‹ Ce qui se passe au ConcileChapitre 21 sur 31 · LE VOTE AU CONCILE DU VATICAN · texte numérisé non relu

LE VOTE AU CONCILE DU VATICAN

D'après les usages traditionnels de l'Église, deux conditions sont nécessaires pour la régularité des votes dans un concile :

L'unanitaité morale au moins pour les décisions dogmatiques;

La publicité.

La nécessité de l'unanimité morale repose sur cette considération que l'Église n'invente aucun dogme; elle déclare seulement qu'une vérité se trouve contenue dans le dépôt de la foi qui lui a été confié; elle juge une question de fait. Or quelle garantie peut offrir une simple majorité qui affirme, en face d'une minorité imposante qui nie? Aussi l'Église, dans ses définitions dogmatiques, a-t-elle toujours religieuse-

LA LIBERTÉ CONCILIAIRE. 1\

ment respecté la célèbre maxime de saint Vincent de Lérins : Quod semper^ quod ubique^ quod ab omnibus. Plusieurs fois on s'est arrêté devant l'opposition d'un seul évêque, jamais on n'a passé outre devant une minorité d'un dixième , et quand le vote n'était pas absolument unanime , les divergences ne portaient pas sur le fond de la vérité définie , mais seulement sur des points secondaires. Pie IV a admirablement rappelé cette condition dans ses instructions aux légats chargés de présider le concile de Trente '.

La publicité du vote n'est pas moins rigoureusement exigée; la gravité des déclarations demande que les évoques assument devant le monde catholique la responsabilité de leur opinion, et le peuple doit pouvoir s'assurer que c'est bien à l'unanimité qu'ont été rendues les décisions dogmatiques imposées à sa foi.

I^ garantie de l'unanimité morale et de la publicité du vote, considérées jusqu'ici comme des conditions essentielles d'un concile œcuménique, a disparu pour les Pères du Vatican :

Dorénavant les décisions seront prises à la simple

1 Voir ci-dessous, ch. V. Le défaut d'espace ne nous permet pas d'insérer le tableau des conciles œcuméniques avec le relevé des votes dogmatiques qui nous sont parvenus; on y trouverait la preuve péremptoire de noire afBrmation. Il faut tout Taveuglement de la passion et du parti pris pour qu'on n'ait pas craint d'avancer dans des journaux ultramontains que la simple majorité suffit pour les décrets de foi. Ce serait une révolution. On peut consulter uti-> lement sur cette question les savants articles publiés dans la Semaine religieuse de Grenoble par Mgr Ginoulhiac et réunis en brochure chez Douniol.

72 CHAPITRE TROISIÈMK.

majorité . (Règlement du 20 février, articles 1 3 et 1 4.) Le vote est secret *. (Règlement de la session publique, articles 105 et ss.*)

On a déjà vu qu'aucun dignitaire, aucun officier du concile, secrétaire, notaire, scrutateur, etc., n'est nommé par les évéques.

Nous nous abstenons de tout commentaire ; enfant dévoué de l'Église, nous ne voulons pas dépasser les bornes de la plus respectueuse modération; nous faisons la part de l'inexpérience, des défiances naturelles, chez un pouvoir absolu depuis trois siècles, en face de la liberté parlementaire ; nous n'incriminons jiucune intention. Mais dans les circonstances si graves au milieu desquelles se trouve jeté le monde catholique, en présence de documents et de faits publics, du moment que nous avons pris la plume, nous croirions manquer à notre devoir si nous ne disions pas toute la vérité, dût-elle déplaire.

Qu'on évoque donc par la pensée la notion la plus simple d'un concile œcuménique, qui est une assemblée d'évêques délibérant et jugeant dans le calme et dans la liberté sous la présidence du Pape; qu'on en cherche ensuite l'image au miheu des événements qui se succèdent depuis quatre mois sous les voûtes de Saint-Pierre :

La trouve-t-on dans la préparation des travaux? L'intervention de l'épiscopat y est nulle.

^ En ce sens qu'on fait sortir au moment du vote lous ceux qyi n*ont pas place au concile.

2 Univers du 4 4 décembre.

LA LIBERTÉ CONCILIAIRE. 73

Est-ce dans la discussion? Par une abdication sans précédent , rassemblée a laissé absorber ses pouvoirs par des commissions élues sans connaissance de cause, sous la pression d'un parti et comme par surprise. Le débat dans le sein des congrégations générales est illusoire , la discussion enchaînée , la liberté de la parole étouffée.

Est-ce au moment du vote? Il est sans garantie, sans . contrôle , toujours exposé à des coups de majorité.

En revanche on voit la passion dominant de plus en plus, les traditions et les usages désertés, les droits méconnus, et les règles les plus élémentaires dédaignées.

On se demande où est le concile!

Les membres qui composent la majorité sont tous cependant des personnages éminents par leurs vertus et leur piété; ils savent que le titre ne suffit pas pour constituer un concile œcuménique, que certaines règles ne sont point impunément transgressées, que les bonnes causes n'ont pas besoin de la violence !

On dit qu'ils^ conviennent sans peine du défaut de liberté du concile, mais que pour eux Tintervention des évêques est inutile : il suffit que le Pape décide , sa voix est infaillible, l'assemblée doit seulement obéir!

S'il en est ainsi, à quoi bon alors cette réunion d' évêques ? à quoi bon nourrir par des apparences d'examen, de discussion et de suffrages, la piété des

fidèles qui févère les conciles, mais les conciles sérieux et libres? Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de la vérité? pourquoi ne pas laisser au Pape l'honneur d'affirmer seul sa propre infaillibilité, dans la plénitude de son autorité et de son droit? Ne serait-ce pas plus digne du courage et de la franchise apostoliques? Les vénérables évêques seraient au moins conséquents avec leur doctrine, et, si des malheurs qu'il est permis de redouter viennent ensuite déchirer l'Eglise, ils ne se verraient pas exposés à ce qu'on leur appliquât cette maxime célèbre d'un homme d'Etat : il y a une pire chose que l'absence de parlement, c'est un mensonge de parlement!

Mais comment les évêques modérés n'ont-ils pas dès le premier jour abandonné cette salle où l'esprit de Dieu ne peut pas être tant que la liberté et les traditions évangéliques n'y seront pas respectées?

Sans avoir la confidence de personne, nous croyons en trouver la raison dans leur dévouement pour Pie IX, dans leur esprit de paix, et dans l'espérance que le ciel ne restera pas sourd à leurs prières, à leurs larmes, et que Dieu épargnera de cruelles épreuves à son Eglise. Mais il faut avoir le courage de le dire, si le concile est réellement soumis aux conditions qui semblent résulter des faits et des documents publics que nous avons analysés , de graves devoirs pourront s'imposer à la conscience des évêques modérés.

Jusqu'ici ils ont tout fait pour écarter ces terribles extrémités. Malgré tant d'entraves qu'augmente en-

LA LIBERTÉ CONCILIAIRE.

core une pression énorme au dehors, ils n'ont pas Youlu désespérer. La minorité, infime d'abord, mais courageuse, éloquente, infatigable, a grossi peu à peu au milieu dû périK Tous les jours sur la brèche , elle multiplie ses efforts; pas un schéma n'a encore été adopté, grâce à son énergie, dans les nombreuses congrégations générales qui se tiennent cependant sans relâche. On ne parvient pas à la lasser.

Page 1