ecoutez M. Hippolyte Taine — il devait s’y con-
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naître — un naturaliste ! — qui donne dans son Histoire de la littérature anglaise, je crois, la description de l’« homme ». « Il emploie, dit-il, le meilleur de son temps à dormir, à dîner, à bâiller, à travailler comme un cheval et à s’amuser comme un singe. C’est un animal ; sauf quelques minutes singulières, ses nerfs, son sang, ses instincts le mènent. » Ce portraitiste ajoute qu’ « à proprement parler, l’homme est fou, comme le corps est malade par nature; que la raison, comme la santé, n’est en nous qu'une nécessité momentanée et un bel accident. » S’il en est ainsi, il n’y a rien d'étonnant à ce que l’existence de Dieu soit l’objet de la négation, de la part de ceux qui vivent de cette existence, puisqu'on sait que l’animal ( pour employer l’expression de Taine) n’a pas l’idée de Dieu. Cela revient à dire que, pour reconnaître en soi la présence de cette idée, il faut se dégager des sensibles. C’est la recommandation de tous les mystiques chrétiens. Maïs, pour ne pas introduire de particularisme confessionnel, je citerai à ce propos un philosophe gréco-alexandrin, Numénius. « Nous pouvons connaître, écrit-il, les corps, soit par les signes de l’analogie, soit par les propriétés distinctives qu'ils renferment. Quant à Dieu, il n’y a aucun moyen de le connaître, ni par l’analogie du sensible, ni par la présence d’aucun objet. Mais, de même qu’un homme assis en un lieu d'observation atteint de ses regards perçants un frêle navire lancé en pleine mer, une simple barque de pêcheur, nue, solitaire, et couverte par les flots ;: de même celui qui s’est retiré loin des cheses sensibles s’unit au bien seul à seul, dans un commerce où il n’y a plus ni homme, ni animal,
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ni corps grand ou petit, mais une solitude ineffable, inénarrable et divine, que remplissent tout entière les mœurs, les habitudes, les grâces du bien, et dans laquelle se tient le bien, au sein de la paix et de la sérénité, gouvernant avec bienveillance et veillant sur l'essence. Et celui qui, adonné tout entier aux choses sensibles, s’imaginerait y recevoir la visite du Bien, et croirait le rencontrer au sein d’une grossière sensualité, celui-là se tromperait tout à fait ; car, en réalité, il faut un art divin et non vulgaire pour parvenir au Bien. Et le meilleur moyen est d’abandonner les choses sensibles, de s’appliquer fortement aux mathématiques et de contempler les nombres, jusqu’à ce qu’on arrive à la science supérieure qui consiste à savoir ce que c’est que l’Un ».
On se rend donc aisément compte de l’outrecuidance de ceux qui sont « inquiets ». Ils voudraient se plonger, s’immerger dans les sensibles, et, par surcroît, que l’idée de Dieu leur fût immédiatement, malgré eux, présente à l'esprit!
Quels sont les motifs fondamentaux qui déterminent tant de personnes à croire mal ou pas du tout en Dieu ?
Une confusion règne, assez générale : 1° Les négateurs sont involontairement anthropomorphes. Ils se figurent, repoussant la conception des simples d’après lesquels Dieu a des mains, des pieds et une longue barbe blanche, un sourire paternel ou irrité selon les circonstances, qu’ils sont intellectuels. Ils appartiennent peut-être à la classe dite des « intellectuels ». Mais en réalité, ils ont l'intelligence (le Noûs) ou inexercée, ou faus-
DR TR NE ve EE NAS Le D AAC
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sée, ou atrophiée. On les connaît ; ce sont les mémes qui, narquoisement, vous disent : « Je n'ai pas trouvé l’âme sous mon scalpel. » Ils ne veulent pas qu’on leur démontre l’existence de Dieu, ils exigent, en réalité, qu’on le leur montre. Or, l’idée de Dieu n'est pas monstrative. L'imagination n’a rien à faire dans la question de la connaissance de Dieu. « Aucune chose ne peut nous représenter Dieu », déclare Gerdil; et ce cardinal ajoute : « c’est par la vision de Dieu avec l'esprit, et par son action sur lui que l’esprit peut connattre ce qu'il plaît à Dieu de lui révéler de son Etre par cette union intelligible. >» Ne cherchons donc pas à nous former des images de Dieu. Il est ESPRIT. Cherchons plutôt à en avoir une vue spirituelle, laquelle est déjà vive dans l’extase naturelle, et des sentiments, j'irai jusqu’à dire des sensations de la présence divine. Chacun a la pleine bberté de s'entraîner à ce divin commerce qui permet de comprendre, par expérience, les raisons de notre impuissance à dire quoi que ce soit sur l'essence intime de Dieu, et que, relativement à ce qui en est perceptible, on n’en peut rien dire de personnellement original.
2° L” « inquiétude religieuse » provient de ce que la philosophie actuellement enseignée — chez les spiritualistes évidemment — n’a pas autant d’efficacité probante qu’on l'espère. Rien ne sert de s’éblouir. Il faut constater les choses qui sont. Or, la philosophie que l’on enseigne a pour principe fondamental : La sensation est le premier élément de la connaissance (Cognito à sensu incipit). Cette philosophie dit encore que l’intelligence, dans l’état actuel, ne pense rien sans image.
