‹ ce que je sais de dieuChapitre 9 sur 31 · JULIEN WEILL TEE OT QU TR OT PRE SO ES TE · texte numérisé non relu

JULIEN WEILL TEE OT QU TR OT PRE SO ES TE

Vers toi s’exhalerait mon esprit délivré,

Et mon sommeil aurait une douceur suprême.

Si je suis loin de toi, ma vie est la mort même; Si je m’attache à toi, dans la mort je vivrai! »

Bien d’autres exemples pourraient en être cités, illustrant cette expression talmudique : « Le Miséricordieux demande le cœur ». Il suffit de parcourir n'importe quel recueil de prières juives pour s’en convaincre. Ceux qui ont senti ainsi, ce n’est pas du bout des lèvres qu’ils ont répété journellement le précepte du Schema: « Tu aimeras Adonaï ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. »

Ainsi la relation du croyant à Dieu est une relation de tendre confiance. Ce qui a donné le change, parfois aux adeptes même du Judaïsme,.et fait croire à un culte plus rationnel et philosophique que sentimental, c’est le développement qu’a pris, en raison des circonstances, l’étude absorbante de la Loi, de la casuistique, de tout ce qui, dans la religion, a été objet de science, de savoir. Il a fallu, de temps à autre, devant certains abus, rappeler comme l'avaient fait les prophètes d’autrefois, la prédominance du culte intérieur, ces « devoirs du cœur », inscrits si clairement dans la Tora, prêchés de si émouvante façon par les Isaïe et Jérémie, nullement négligés d’ailleurs par leurs continuateurs, les prédicateurs de l’époque talmudique. Dans les pays où la philosophie arabo-hellénique a fleuri, l'excès de rationalisme a fait tort aussi de temps à autre au sentiment. C’est en réaction contre l’aridité du ritualisme et contre la froideur du rationalisme philosophique que se sont produites des

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poussées périodiques de mysticisme. Le succès, trop durable, de la Cabbale et des doctrines ésotériques depuis le xiv° siècle, les mouvements comme celui du Hassidisme en Pologne depuis le xvir siècle attestent d’ailleurs les ressources sentimentales de la piété juive. Mais ces déformations d’une foi, où la raison et le sentiment doivent en principe callaborer harmonieusement, sont imputables à l’atmosphère de contrainte ou de souffrance où le Judaïsme a dû vivre de longs siècles. A voir les choses de haut et d’ensemble, l’arbre de la Tora a gardé racines et sève, à travers tous ces mouvements d’idées et ces alternatives de stagnation ou de régression, puis de résurrection et de progrès.

À l’égard de la théologie proprement dite, il est resté une vaste littérature soit philosophique, soit théosophique, qui, à travers les subtilités de la pensée et parfois les extravagances de l’imagination, témoigne d'efforts quelquefois puissants pour approfondir le mystère des choses et de la destinée, de la création et du gouvernement de la Providence. On a longuement étudié au Moyen-Age, dans la scolastique juive ou judéo-arabe comme dans la chrétienne, dans celle-ci parfois à la lumière de celle-là, la question des attributs de Dieu et celle de la Création. On s’est querellé autour d’Aristote; on a discuté si le monde est ou non coéternel à Dieu. On a spéculé à perte de logique sur les rapports de l'infini et du fini, sur l’émanation et les sphères et cherché à concilier les esprits sous les influences successives ou antagonistes du néo‘platonisme et de l’aristotélisme. Curieux chapitres certes de l’histoire de la philosophie religieuse, spéculations dont on ne peut dire qu'elles

soient entièrement périmées, puisque la métaphy- -

sique refleurit de notre temps et que ces problèmes ‘ ardus viennent, sous d’autres aspects, avec les ressources nouvelles des sciences, solliciter, inquiéter, passionner l'intelligence et l’âme humaines. Mais, quelle que soit la séduction qu’à chaque génération ces mystères attirants aient exercée sur quelques-uns, la saine doctrine du Judaïsme, sa vraie tradition répudie l’excès de mysticisme, l’ésotérisme, les sciences occultes, s’en tient aux sages recommandations de la Bible et des docteurs les plus qualifiés, de ne point spéculer sur les choses cachées (Hanistarot l’Adonaï Elohénou) (1) et les questions dernières qui ne comportent pas de décisives réponses humaines.

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