‹ ce que je sais de dieuChapitre 8 sur 31 · RATIONALISME ET MYSTICISME · texte numérisé non relu

RATIONALISME ET MYSTICISME

Peu de métaphysique, comme on voit; le langage simple de la plus pure vénération. C’est ce qu'on a parfois méconnu.

La proclamation de l’Unité de Dieu arbitrairement séparée du commandement d’amour qui suit

(4) Ps., passim (103, 6 etc.) (APS 0029 42-295, MAC:

(3) Déjà Daniel, 4, 23.

immédiatement dans le Deutéronome, et, d’autre part, certains passages du rituel israélite, ont fait dire à d’aucuns qu'’Israël révérait une froide abstraction. La première partie de | « Adon Olam », hymne si beau et si fier, le « Yigdal » versification des articles de la foi juive, ont accrédité ce préjugé. On a demandé: comment le Dieu infini, transcendant, que rien de matériel ne saurait représenter, peut-il être objet d'amour, d’attachement sentimental? Et pourtant, en douter, c’est méconnaître la ferveur du sentiment religieux, dont les Psaumes, plus tard les prières, composées dans leur langage, et les poésies synagogales du Moyen-Age sont l’expression authentique et émouvante.

Les abstractions, échos d’une spéculation religieuse tardive, sont un élément adventice. Un Ibn Gabirol, par exemple, a su mettre non seulement une réelle poésie, mais l’accent de l’âme jusque dans cette théodicée contenue dans la « Couronne Royale », le Keter Malkhout, que le rite sefardi relit chaque année au soir de Col Nidré (veille de Kippour). Oui, le Dieu des Psaumes et de la liturgie juive est objet d'amour, s’il en fut. Le polythéisme ignore l’expression « mon Dieu », si caraztéristique d'Israël. On a passionnément adoré Celui dont la gloire s’est inscrite dans la voûte céleste, dont la Volonté s’est manifestée dans la Loi, parce qu'il a été invoqué comme un Père dont les hommes sont les enfants, un Pasteur dont ils sont les brebis. Vieilles images devenues banales, mais qui datent d'Israël. Comment, si Dieu n’était pour lui qu’une froide entité, lui at-il inspiré ces élans, ces extases adoratrices, ce, vibrant enthousiasme qu’on rencontre dans le Psautier. Y a-t-il eu jamais tendresse

plus sincère, plus émue, que dans ces versets du psaume 63?

« O Dieu, tu es mon Dieu, vers qui j’aspire, Mon âme a soif de toi, mon être te désire ardem- [ment. »

et, un peu plus loin, ce mot, véritable cri du cœur:

& Car ta grâce vaut mieux que la vie », — Ta grâce, c’est-à-dire ta bonté. « Qui aurais-je, hormis toi? À côté de toi je ne désire rien sur terre. » (Psaumes, 73, 25). C’est le sentiment confiant de la faveur de Dieu conçue comme le souverain bonheur, la félicité suprême. Il y a dans ces accents, à coup sûr, du mysticisme, et le Psautier a fondé la ferveur mystique du monde, mais ici tout est simple et candide, sans les complications psychologiques que la spéculation religieuse ultérieure introduira dans la conception de la « grâce » divine.

La même note d'émotion simple et ingénue, mais dans le langage d’une foi plus évoluée, se retrouve chez les auteurs de la liturgie juive, chez les poètes religieux, entre autres, chez Juda Halévi (xrr° siècle), très représentatif de la sensibilité juive, lorsqu'il exprime son espoir passionné d'obtenir comme un regard personnel de la Providence, bienfait tel que, cette satisfaction obtenue, on peut cesser de vivre, la mort n'étant d’ailleurs qu’un passage vers la vraie vie :

« Seigneur, tu lis en moi ce que mon cœur espère, Sans que ma lèvre même exprime mon désir; Posséder ta faveur un moment, puis mourir!

Ah! que ne puis-je voir exaucer ma prière!

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