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Il est cependant de toute évidence que les données des sens ne produisent que des connaissances finies. Cette philosophie enseigne également qu'on ne parvient à la connaissance de Dieu qu’en remontant de l'effet à la cause. Il est de toute évidence que le fini (effet) ne donnera jamais l’idée de l’Infini (cause), si on ne l’a déjà dans l'esprit, dans le Noûs. 11 n’y a aucun motif de laisser ignorer que j'ai en vue la philosophie Thomiste.
On prétend qu’il y a une logique dans les choses. Je le crois, en effet. Ne nous étonnons pas, dès lors, si nous obtenons des résultats de scepticisme après l’audition réfléchie de tels principes ; ne soyons pas surpris des crises intellectuelles et des inquiétudes religieuses. Heureusement, pour chacun de nous, que l'idéologie est un champ ouvert, laissé à la discussion libre !
Mais, malgré tout, l’homme a le sens du divin. On en constate la preuve chez des philosophes qui n'ont pas la réputation de mystiques, et qui, en effet, ne l’étaient pas. Taine parle elque part de l” « axiome el qui se Drononee an ee sommet des choses, au plus haut de l’éther lumineux et inaccessible, la formule créatrice dont le retentissement prolongé compose par ses ondulations inépuisables l’immensité de l'univers. » Voilà bien des métaphores. Il serait plus simple d'appeler tout par son nom. Ecoutons encore Spencer. « Bien qu’on ne puisse connaître l’absolu en aucune façon et à aucun degré, si l’on prend le mot connaître au sens strict, nous voyons pourtant que l'existence de l’absolu est une donnée nécessaire de la conscience ; que, tant que la conscience dure, nous ne pouvons un seul instant
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nous débarrasser de cette donnée ; et que la croyance qui y a son fondement a une certitude supérieure à toutes les autres. » Et, enfin, pouvons-nous oublier la prière si émouvante, bien supérieure, j'ose le dire, à maintes prières attribuées à des saints de grande renommée, et qui ne sont que des enfilades de mots, trop souvent des lieux communs, qui semblent être exprimés pour importuner la Divinité à laquelle on s’adresse : pouvons-nous oublier la prière qu’un athée, Renan — car on n’est pas un mystique parce qu’on brise la statue de l’autel avec des gestes onctueux de chanoine — adressa non pas à un Etre abstrait, idéal (non réel), philosophique, mais à un Etre, à la fois vivant et personnel. Celui qui prononca, et même à maintes reprises, les fameuses paroles : « Dieu, providence, immortalité, autant de bons vieux mots, un peu lourds peut-être, que la philosophie interprétera dans des sens de plus en plus raffinés », s’écria aussi : « O Père céleste, j'ignore ce que tu nous réserves. Cette foi que tu ne nous permets pas d'effacer de nos cœurs, est-elle une consolation que tu as ménagée pour nous rendre supportable notre destinée fragile ? Est-ce là une bienfaisante illusion que ta pitié a savamment combinée, ou bien un instinct profond, une révélation qui suffit à ceux qui en sont dignes ? Estce le désespoir qui a raison, et la vérité serait-elle triste ? Tu n’as pas voulu que ces doutes reçussent une claire réponse, afin que la foi au bien ne restât pas sans mérite. Sois béni pour ton mystère, béni pour t’être caché, béni pour avoir réservé la pleine liberté de nos cœurs. » Je ne sais si je m’abuse, il me semble qu’il y a là un écho de
SN re Et non nlnets de sa philosophie d’après laquelle nous avons une vue immédiate de Dieu, mais de sa piété. LE
En définitive redisons-le avec Hillel: ]m én ani li mi li, Ce que des commentateurs, d’après la Kab- i __ bale, traduisent : Si Dieu n’est pas avec moi, qui. est avec moi. (Le mot ani (moi) est pris dans le sens de Moi universel, Dieu.) C'est-à-dire : Si Dieu U n’est pas en moi, je ne suis qu’un néant. Le l
Pauz Vurraup.
M. E. Caslant.
Nous aurions pu, pour ce cahier, consulter mille occultistes, spirites et théosophes. Nous avons demandé sa collaboration à M. Caslant, qui échappe à toutes ces étiquettes et qui est un des plus sérieux et des plus circonspects parmi les chercheurs et les expérimentateurs partis pour l'étude du monde méta-physique et méta-psychique.
Lorsqu'on prononce devant plusieurs personnes un nom concret, comme le mot « cloche », on évoque des impressions différentes avec chacune d’elles, qui dépendent de leur état d’esprit, de leurs souvenirs, ou de leur constitution mentale. Celle-ci voit une cloche d’entrée, ou une cloche d'église ; cette autre pense à une cloche à fromage, ou à une cloche à melon. Ces différentes cloches sont en verre ou en bronze ; elles paraissent immobiles ou en mouvement, vieilles ou neuves, belles ou laides ; elles se situent au milieu de circonstances dont la nature et les détails peuvent varier à l'infini. Certaines personnes pensent au mot écrit ou à son articulation, d’autres entendent mentalement des timbres de cloche, ou des carillons: En outre les sentiments qui accompagnent ces perceptions visuelles où auditives sont plus ou moins variés. Îls peuvent être indifférents, ironiques à l’idée de la cloche à melon, joyeux ou tristes au souvenir de sonneries de fête, ou de glas funèbres, voire même douloureux avec le rappel
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d'incidents dramatiques. Bref le mot cloche fait surgir autant d’impressions qu'il y a d’auditeurs ; il fait miroiter devant chacun d’eux ses innombrables facettes et chacun en prend un reflet particulier. Il n’y aura pas deux sensations identiques ; il existera entre eux tout au plus un vague sentiment commun de résonance et de forme évasée et ce lien ténu sera leur seul élément de compréhension réciproque.
