LE NOM D’ADONAI, L’INEFFABLE
Mais cet Unique, dont la proclamation fera évanouir toutes les fictions mythologiques, qui est-il?
(1) Gen., 18, 19.
(2) I Rois, 18, 39.
Le nom de quatre lettres dont la piété juive a défendu de vulgariser l’épellation exacte, réservée jadis au grand pontife, la science moderne l’a restitué par conjecture: Yawé, non sans controverse sur l’étymologie vraie du mot. Ne prenons ici, n’ayant qu’à rendre compte de la croyance juive, que le commentaire donné par l’Ecriture même au récit de la mission confiée à Moïse.
Ehyé ascher Ehyé : « Je suis qui je suis » (1). Grande leçon enfermée dans cette courte phrase, qui aurait dû inviter toute théodicée ultérieure fondée sur la Bible à une grande modestie, une grande réserve dans la spéculation philosophique sur l’Etre des Etres. Leçon qui du moins n’a pas été perdue pour quelques-uns de nos plus notables théologiens. Maïmonide, le grand docteur juif du xx siècle, entre autres, s’est gardé d’affir- . mer positivement d’autres attributs de Dieu que l’Etre même. Mais le langage humain a besoin de nommer Dieu, de vénérer par des mots l’Essence mystérieuse, dont l’action se révèle dans la nature et dans la vie. Point de créature, au témoignage de la Bible, qui ait été plus près de Dieu que Moïse, et Moïse était aussi le plus humble des hommes. Mais il a connu les « voies divines », les voies que l’homme doit et peut suivre, et sa Tora, parlant le langage des hommes, et tous les prophètes ont dit qu’ « Adonaï », c'était le Dieu d'amour et de miséricorde (2), de longanimité et de bonté, de justice
ii Hs 3, 14.
X., 34, 6 (les treize attributs, Middot); cf. Deut., 4, 31; Ps. 78, 38: 86, 15; 108, 15; 111, 4; 145, 8; Joël, 2, 13: Jon. 4, 2; Neh, 9, 17, 31, 2 Chron., 80, 9. Deut. 10, 18.
et de sainteté. Ainsi le Dieu d'Israël n’est pas seulement le Dieu-Un, il ne s’agit pas là uniquement d’une question numérique; la pensée grecque n’estelle pas parvenue aussi à l'Unité? Mais la grande nouveauté, c'est d’avoir révélé le Dieu moral, père du genre humain, défenseur des opprimés (1), le pasteur du troupeau d'Israël (2) et des autres troupeaux.
Ainsi, pour l”’ « essence », rien qu’un Nom ineffable, auquel la tradition talmudique a, de façon constante, rattaché spécialement l’attribut de bonté, laissant au mot Elohim, la fonction de justice. Adonaï, « Mon Seigneur », substitut de respect, a été remplacé lui-même dans l'usage autre que la prière par Haschem, le Nom par excellence. Et l’on a dit aussi « Les Cieux » (3) et la « Résidence » ou le « Lieu » (du monde) et, avec prédilection, le « Père dans les cieux », le Miséricordieux, le Saintbéni-coit-il et le Vivant Eternel.