PRE
que J'ai décidé je le ferai. Selon moi, il faut d'abord réfléchir : peuton faire cela ou non? La révolution, ce n'est pas une plaisanterie. Si tu ne peux pas, ne t'en charge pas Je pense même que ce n'est pas honnête...
Egor Kouzmitch, sans détacher ses yeux des rails qui couraient, et, regardant de temps en temps l'aiguille du manomètre, écoutait attentivement Michel. Mais on ne pouvait comprendre s'il l’approuvait ou non. Michel aurait bien voulu demander pourquoi la locomotive allait seule, sans wagons, à Moscou; dans le fond de son âme il ne doutait pas qu'Egor Kouzmitch, lui aussi, eût hâte d’être sur les barricades. La locomotive, en pleine vitesse, passa devant Fili, siffla désespérément une dernière fois et s'arrêta dans les champs, à cinq cents mètres de Moscou.
— Allons, porte-toi bien, mon garçon, dit Egor Kouzmitch en frappant Michel sur l'épaule, et prends garde, ne te mets pas dans le nœud avant le père... Nous voici arrivés. Descends...
Michel, regrettant de se séparer de ses compagnons et, au fond de son Âme, ayant peur de la solitude, sauta juste dans le remblai. Il tomba sur les mains, et, sale, mouillé, noir de charbon, couvert de neige, 1l passa devant le cimetière Vogankovskoïé et gagna la chaussée déserte de Zvingorodsk. Il fut désappointé de ne pas trouver de barricades sur la chaussée. Il faisait très froid ; les passants étaient rares, mais les boutiques n'étaient pas fermées, et il n'y avait point de patrouilles.
D'après les instructions du D' Berg, Michel devait se rendre petite rue Gagarinskaia, mais il ignorait où elle se trouvait. N'osant interroger ersonne, longtemps il erra dans Moscou, étonné et indigné de ne voir nulle part des révolutionnaires et des drapeaux rouges. La nuit tombait éà quand, par hasard, il trouva la maison indiquée. Il sonna et attendit longtemps; derrière la porte tout était silencieux. Il sonna une seconde fois: même silence. Enfin, à son troisième coup de sonnette désespéré, parut une soubrette maniérée en bonnet et tablier blancs.
— Sont partis. Tous partis. Inutile de sonner, dit-elle. Michel pensa défaillir.
— Qui est-ce qui est parti? Où sont-ils? Comment faire, C'est le lieu
possible... — Il regarda timidement la femme de chambre. — Ce n'est pas possible. J'ai absolument besoin.
— En voilà des nouvelles. Ce n'est pas assez que d'avoir besoin. On vous dit que tous sont partis. [| y a en beaucoup comme vous qui rôdent maintenant !
Avec bruit elle referma la porte. Michel, lentement, tristement, s'éloigna du perron. ‘ Que puis-je faire maintenant 2 ” se demanda-t:l avec désespoir. Les bouleaux givrés des boulevards, comme les arbres des contes de fées, étincelaient au soleil. Michel, accablé par l'insuccès, cherchait au moins des débris de barricades, des traces de l'insurrection.
“* Le chemin de fer en grève. L'insurrection à Moscou ”… se répétait:1l, |