L’entente deviendra encore plus incertaine, si, au lieu d’un nom d'objet, on prononce un mot abstrait comme « beauté ». Il suffit de lire les ouvrages sur l'esthétique pour se rendre compte de la divergence des vues et de la variété des définitions, d’ailleurs souvent obscures, que ce mot a provoqué chez les philosophes.
« C’est la splendeur du vrai » (Platon). « C’est l’ordre et la grandeur » (Aristote). « C’est ce qui a pour fondement l’ordre, pour mesure l’unité » (P. André). « C’est une finalité sans fin » (Kant). « C’est ce qui plait universellement sans concept » (Kant). « C’est l’identité de l’idée et de la forme » (Hegel). « C’est le vrai manifesté dans l’ordre sensible » (Lamennais). « C’est le reflet de plus en plus parfait de l’idéal qui est en Dieu » (Gabriel). & C’est la commune mesure et la proportion qui existent dans chaque chose » (Platon). C’est encore pour d’autres la manifestation sensible du principe qui est l’âme et l'essence des choses, ou ordre, proportion, harmonie, convenance, ou ce qui plait et flatte agréablement la vue et l’ouïe, ou ce qui excite l’admiration.
Bref l'amplitude des écarts dans la compréhension d’un mot, déjà sensible avec un nom concret,
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prend, avec une expression abstraite, une étendue telle, que certaines définitions paraissent n’avoir plus entre elles que des rapports lointains.
On conçoit dès lors la confusion qui peut naître entre deux cerveaux, lorsqu'on prononce devant eux non plus un mot encore accessible à leur entendement réciproque comme le précédent, mais le nom, qui représente le plus haut problème qui se soit posé à l’homme, qui englobe nos destinées et résume l'univers, qui est la quintessence de l’abstraction, à savoir celui qui s’exprime par ces quatre lettres : Dieu. Parce qu’il est intimement lié à la constitution fondamentale de notre être, parce que l’idée consciente ou non, que nous en avons résume nos tendances, notre philosophie, notre finalité et surtout parce qu’il n’y a pas deux individualités semblables sur terre, il ne saurait y avoir deux hommes qui puissent l’entendre de la même façon et s’entendre entre eux quand ils en parlent, fussent-ils deux prêtres de la même religion, de même culture, et de même niveau. C’est pourquoi tout entretien à son sujet n’est en réalité qu’un à parté réciproque, où chaque interlocuteur n’exprime et ne comprend que ce qui reflète sa propre conception.
Cetie inintelligence ne provient pas seulement de la divergence des vues, mais aussi de l’extrême difficulté que l’homme éprouve à se connaître et à savoir lui-même ce qu'il pense en réalité de l’idée de Dieu. Le plus souvent l’opinion qu’il professe sur ce sujet ne correspond que très imparfaitement à celle qu’il porte en son moi intime et dont il ne possède qu’une conscience incomplète. Car la conception de Dieu, sur laquelle il importe
PCs LUE OPA Re PE NN RP NET ANR ATEN CEA F RES EN PTE ATAUT PRET
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d’être éclairé, n’est pas celle qui provient d’un acquis littéraire, ou d’une innoculation due à une éducation religieuse de l’enfance, mais celle qui résulte de l’être foncier. La religion d’un homme ne se connaît pas par un dire ou une attitude, mais par la chose à laquelle il se donne, autrement dit, à laquelle il se relie (religion vient de religare, relier) et par la manière dont il cherche à constituer sa personnalité, c’est-à-dire son unité. La plupart des gens se rallient aisément à la conception facile et pauvre du Dieu anthropomorphe, que lui lèguent les autres hommes, dans leur impuissance à concevoir et surtout à exprimer autre chose que ce qu'ils observent en eux-mêmes et autour d’eux. Selon qu'ils rejettent ou acceptent cette notion, ils se disent athées ou religieux. Mais il y a des athées dont l’âme est profondément imprégnée de l’idée divine ; il y a des pratiquants religieux, qui sont matérialistes et même tout aussi fétichistes que les nègres, parce que leur mentalité étroite ne va pas au delà du geste, ou de leur intérêt spirituel, ni au delà de l’objet de leur culte. Celui, qui met son idéal dans le gain de l’argent et y consacre toute son énergie, peut se dire croyant ; sa véritable religion est le culte du veau d’or. Mais si, comme les révolutionnaires de 89, il sacrifie sa vie à ses convictions, il est imprégné d’une foi véritable, et bien que celle-ci ne dépasse pas l'idéal politique et social, il porte en lui-même un déisme, quil se dise matérialiste ou non. C’est dire sous une forme élémentaire qu’en s’isolant par un égoïsme quelconque et en opposant son individualité à l'univers, l’homme réalise la divisibilité et devient prêtre de l’anarchie, laquelle est essentiellement
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la négation de Dieu ; il affirme le contraire, s'il se donne à -l’humanité et s’il se rattache à l’universel par l’altruisme.
