‹ Ce qui se passe au ConcileChapitre 14 sur 31 · COMPOSITION DU CONCILE · texte numérisé non relu

COMPOSITION DU CONCILE

ciennes frontières) que deux millions six cent mille âmes, en ont cent quarante-trois, à peu près trente fois plus que la France, TAllemagne et le Portugal. Et si Ton remarque que la plupart des évèques appartenant aux provinces annexées sont restés à Rome sous la dépendance absolue du Sainl-Siége, on arrive au chiffre proportionnel énorme de cent dix contre un.

G'* Que plus de la moitié des Pères actuellement réunis au Vatican sont logés et entretenus, ainsi que leur suite, aux frais du Pape. Plusieurs ont été vus versant des larmes, partagés qu'ils étaient entre leur conscience et les devoirs que leur imposait cette hospitalité.

On Bst heureux de remarquer cependant que, parmi les prélats relevant de la Propagande, se trouvent les évèques des États-Unis, et que la discipline des congrégations romaines n'est pas parvenue à étouffer chez eux Tesprit de liberté. En revanche, par des causes diverses, une fraction de l'épiscopat français est dévouée aux idées ultramon laines.

Quoi qu'il en soit, il est certain que depuis lô commencement du siècle , à la suite des transformations politiques et sociales, un courant puissant de centralisation religieuse s'est produit dans l'Église ; que ce courant sert tous les intérêts de la cour de Rome qui l'a habilement dirigé, et qu'au jour de l'ouverture du concile, les évèques pénétrés des nécessités du monde moderne et réellement indépendants ne représentaient qu'une faible minorité dans l'assemblée œcuménique.

Si Ton en retranche les timides, il ne reste plus que quelques hommes sans liens communs, sans programme convenu, de mœurs, d'éducation, de langues^ diverses, à peiné connus les uns des autres, auxquels va incomber la redoutable tâche de défendre la liberté au lendemain de ses excès, et de réclamer des bornes à l'autorité d'un Pontife malheureux et vénéré. Et ce ne sera plus cette lutte brillante qui se poursuivait dans la presse devant un public sympathique , où l'éclat du talent compensait le nombre ; c'est dans le palais du Pape, en sa présence, avec une langue morte et sans écho au dehors % qu'il leur faudra, sur ce terrain difficile, arrêter, désarmer ,^ convaincre une majorité immense, compacte^ disciplinée, ardente, prévenue et engagée d'avance.

Au moins sont-ils libres ?

A la première réunion des Pères , trois bulles furent notifiées. Ces bulles , rendues par le Pape « en vertu de la plénitude de son autorité apostolique » ,. avaient pour objet de restreindre les pouvoirs du concile, et sous ce rapport elles apportaient une^ grave modification à la constitution de l'Église.

^ On sait que les séances ne sont pas publiques, que le secret est imposé, et que les procès-verbaux ne sont pas soumis môme aux. orateurs.

BULLB MULTIPLICES INTER.

Par la première (Muliiplices inter^ — 26 novembre 1 869) ' , les Pères perdent le droit , qui ne leur avait jamais été contesté , de faire leur règlement et de nommer les secrétaires , les scrutateurs y les notaires , les présidents des commissions spéciales et les divers officiers du* concile. Le droit d'initiative solennellement reconnu à Trente* leur est enlevé; les propositions devront être soumises à Texamen d'une commission nommée par le Pape, et c'est le Pape qui apprécie en dernier ressort si la proposition sera écartée, modifiée ou renvoyée au concile. Enfin le Pape réglera seul Tordre des travaux, convoquera les commissions, les congrégations générales, et indiquera le jour des sessions publiques.

BULLE APOSTOLICiE SEDIS.

Par la seconde (Apostolicœ sedis, — 18 oct. 1 869)', le Pape réédite la plupart des anathèmes de la fameuse bulle In cœna Domini. Ces censures latœ sententiœ, c'est-à-dire encourues ipso facto et dont l'absoluticMi est réservée spécialement au Saint-Siège, servent presque exclusivement de sanction à des prescriptions de Tordre politique. C'est le catalogue des excommunications, des suspenses , des interdits fulminés par les papes du moyen âge à l'appui de

< Univers du 4 4 décembre.

3 2i«sessioD, can. 24.

3 Univers des 49, 24, 22, 25 décembre.

leurs prétentions théocratiques , pour maintenir la subordination du temporel au spirituel.

On publiait autrefois la bulle In Coma Domini à Rome j tous les ans le jeudi saint : mais aucune nation catholique ne l'avait acceptée, ni la France, ni T Autriche, ni l'Espagne, ni le Portugal, ni les Deux-Siciles: nos anciens parlements traitaient en criminels d'État ceiix qui osaient l'invoquer, proposaient de la recevoir . ou seulement la commentaient. Elle n'avait d'effet, en réalité, que pour les États pontificaux. En 1769, Gément XIV ' , pour faire disparaître cette cause perpétuelle d'irritation, défendit qu'elle fût dorénavant publiée. On n'a guère supprimé dans la nouvelle édition que les articles qui sont aujourd'hui sans application, par exemple l'excommunication portée contre ceux qui empêchent l'alimentation de Rome ou font des avanies aux pèlerins, contre les pirates, etc.... L'opportunité de remettre en vigueur les anathèmes de Y In Coma Doniini, précisément au moment où le concile s'assemble pour réformer la législation de i'Église, peut paraître au moins douteuse^.

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