‹ Ce qui se passe au ConcileChapitre 16 sur 31 · LES PREMIERS TBAVÀUX J)U CONCILE · texte numérisé non relu

LES PREMIERS TBAVÀUX J)U CONCILE

LA LIBERTÉ GONCILUIRE.

Il faut reconnaître que cette u liberté du bien )> a été assez savamment réglementée pour assurer aux projets de décrets une approbation sans réserve. La bulle Multipliées inter^ qui sert de règlement au concile , a été évidemment inspirée par la même pensée que le fameux article-programme inséré dans la Civîltà cattolicaj le 6 février 1869, dont il n'est pas inutile de rappeler certains passages : a ... Le futur concile » sera trhs- court...; les évêques du monde entier se » trouveront d* accord sur les questions principales^ de ^ sorte que la minorité, quelque éloquente qu'elle puisse » être , ne pourra retenir longtemps par son opposition. » Enfin on ne verrait pas sans une certaine stupeur des

» luttes prolongées d'opinions et de discours dans le » sein du futur concile... »

Les travaux sont immédiatement commencés : les congrégations générales se tiennent presque tous les

jours ; on en compte plus de vingt en un mois. Toutes les mesures sont prises d'ailleurs pour éviter les longueurs ; les rouages sont des plus élémentaires, comme on va le voir.

CONDITIONS ESSENTIELLES d'uNB ASSEMBLÉE DÉLlBÉRiKNTE.

Dans toutes les assemblées délibérantes , les projets sont distribués longtemps avant la discussion, accompagnés d'un exposé de motifs qui en signale Tobjet, le caractère et la portée. Les membres de rassemblée, après un premier examen, se réunissent dans leurs bureaux ou sections par groupes presque toujours tirés au sort , dont le chiffre varie , suivant les pays, de vingt à quarante. Une discussion sommaire s'engage, qui, circonscrite ainsi entre un petit nombre de personnes, permet aux opinions de se former, de se reconnaître, en même temps que les capacités «et les spécialités, se dessinent. C'est alors en parfaite connaissance qu'est élue pour chaque projet une commission ' chargée de faire un nouvel examen de la question et de présenter un rapport.

La commission se constitue, elle nomme. son président, son secrétaire, le rapporteur; elle reste en relation continuelle avec les membres de l'assemblée, qui peuvent lui soumettre des observations sous forme d'amendement, et dans son travail elle n'est

^ Ordinairement un ou deux commissaires par bureau.

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enchaînée par aucune entrave, soit quant à la durée et au développement de ses recherches , soit quant aux modifications qu'elle juge convenable d'introduire. Lorsque le rapport a été imprimé et distribué, des amendements peuvent encore être déposés, et ils font l'objet d'un nouvel examen.

Plus tard, le débat public a lieu, d'abord sur l'ensemble , puis sur chaque article ; les tours de parole sont suffisamment réglés pour éviter la confusion , mais d'une manière assez élastique pour que les orateurs puissent se répondre , presser leurs adversaires et, en serrant les arguments, faire jaillir la lumière du choc répété des contradictions.

Enfin le compte rendu fidèle de la discussion est immédiatement publié et adressé à chacun des membres , afin de suppléer à l'insuffisance de la parole , de rappeler les souvenirs, de provoquer les rectifications s'il y a lieu , en un mot de préciser le débat. On comprend sans peine combien un semblable régime, éclairé encore par la polémique quotidienne de la presse, doit faciliter la solution.

Le vote est public et assez divisé pour que toutes les nuances puissent se manifester.

11 est à peine besoin de dire qtle l'assemblée nomme toujours ses secrétaires, chargés de rédiger les procèsverbaux et de constater les suffrages * .

Ces précautions sont élémentaires; les hommes

1 Pour écarter lout sujet de méprise, nous ne parlons pas à dessein du président, qui est également élu. Dans les conciles, la présidence appartient de droit au Pape ou à ses légats.

d'État les considèrent comme la loi fondamentale d'une assemblée sérieuse vraiment digne de ce nom. Elles répondent en effet à des besoins inhérents à la nature des choses, et qui peuvent s'exprimer par ces deux règles de bon sens éternel , sans lesquelles il n'y a ni loyauté dans la discussion ni sincérité dans le vote , savoir : 1 " que les intelligences particulières puissent s'éclairer , se rencontrer et s'unir , sans se paralyser, en un faisceau mobile et souple , formant' comme une grande intelligence en' pleine possession d'elle-même ; 2^ que les avis soient à même de se grouper sur chaque point spécial, sans enchaîner l'avenir, pour s'affirmer ensuite avec la force d'une volonté unique , certaine et libre.

LES ASSEMBLÉES DE l'ÉGLISE. '

Que les pieux partisans de l'absolutisme pontifical ne se récrient pas, en nous accusant de vouloir intro-^ duire dans l'Église le parlementarisme, cette déplorable nouveauté de la civilisation moderne ! Le sage parlementarisme , pas plus que la liberté de* discussion , n'est à créer dans l'Église.

Les grandes assises chrétiennes possèdent et ont exercé pendant quinze siècles le triple pouvoir judiciaire, législatif et gouvernemental; aucun parlement régulier n'a jamais prétendu à une semblable autorité.

Quant à la liberté de discussion , qu'on interroge les traditions; à chaque page de l'histoire des conciles,

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SOUS des formes diverses appropriées aux temps et aux mœurs, apparaissent ces traits dominants : élaboration approfondie se prolongeant quelquefois pendant des années, respect religieux de toutes les opinions, abandon des projets dogmatiques qui ne réunissent pas l'unanimité morale des votes; et comme règle générale pour la discussion, il semble qu'il n'en existe pas d'autre que de lui laisser une liberté illimitée.

Ces garanties ne paraîtront pas excessives si Ton réfléchit que les décisions conciliaires, quant à la foi, sont la constatation d'tme vérité révélée qui doit être contenue dans le dépôt de l'Écriture sainte ou de la tradition ; qu'elles sont irrévocables j et qu'elles s'impo-sent pour toujours à la croyance des fidèles, sous peine de damnation étemelle. Il y a loin de cette affirmation effrayante à la loi positive que le parlement décrète suivant l'opportunité des circonstances, pour les besoins du jour, sans se préoccuper du passé , et en se réservant toute liberté de la modifier et de l'abroger.

Or, s'il y a jamais eu un concile qu'il eût été nécessaire d'entourer des précautions dont nous avons parlé, c'est certainement celui du Vatican, par plusieurs raisons péremptoires : le nombre tout à fait inusité des évéques qui sont des inconnus les uns à l'égard des autres; pour la plupart, l'inexpérience des conditions d'une grande assemblée; l'espèce d'ostracisme dont ils ont été frappés quant à la préparation du concile qu'ils djevaient trouver fait d'avarice; le caractère essentiellement délicat des questions à trai-

ter; et, chose absolument nouvelle, les exigences de l'opinion publique, façonnée aujourd'hui à la vie parlementaire, et qui prend facilement ombrage suc les questions de liberté.

Malheureusement toutes ces garanties ont été écartées par le règlement du 27 novembre comme des formalités inutiles; il est difficile d'expliquer dans* quel but.

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