Si la conception de Dieu dépend des races, des époques et des individualités ; si elle est fonction de la culture, des tendances, du degré d’évolution, de la connaissance de soi-même, il est évident qu’elle prendra des aspects variés, multiples et contradictoires qui ne satisferont jamais, et qu’elle sera sans cesse remise au creuset et sans cesse modifiée. C’est pourquoi des flots d’encre ont été versés à son sujet, des nuées de philosophes lui ont consacré des volumes, des religions ont été édifiées et détruites pour la sanctionner. C’est pourquoi également elle à engendré des guerres sanglantes, des tortures et les pires violences, car l’homme est d’autant plus entier dans ses idées qu’il en comprend moins la complexité.
Demandez, dit Gustave Lebon, à une personne quelconque de couper une jambe ; elle se récusera, alléguant son incompétence. Parlez lui d’une maladie, elle trouvera sans peine un remède à proposer, bien qu’il soit plus incertain et plus compliqué de soigner un mal interne, que de faire une opération matérielle et visible. Mais si vous lui causez politique, elle manifestera immédiatement des idées absolues, bien que sa connaissance des faits réels soit des plus sommaires, et que ses études en sociologie, en économie politique soient généralement nulles. Plus le sujet qui l’intéresse Jui échappe, plus elle se montre sectaire. Il est
SN
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facile d'imaginer ce qui arrivera s’il s’agit de religion, et si l’un des interlocuteurs ne se rallie pas à certaines formes d’expression acceptées par l’autre ; un heurt violent se produira, et comme l’idée véritable que chacun d’eux se fait sur Dieu, demeure impénétrable à l’autre, il ne pourra surgir aucun terrain d'entente. L’intolérance, avec ses pires conséquences, est le fruit de l’ignorance; elle disparaîtrait aisément, si les hommes savaient ce qu'il peut y avoir d’illusoire et de trompeur dans le sens qu’ils attachent aux mots abatraits, et s’ils voulaient faire plus d’efforts pour se pénétrer les uns les autres.
Est-il donc impossible d’éclaircir l’idée que nous pouvons nous faire de Dieu, sans augmenter d’une feuille nouvelle et superflue les écrits innombrables qui lui sont relatifs ? Est-ce un problème insoluble ?
Oui, si le progrès n'existe pas, si l’humanité n’est susceptible d’aucune évolution morale et intellectuelle, car il serait stérile et vain de re-
prendre un sujet amplement et supérieurement
traité par les religions et les philosophes. Oui, si Dieu n'existe pas, c’est-à-dire si l’univers n’exprime aucun principe unitaire et s’il n’est qu’un chaos de forces déchaînées, car alors Dieu apparaît plus que comme une production subjective, comme l’effet d’un désir que l’homme ressent, en vue de trouver au dehors l’unité, dont il a besoin pour édifier sa propre nature.
Non, si l'humanité est transformable et peut ac-
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quérir des clartés nouvelles, à chaque stade de son évolution. Non, si Dieu existe, puisqu'il devient un pivot vers lequel s’orientent les êtres. Les divergences d'opinion s’expliquent alors par les difficultés que l’homme éprouve à le distinguer à travers le voile opaque de la matière et par l’optique propre à chacun, et il doit exister en nous un élément commun, reflet du divin, qui, une fois dégagé de la note personnelle, doit concilier toutes les conceptions humaines sur Dieu.
Posé de cette manière le problème se précise, car il revient à chercher s’il existe une commune mesure entre les pensées des hommes sur Dieu, et en ee cas à la déterminer. Or, les sensations se divisent en deux catégories : les unes provenant de la vie interne, entrent dans le champ de notre conscience, sans affecter celle d’autrui (rêveries, douleurs, etc) ; ce sont les sensations subjectives ; les autres viennent de l'extérieur et sont concordantes pour tous les individus ; elles forment les sensations objectives. Ces dernières constituent done un terrain naturel d’entente entre les hommes et par là nous donnent le sens de la réalité. Dieu nous serait connu s’il était possible de l’objectiver. Mais l’objectif résulte de ce qui tombe sous nos sens, et Dieu n’est pas tangible. Pour l’aiteindre il faudrait donc dégager de toutes les combinaisons synthétiques des sensations objectives, une nouvelle commune mesure plus générale et plus intime. Cette opération est le propre méme de la science. ;
La science, dont certains écrivains ont fait une sorte d’entité magique, faute de la connaître et de l'avoir pratiquée, est simplement une méthode de
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l'esprit, fruit d’une évolution dans la mentalité des races occidentales. En lutte constante avec la. nature, l’homme a cherché à la connaître pour l’asservir. Or celle-ci apporte une diversité infinie | dans ses productions et une complication déce- . vante dans ses lois. Elle n’a pas créé deux choses identiques ; petits ou grands, tous ses éléments : prennent une caractéristique individuelle : il n’y : a pas deux pierres rigoureusement pareilles sur un tas de pierres ; il n’y a pas deux fruits égale- . ment comparables sur un arbre. Autrement dit. elle n’engendre que des qualités qu’elle modifie par le jeu incessant des phénomènes. Ses secrets . seraient restés impénétrables, si heureusement elle n'avait eu soin de créer des ressemblances et de rapprocher les semblables, comme si elle avait pris ‘ pour devise le similia similibus de Paracelse. C’est pourquoi les anciens ont pu utiliser le raisonne- . ment par analogie pour l’interpréter ; toutefois ce mode de logique, d’où dérivent ce qu’on a appelé « les sciences occultes », relie les principes, mais a l'inconvénient d’être subtil, difficile à manier et de n’aboutir qu’à des à peu près. Il fallait une précision plus haute pour déterminer les lois naturelles. À cette fin il était nécessaire d'établir des repères, de jalonner les ensembles pour les délimiter et d’enfermer les phénomènes dans des barrières factices susceptibles de les ramener à notre portée ; il fallait en quelque sorte parquer la nature. La science y est parvenue dans l’abstrait comme dans le réel.
