‹ Ce qui se passe au ConcileChapitre 18 sur 31 · OONCILB DU VATICAN. — LA DISCUSSION DANS LES CONGRÉGATIONS · texte numérisé non relu

OONCILB DU VATICAN. — LA DISCUSSION DANS LES CONGRÉGATIONS

GÉNÉBALES. •

Voilà donc huit cents -évoques qui, de prime saut, sans préparation sérieuse, et séance tenante, vont avoir à résoudre les difficultés les plus complexes, les plus considérables de la théologie, de la philoso* phie, de la politique, du droit social, des sciences humaines'; et leur seul moyen de communication pour accomplir cette œuvre gigantesque est une langue morte, que quinze évèques à peine peuvent parler aisément et dont les mots dénaturés par les accents divers sont le plus souvent inintelligibles pour l'auditoire.

Il est d^jà fort difficile de diriger une assemblée homogène, se servant d'une langue usuelle, très-préparée sur la question et beaucoup moins nombreuse. Nous avons indiqué de quelles précautions une discussion loyale et sérieuse doit être entourée. Ces garanties ont été sans doute multipliées au Vatican ?

Il semble qu'on ait pris à tâche de les négliger toutes.

Le règlement du 27 novembre y est jugé avec une science et une autorité qui font de cet article un document indispensable pour qui veut bien connaître lès conditions étranges faites à nos évêques dans le concile.

^ BuWe&inàiciïon jEterni Patris, allocution à Touverture du concile Quod voHs omnibus. Voir encore la brochure de Mgr de Ségur, le Concile, approuvée par un bref pontifical; ci-dessous, chap. Y. '

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Le débat s'engage sans règle, sans direction, ou plutôt il n'y a pas de débat. Les orateurs ont dû se faire inscrire d'avance, la veille au moins du jour de la séance, et chacun parle suivant sa dignité et son rang d'ancienneté, peu importe que ce soit pour ou contre : les ordres de parole ne peuvent pas être intervertis ; chacun argumente à sa fantaisie ou seloç ses préférences, soit sur l'ensemble, soit sur un point spécial. Il n'est pas permis de répliquer. Sous un pareil régime on peut discourir, il n'y' a pas de discussion \

La salle dans laquelle se tient le concile, par une fatalité singulière, a été si mal disposée qu'à l'origine il était littéralement impossible d'entendre un seul mot; aujourd'hui encore, malgré des améliorations accordées non sans peine, la voix ne parvient pas au quart des auditeurs^. Il était facile de la changer cependant, car les monuments et les grandes salles ne manquent pas à Rome; par une insistance inexplicable, on s'obstine à la conserver.

Il n'y a pas de procès-verbal soumis à l'assemblée, pas de compte rendu de la séance dont les évèques puissent prendre connaissance. Les orateurs n'ont pas le droit de faire imprimer leurs discours ni de les distribuer à leurs collègues.

1 V Univers rapporte un mot de Pie IX que nous reproduisons sous toutesi réserves : « Je veux que le concile ait tant de libertés qu'il en soit rassasié. » (45 février 4870.)

^ Un cardinal, assez rapproché de la tribune cependant, disait dernièrement qu'il n'avait entendu que quatre mots depuis l'ouverture du concile.

62 CHAnTBE TROISIÈME.

La publicité, jogée nécessaire dans tontes les assemblées délibérantes comme une sauvegarde de la liberté, a toujours été de règle dans les assemblées oecuméniques ' . Saint Jean-Chrysostôme a refusé de paraître devant un synode qui n'était pas public. Le règlement du 27 novembre établit le huis-clos absolu j et le secret sub pcena gravi est imposé sur tout ce qui concerne \e concile. Encore deux graves innovations !

Ainsi on ne s'entend pas, on ne se lit pas, on ne se répond pas! De là inévitablement pour l'assemblée un profond ennui, un immense dégoût et la tentation d'en finir par un coup de majorité. Cette solution violente, que poursuit depuis cinq mois une faction, sans désespérer d'y atteindre*, est d'autant plus grave, qu'il n'en transpirerait rien au dehors, car les évèques de la minorité sont astreints au secret pour toute leur vie, et l'histoire ne pourra être écrite que par ceux dont la passion aura précipité le dénoûment.

^ Le huis-clos n'était que l'exception. Quant au secret dont il est parle pour la première fois au concile de Trente , il est seulement recommarui^ aux évoques et il ne concerne que les projets de décrets dont les protestants s'emparaient comme de canons définitivement adoptés, pour faire échouer les tentatives de réconciliation. Mais les mémoires et les lettres nombreuses qui nous sont parvenus nous montrent que les évêques ne se faisaient aucun scrupule de raconter ce qui se passait dans le sein du concile.

2 La preuve des coupables excitations de la presse ultramontaine est facile; on trouvera des passages instructifs, notamment dans rC/ntversdesS, 45, 48, 24, 29 janvier, 2 et 45 février, 20 et 29 mars, etc., et dans VUnUm des 22 et 24 février.

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