COMPOSITION DU CONCILE
D'après une statistique -officielie qui vient d'être publiée à Rome , le nombre des Pères qui siègent actuellement au Vatican avec voix délibérative est de 759 (7 décès et 4 congés constatés depuis l'ouverture du concile). Sur ces 759 prélats, on compte en chiffres ronds :
50 cardinaux ;
1 00 vicaires apostoliques révocables ad nutum;
50 généraux d'ordres et abbés mitres ;
Plus de 1 00 évêques de la Propagande ;
276 italiens, dont 143 appartiennent aux États pontificaux ^ .
En dehors de cette majorité énorme de 580 voix dont l'appui paraît assuré au Vatican, on trouve 1 80 évêques seulement dont les Églises possédaient encore il y a quelques années une certaine autonomie; ce sont les Allemands, les Français, les Espagnols, les Portugais et les Orientaux du rite non latin.
Pour apprécier toute la portée de ces chiffres, il faut remarquer :
^* Que jamais le nombre des vicaires apostoliques et des fonctionnaires de la Curie romaine (évêques in partibus^) n'a été proportionnellement aussi con-
^ Anciennes limites, représentant S,600,000 habitants. Les États actuels du Saînt-Siëge ne renferment plus que 672,000 âmes.
^ II 7 a un an les journaux ultramontains qui voulaient écarter du concile Mgr Maret étaient les premiers à appeler les évêques in partibus des fantocci.
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sidérable dans un concile, et que cependant leur présence a été plusieurs fois Tobjet des réclamations les plus vives, notamment à Trente, à Constance, etc.
2* Que la Propagande, dont la discipline vaut celle d'une armée en campagne, a été fondée par Grégoire XIII en 1 585 , et que par conséquent elle est postérieure au concile de Trente, le dernier synode œcuménique. Elle comprend les épiscopats d'Angleterre, de Hollande, des États-Unis et de divers pays des autres parties du monde.
3" Que, par suite de révolutions, des épiscopats autrefois régulièrement organisés de manière à posséder une certaine indépendance, se trouvent aujourd'hui sans ressources, persécutés par leurs gouvernements et complètement livrés à la discrétion de la cour romaine, qui est leur seul appui. Telle est la condition des évèques de l'Amérique du Sud depuis les révolutions qui ont éclaté dans les vingt dernières années, des Italiens depuis 1861 et des Espagnols^ depuis 1869.
4* Qu'autrefois les évèques, à une immense majorité, tenaient leurs sièges du concours du pouvoir civil et du pouvoir spirituel , ce qui explique le soin jaloux avec lequel, dans les délibérations conciliaires, ils défendaient Findépeudance nationale et les tradi-
1 Les Espagnols ont montré une grande fermeté au concile de Trente. Depuis plusieurs années les nominations ont été faites dans un sens très-ultramoniain : aussi sont-ils loin de suivre en ce moment, au concile, les traditions de leurs ancêtres. On compte aujourd'hui à Rome 44 évoques espagnols siégeant au Vatican , et 49 de TAmérique du Sud.
46 CHAPITRE TEOISIÈMË.
lions particulières de leurs églises. Anjourd'hui, sur 11*00 titres épiscopaux existants', il en est 200 à peine dans la collation desquels les nations catholiques aient conservé le droit d'intervenir à un degré quelconque par Torgane soit du prince, soit des chapitres, soit des sufifragants ou du métropolitain ; 900 sont absolument à la disposition du Pape seul. Et Ton sait les efforts de la Curie romaine pour annihiler les derniers privilèges que possèdent encore la France et l'Orient '.
5® Que, sur cent quatre-vingts millions de catholiques qui existent dans le monde, la France, l'Allemagne et le Portugal en comptent quatre-vingt-trois millions y c'est-à-dire à peu près la moitié; et que sur les 770 prélats qui siègent au concile, ces trois nations, les dernières qui conservent encore quelque indépendance religieuse, ne sont représentées que par cent cinquante-six évêques, nombre qui ne dépasse guère le cinquième de l'ensemble de la vénérable assemblée.
On vient de voir que l'Italie avec les États pontificaux, dont la population n'atteint pas vingt-cinq millions de catholiques, a deux cent soixante-seize évêques au concile.
Les États du Saint-Siège, qui ne renferment (an-
^ 981 sièges seulement sont occupés.
3 II est manifeste depuis plusieurs années que la cour de Rome , en accumulant les difficultés, veut dégoûter le gouvernement français de son droit de nommer les évoques. Les deux principales Églises orientales, TËglise arménienne et la chaldéenne, ont perdu cette prérogative par des acles d'autorité tout récents de Pie IX.