Dazs l’abetrait, grâce à l’évolution qui a discipliné son cerveau, l’homme est arrivé à manier le raisonnement d'identité, qui se résume en ceci :
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si deux objets sont identiques à un troisième, ils sont identiques entre eux. Les mathématiques en sont dérivées ; et avec elles toute notre science moderne, car il a suffi d’abstraire, entre deux ob- Jets semblables, les petites divergences qualitatives sans intérêt, pour créer entre eux une identité, factice il est vrai, mais pratique.
Dans le monde expérimental, l’homme a utilisé cette propriété anatomique que les bâtonnets rétiniens ont sensiblement la même dimension chez tous les individus, et que par conséquent deux traits, qui tombent sur le même élément rétinien, déterminent une coïncidence qui s’impose à tous les expérimentateurs. C’est pourquoi l'étude de tous les phénomènes a été ramenée finalement à la coïncidence de deux traits (aiguille sur un cadran, règles graduées contiguës, etc.) Il en est résulté des mesures comparables, puisqu’indépendanites de l'observateur. Ces mesures ont donné des nombres, au moyen desquels des formules, représentations maniables et incontestées des lois naturelles, ont pu être rédigées.
Sans insister sur ces considérations, qui nous entraîneraient trop loin, on conçoit déjà comment en conduisant à des résultats universellement acquis et reconnus, la science peut triompher de la difficulté inhérente à la diversité des mentalités, et comment elle peut utilement intervenir dans le problème de la conception divine. Puisqu'elle a pu dégager les lois naturelles élémentaires des vues particulières déformantes, purement subjectives et à peu près impénétrables, pour les amener dans le domaine objectif, c’est-à-dire accessible à toutes les intelligences, il n’y a pas de rai-
ER … dt Ars
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son pour qu’elle n’en puisse faire autant pour la.
loi suprême.
Il est évident que ce problème, qui nécessite
tout au moins l'établissement d’une synthèse uni-
verselle précise et rigoureuse pour tous, est formidable et ne saurait être résolu de nos jours, ni avant longtemps ; la science qui balbutie les premières lettres du livre de la connaissance en est incapable ; cependant elle en a amorcé la solution, et ses premiers essais sont intéressants à présenter, parce qu'ils nous démontrent que cette solution se dégagera avec le temps et parce qu’ils nous font entrevoir comment la chose sera possible.
Emprisonné dans la forme physique, obligé de se mouvoir dans un espace limité, étreint par des besoins immédiats, l’homme vit dans un horizon borné et subordonne fatalement sa conception du divin à ses conditions d’existence ; la science lui ouvre les portes de l'infini. L’astronomie avec ses myriades de nébuleuses et leur poussière d’étoiles, la physique avec ses tourbillonnements d’atomes lui font entrevoir, l’une l’infiniment grand, l'autre l’infiniment petit. Les sciences naturelles, avec les combinaisons eomplexes et innombrables de la chimie vivante, avec les formes des êtres de tout règne merveilleusement adaptées à la vie, laissent l’impression d’une harmonie voulue et d’une direction occulte dont la puissance est illimitée. Les mathématiques, donnent un aperçu sur les lois de l'infini. Or la méditation sur la notion de l'in-
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fini jette la première lueur sur la manière dont l’homme peut concevoir Dieu.
La psychologie n’était pas sortie pendant des siècles du domaine de la littérature et de la philosophie, la psychologie vient de l’orienter dans une voie précise et rigoureuse. Cette science, dont le nom même est encore à pine connu, remonte cependant au siècle dernier; elle débute avec les travaux de Weber et de Fechuer et consolide ses principes sous l'influence d’une piéiade de savants, parmi lesquels on peut citer Ebbinghaus, Wundt, Helmotz, Konig, Brodhem, Plateau, Broca, Salamson, Charpentier, Delbœuf et principalement Charles Henry. Actuellement elle nous fait connaître les lois qui relient la sensation à l’excitant ainsi qu’à la durée, celles de la mémoire, de la sensibilité, de la motricité ; elle pose des formules pour l'esthétique et l’art industriel. Bref, elle relie la sensation subjective à l’objective et elle établit les paramètres individuels, c’est-àdire ce qui donne les caractéristiques personnelles ; par conséquent elle mine les obstacles qui séparent les mentalités et elle donne accès à cet impénétrable, dont nous avons parlé, et qui est la principale cause de la mésintelligence des hommes sur l’idée de Dieu. En apportant la connaissance rigoureuse de l’être intérieur, la psycho-physique constitue la première étape vers la science du divin.
Le problème de la survie, qui a déjà soulevé tant de controverses sans aboutir, vient d’être résolu. Dans un ouvrage paru cette année (1) et
(4) Essai de généralisation de la théorie de rayonnement, par Ch. Henry. Hermann, éditeur.
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rigoureusement scientifique Ch. Henry ramène tous les résonateurs ou vibrateurs du monde physique à deux types: les gravitiques et les électromagnétiques, et il démontre qu'il existe en outre des résonateurs biologiques, dont il calcule les caractéristiques. Il fait voir que la vie résulte d’équilibres entre ces trois résonnateurs et que la mort manifestée provient de la destruction de ces équilibres, sans que pour cela les résonateurs biologiques soient détruits. Or le maïntien des résonateurs biologiques constitue précisément la survie.
J'ai moi-même cherché à éclairer le problème de la survie par la voie expérimentale, en utilisant des principes empruntés à la psycho-physi- : que. On sait que certaines personnes manifestent dans des conditions particulières des facultés supra normales, telles que la télépathie, la vision à distance, la prémonition. Ces facultés, demeurant accidentelles, leurs manifestations ne constituaient jusqu’à présent que des faits d’observation personnelle, souvent niés par ceux qui ne les avaient pas constatés par eux-mêmes. L'observation n'est que le premier stade du travail scientifique, l’expérimentation en est le second. Mais pour expérimenter il faut être en mesure de reproduire le phénomène à volonté, d’où l’obligation d’en être maître. Cette nécessité me conduisit à créer une méthode de développement de la clairvoyance applicable à tous (2). Cette méthode employée avec un grand nombre de personnes de toutes catégories, a donné d'excellents résultats, confirmés par quelques milliers d'expériences ; elle a été
(2) Voir. méthode de développement des facultés supranormales, par E. Caslant. Longuet éditeur.
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employée par d’autres personnes que par moi, en particulier par des ingénieurs, c’est-à-dire par des hommes de science ‘pratique, avec le même succès. Bien entendu les résultats dépendent de l’évolution et du caractère de l’individu. De mé-
me qu'un enseignement de dessin ou de musique
crée des artistes inégaux en valeur, de même elle n'apporte pas à tous la faculté intégrale, mais elle la réveille chez tous. .
Cette méthode est basée essentiellement sur le fait que le cerveau fonctionne d’une manière analogue à un appareil de T. 5. F., c’est-à-dire qu'il émet et reçoit des ondes de toute nature. La perception de ces ondes se traduit par les images visuelles ou auditives, qui traversent notre conscience. En général nous ne savons ni reconnaître leur origine, ni les diriger au loin, ni distinguer
-celles qui émanent de vibrations subtiles ou rapi-
des. Il faut donc apprendre au cerveau à tourner les commutateurs cellulaires qui permettent de déclancher ou de recevoir telle ou telle onde, ou à éteindre les vibrations qui l’empêchent d’être sensibie aux fines émissions. On y parvient par Ia concentration progressive des images, surtout par
le jeu du contraste et par les conditions de calme
et d’équilibre dans lesquelles on place le sujet. On enraye de cette manière le désordre des pensées et on ralentit l’activité inutile des cellules, tandis qu’on réveille une sensibilité nouvelle, plus délicate et plus vive, que la sensibilité ordinaire. C’est une sorte de culture psycho-mentale, qui a pour effet de dégager dès les premières séances les facultés supranormales, qui sont latentes chez tous.
Parmi les facultés obtenues, la plus facile, et la
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seule qui nous intéresse ici, est celle qui donne la possibilité d’explorer l’invisible. Comme les résultats, qu’on obtient par ce procédé, ont un caractère inédit et très particulier, qui pourrait susciter l’incrédulité et la critique, on les contrôle par la multiplicité des expériences, par le changement des opérateurs et principalement par la coordination qu'ils doivent présenter, non seulement entre eux, mais avec tout ce qui a pu être éerit et fait en tous temps et en tous lieux. C’est ce qu’on appelle dans les levers de terrain une méthode de recoupement. De même qu’elle permet au topographe de déterminer avec précision un lieu inaccessible par une convergence de lignes, de même elle fait concorder tous les points de vue qu’elle ouvre sur l’invisible ; elle les rend objectifs et par là démontre leur réalité.
Nous allons essayer de présenter les éclaireies que cette méthode a permis d’obtenir sur les mondes invisibles qui nous entourent, sans qu’il soit possible de donner autre chose qu’un apercu très imparfait. Car la description des impressions ressenties dans les explorations présentent des difficultés presque insurmontables, parce qu’il faut pour être compris employer des mots rappelant ce qui a été déjà vu ou senti. Comment faire concevoir le parfum d’une rose à celui qui n’en a jamais respiré l'odeur. Or non seulement les spectacles ebservés n’ont que des rapports lointains avec ce que nous voyons dans notre monde, mais encore ils se présentent avec une variété infinie. La vie
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s’y exerce d’une manière totalement différente de la nôtre ; le temps et l’espace, ces deux bases fondamentales de nos conceptions disparaissent et se résolvent en des modes hors de notre entendement. Des vibrations nouvelles, complexes et subtiles constituent l’ambiance et provoquent des sensations inconnues qui n’ont d'expression dans aucune langue. L’observateur ne peut interpréter ses impressions qu'en les rapportant à des données connues, c’est-à-dire à celles de ses sens habituels. Il en résulte une déformation inévitable. Il est à présumer que le lecteur, n’ayant rien ressenti, cherchera inconsciemment à retrouver ce qu’il connaît ; il opérera à son tour une nouvelle transposition dans son mental ; il accentuera l'écart et finalement il ne percevra plus qu’un pâle reflet d’une certaine réalité.
Ces restrictions posées, on constate que le sujet, dégagé au préalable des influences de son subconscient et rendu sensible aux ondes délicates, a le sentiment de voguer dans des étendues, qui, tantôt lui semblent. aussi immenses que s’il se trouvait dans les vides interplanétaires, tantôt lui apparaissent comme composées de brumes légères et tenues, ou noyées dans des vapeurs tourbillonnantes. Une lumière variable et sans foyer éclaire ces pseudos-espaces, soit d’une manière uniforme, soit avec des colorations changeantes comme intensité et comme ton, qui rappellent certains couchers de soleil riches en nuances. À ces sensations visuelles s’ajoutent celles de parfums subtils, ou d’ondes musicales, rappelant les sons éoliens ou cristallins, ou de chœurs, qui semblent émaner de tous les coins de l’espace. L’observateur a tantôt
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l'impression d’être absolument isolé, tantôt celle d'être entouré de présences de nature variée ; s’il ‘ cherche à les percevoir, il distingue des lueurs mouvantes, ou des lumières radiantes, qui prennent souvent des formes, à mesure qu'il fixe son attention. Il peut en général communiquer avec ces êtres, que faute de désignation propre, on peut appeler des centres énergétiques de conscience parce qu’ils ont des pouvoirs, de l'intelligence et une conscience morale. Cette communication se traduit non par des phrases, ce qui serait inconcevable, mais par des échanges de pensées, qui s’impriment d’un seul jet et que le sujet se désole d’être obligé de rendre avec des mots. Certains de ces êtres déclarent avoir véeu sur la terre et donnent des détails sur leur vie qu’il est possible de contrôler dans certains cas. En général ces ambiances semblables en apparence à des étendues, ne contiennent pas de formes ; il leur arrive cependant de prendre l’aspect de paysages, ou d’édifices, avec des scènes de la vie terrestre ; maïs ces visions ne sont le plus souvent que des productions de la terre plus ou moins transposées, ou des formes pensées, réalisées au moyen de la matière subtile de ces « éthers » par les entités qui les habitent et qui ont le pouvoir de la modeler. Le lecteur, n'ayant pas assisté aux expériences et ne pouvant en connaître que le reflet, s’imaginera peut-être que ces états de conscience sont simplement dus à certaines formes de rêve. La chose serait possible, si l’on n’avait pris soin de procéder par le recoupement, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer. Des observations isolées n’auraient aucune valeur ; il n’en est plus de même,
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lorsque quel que soit leur nombre et quel que soit l’expérimentateur ainsi que l’observateur, elles aboutissent à des résultats analogues, qui ne diffèrent que par des nuances dues à la caractéristique personnelle. Il est curieux, et même impres- * sionnant, de constater la similitude des descriptions faites par des sujets quelconques, ignorant totalement ce qu’ils vont percevoir et souvent méme encombrés d'idées préconçues, alors que ces descriptions sont inconnues de l’instructeur. C’est pourquoi tout spectateur, qui a suivi attentivement un certain nombre de séances, reconnaît qu’elles sont indubitablement provoquées par des phénomènes, qui pour être en dehors du champ habituel de notre conscience, n’en sont pas moins réels.
Les états de conscience, précédemment décrits, correspondent aux cas moyennement observés ; en réalité ils re constituent qu’une infime parcelle des spectacles qu’on contemple dans l’invisible, Il suffit à l'observateur d’avoir la volonté de monter et de s’en faire la représentation imagée pour transformer rapidement l’ambiance et susciter des impressions d’un nouveau genre. Il n’y a en réalité aucun mouvement d’élévation ou de chute, ce qui ne pourrait avoir lieu que dans des éléments subtils de l'être, d’ailleurs encore mal définis dans l’état de nos connaissances sur nos fonctions psychiques ; mais cet acte mental provoque un changement dans l’état de conscience et par suite une adaptation à d’autres vibrations. :
Avec la descente, les formations matérielles, bâtiments, campagnes, intérieurs deviennent de plus en plus nombreuses. D’abord idéalement bel-
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les, elles perdent peu à peu leur caractère esthétique pour prendre un aspect terre à terre et grossier. Si on persiste dans la chute, la lumière ‘s’assombrit, l'étendue se rétrécit et se remplit de nuées lourdes, orageuses. sillonñnées d’éclairs. Un malaise s'empare de l’observateur et devient bientôt de l’angoisse. L’ambiance se densifie en forme de cavernes ou de souterrains, dégageant une fumée âcre, une odeur fétide et remplis d'êtres innommables, de reptiles et de bêtes immondes, tandis que l’expérimentateur éprouve une impression de froid glacial et humide ou de chaleur desséchante. Plus bas il a le sentiment de percevoir des cris, des blasphèmes émanés d’êtres à formes monstrueuses ou humaines, aux faces ravagées et désespérées, qui grouillent dans un état de souffrance indicible. Ce sont des visions infernales, qui ne cèdent en rien à celles de Dante, et qu'il ne convient pas d'observer sans précautions psychiques spéciales. ,
Le contraire se produit avec la montée. Les scèmes à l’image de celles du monde physique prenment un coloris, une netteté et une beauté incomparables. Les lumières se multiplient et deviennent éblouissantes; leur contemplation se fait avec joie et sans fatigue ; des harmonies indescriptibles remplissent l’espace. Les centres de conscience rayonnent comme des soleils et donnent des impressions de calme, de bonté et de sagesse, qui inspirent la vénération. L'observateur éprouve un bien être physique, un épanouissement du cœur et une détente de la pensée ; il ne peut se lasser de contempler ces splendeurs qu’il ne quitte qu’à regret et qui lui laissent dans la suite une impres-
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sion ineffaçable, avec un équilibre général meilleur.
Plus haut, paysages, mers étincelantes, nuées irrisées, lumières irradiantes, tout ce qui peut rappeler notre monde terrestre, disparaissent. L’infiniment grand et l’infiniment petit se touchent ; les êtres sont à la fois tout et rien ; ils sont des individualités puissantes et cependant ils sont fondus ensemble, des mondes sont contenus dans une sensation ; l’illimité rentre dans le fini ; un point apparaît comme une immensité composée de myriades de créations diverses ; en tout les contraires s'unissent harmonieusement, les antinomies se concilient; choses inconcevables à notre entendement. L’observateur est baigné dans des effluves d’amour universel, dont le caractère de puissance et d’épanouissement est insaisissable à notre entendement; il éprouve des sentiments de force, de grandeur, de compréhension, dont on ne peut se faire aucune idée quand on ne les a pas ressentis. L’ascension, c’est-à-dire la formation d'états de conscience toujours plus harmonieux et plus admirables, pourrait se continuer indéfiniment avec des apports de plus en plus merveilleux, si elle n’était limitée par le degré d'évolution et d'équilibre du sujet.
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Je me bornerai à cette esquisse sommaire sur les états d’âme de la survie, dont la matière exigerait un volume s’il fallait rassembler toute la documentation que j'ai recueillie, pour revenir à la conception du divin. Puisque les sujets peuvent cmmuniquer avec les centres énergétiques de
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conscience, nous pouvons faire demander à ces derniers comment ils conçoivent Dieu. Dans les régions basses le mot provoque des ricanements, de la fureur et des blasphèmes. Dans la région moyenne, les entités répondent que Dieu leur paraît en quelque sorte asymptotique ; plus ils pensent s’approcher de lui, plus ils ont le sentiment d’une omniprésence en dehors d'eux et en euxmêmes et cependant plus celle-ci paraît s'éloigner d’eux ; à leur avis Dieu est incompréhensible, mais accessible. Dans les plans plus élevés, il semble -puérili d'interroger les puissants êtres de lumière, qui veulent bien se manifester, car ils ap- paraissent comme une émanation du divin. L'observateur en leur présence, éprouve un tel sentiment de petitesse et de pauvreté mentale qu’il Iui paraît inutile de poser un problème dont la solution dépasse notablement sa portée. Mais son seul désir suffit pour provoquer de la part de ces centres des éclaircissements lumineux et appropriés à son intelligence. Son être est traversé par des éclairs de pensée, accompagnés de visions symbokiques, qui illuminent d’un seul coup le probleme des destinées humaines. Malheureusement il demeure impuissant à rendre avec des mots ce qu’il ressent et autant par crainte de déformation que par manque de moyens d'expression, il cherche à éluder les explications.
Tout ce qu’on peut en retenir se résume en ceci, qui d’ailleurs n’est pas nouveau, mais qui confirme certaines philosophies. Il a senti et compris que le chaos, qu’on observe dans le monde physique, n'est qu’un désordre apparent et superficiel, dû à nos imperfections et aux tatonnements inhérents
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au travail d'organisation de la matière ; que, si nos yeux savaient voir, nous constaterions qu'il existe dans l’univers un ordre et une harmonie merveilleux ; que tout une hiérarchie d’êtres guide les hommes dans leur tâche pour les conduire infailliblement vers les béatitudes futures: la sottise, l’immoralité, la paresse des individus ne pouvant qu'en retarder l'échéance. Il se rend compte également que notre être comporte deux parties. L’une se projette dans le monde physique pour y prendre connaissance des lois universelles, où elles s'y trouvent schématisées ; pour purifier la gangue qui enveloppe notre âme ; enfin pour conduire et faire évoluer les êtres à un stage de développement inférieur au nôtre. L’autre partie reste éternellement dans les régions divines où elle sommeille, en attendant son union définitive avec les éléments projetés au dehors ; c’est elle qui donne à l’homme le sentiment obscur et voilé du divin ; c’est elle dont on trouve la représentation imagée et symbolique dans les grands poëmes religieux : elle est la Sita du Ramayana, la Balkis de Salomon, la Béatrice du Dante. C’est en dévelopant en soi-même léquilibre harmonieux des contraires, principe de la loi morale et en s’imprégnant de l’amour universel, que nous rendrons notre contact plus intime avec elle et que nous prendrons une conscience plus nette de Dieu. Et si l'observateur doute de ce qu’on lui avance et désire une confirmation, il se sent comme emporté par ces êtres tout puissants et comme enveloppé, autant que cela se peut, par des effluves d’amour universel, si on peut donner ce nom au sentiment d’altruisme et d’expansion qui illumine sa cons-