LE TIERS PABTI AU CONCILE DU VATICAN
Les faits n'ont pas tardé à confirmer ces prévisions. S'il existe un tiers parti au concile , on ne connaît exactement ni ses chefs, ni ses membres, ni son programme; et son intervention n'a servi jusqu'à présent qu'à augmenter la confiance et les prétentions des exagérés.
D'après un bruit très-accrédité , il.serait formé des abstentionnistes qui n'ont signé aucun postulatum. On avait cité plusieurs prélats qui l'auraient dirigé : l'un était le chef, l'autre rédigeait les protocoles, un
troisième conduisait les négociations avec les gouvernements ; mais les vénérables évêques ainsi personnellement mis en cause par la presse se sont hâtés de décliner la responsabilité du rôle que T opinion leur attribuait.
Quant au programme, il est difficile à définir; cependant 9 sous les différentes formes qui lui ont été successivement données , la préoccupation dominante y parait être de ne pas résister à la réalisation d'un projet cher à Pie IX, mais en entourant la déclaration du dogme nouveau de certaines précautions, et en la rendant aussi acceptable que possible à l'esprit moderne.
On a varié dans le choix des moyens. On s'était d'abord arrêté à l'idée de restreindre l'infaillibilité aux matières de foi et de mœurs, et l'on présentait cet amendement comme une conquête importante; c'est le projet auquel on avait cherché d'abord à rattacher l'adhésion du gouvernement français, et que le Mémorial diplomatique a depuis soutenu avec persévérance. Mais les hommes politiques n'ont pas eu besoin de beaucoup de temps pour reconnaître que cette prétendue concession ne concédait rien; car en théologie la foi et la morale comprennent absolument tout ce qui intéresse le gouvernement des sociétés humaines. D'ailleurs les absolutistes ayant spontanément accepté la restriction dans la formule de leur postulatum , il était nécessaire de prendre une position plus correcte.
C'est sans doute ce qui a déterminé l'apparition
LINFAILUBILITÉ. 419
d'un document anonyme j mais parfaitement authentique, qui a été distribué aux Pères du concile, dans les premiers jours de février," document très-travaillé et rédigé dans Tespérance de concilier toutes les opinions ' •
Un évêque Fa appelé un phénomène d'équivoque; il est difficile en effet de mieux dissimuler le but réel qu'on veut atteindre, ni d'envelopper sa pensée de plus habiles réticences.
La thèse, assez obscurément exposée, revient à ceci : « L'Église est infaillible, mais l'assemblée des évêques ne peut enseigner contre le Pape, et VÉglise est là où est le Pape. » Si ces deux dernières propositions veulent dire seulement que les évêques ne doivent définir aucun dogme nouveau sans le Pape , que le Pape et les évêques ne doivent pas se séparer, qu'ils ne se sépareront pas, elles sont vraies et elles répondent aux plus chères espérances des catholiques. Si elles sont prises au contraire dans leur signification absolue et sans réserve, elles sont fausses et formellement contredites par Thistoire*; car elles ne tendraient à rien moins qu'à supprimer les conciles et à enlever aux évêques leur qualité de juges de la foi, pour en faire de simples comparses réunis aux pieds du Pape ad pompam et ostentationem. Ainsi comprise , la formule se confond avec Taxiome bien, connu de l'école ultramontaine : « Le Pape seul est infaillible ».
* Univers du 9 février.
2 Des Papes ont été jugés et déposés par des conciles.
Telle semblerait être, de prime abord , la doctrine des auteurs du poslulatum, puisqu'ils n'en ont limité l'expression par aucune restriction ; mais, dans l'exposé des motifs présenté, suivant l'usage, à l'appui du projet, ils se sont séparés trop gravement du parti extrême pour qu'il soit permis de les compter au nombre des adversaires décidés de la minorité.
Ils rétablissent d'abord, au point de vue du vote, le droit religieusement observé jusqu'ici dans les grandes assemblées de l'Église et si étrangement méconnu par le règlement du concile du Vatican. Ils aiSirment la nécessité de Vunanimité; c'est un point fort important, puisque les légats né tolèrent . plus que les orateurs y fassent seulement allusion dans les discussions des congrégations générales :
« L'accord unanime de tous les Pères (du
moins presque tous) non-seulement est désirable, mais paraît absolument requis, lorsqu'il s'agit de la définition d'un chef de doctrine^ surtout dans une ques^ tion de si grande importance qui ne devait pas être définie (si cela était possible) contre V opinion d'un seul... Et cette unanimité est surtout nécessaire à une époque où la religion a assez d'ennemis pour qu'il ne soit pas à propos de paraître activer de nouveaux dissentiments dans le camp même de l'Église. »
La leçon est sévère. Voici maintenant comment est apprécié au fond le postulatum de l'infaillibilité : « La proposition d'une définition formelle et explicite de l'infaillibilité pontificale soulève des questions qui seront, après la proclamation, agitées avec une
nouvelle et plus grande violence, savoir : la distinction entre la personne publique et la personne privée du Pontife qui enseigne j le vrai sens du mot ex cathedra , les choses qui appartiennent à la foi et aux mœurs,.. La définition formelle, étant de soi rétroactivement applicable aux siècles passés, ouvrirait le champ de l'histoire tout entier et tout le Bullaire aux subtilités des théologiens et aux accusations à peu près assoupies des hérétiques et des impies contre les Pontifes romains. »
Ces considérations sont fort graves. N'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'après avoir si bien saisi et retracé tout ce qu'il y a d'impraticable, de périlleux dans la proclamation de Tinfaillibilité pontificale, les membres du tiers parti aient pu conserver l'espérance de lever ces difficultés et de conjurer ces périls par un artifice de langage , par une simple modifica^ tion de formule ? Comme s'il ne s'agissait que d'une querelle de mots, comme si oe n'était pas l'essence même du dogme proposé qui se heurte contre les trois faits suivants, qu'il suffit de rappeler après les vénérables prélats pour résumer le débat sur le terrain de la foi :
Dans le passé , impossibilité de concilier les faits historiques avec le dogme nouveau ;
Dans l'avenir, controverses inextricables sur la portée de la définition : une infaillibilité sans limites qui se perd dans Tabsurde ou des distinctions subtiles et sans autorité ; l'arbitraire pour seule règle, le droit devenu stérile, l'activité individuelle élouf-
pation dominante d'établir d'une manière définitive la monarchie pontificale absolue.
Après l'ouverture du concile le projet s'est affirmé; bientôt il a été ouvertement déclaré; l'infaillibilité du Pape est devenue en quelque sorte la q4iestion vitale de l'Église. Sauf l'acclamation qui trois fois a failli réussir, le programme tracé par la Civiltà en février 1 869 se réalise de point en point.
L'assemblée s'est alors partagée en trois fractions : les infaillibilisteSy qui ont signé des postulata demandant la proclamation du dogme nouveau; les nondéfinitianmstes , qui ont supplié le Saint-Père de ne pas permettre que la question soit soumise au concile ; les abstentionnistes^ qui n'ont signé aucun postulatum et dont quelques-uns ont tenté de former un tiers parti. La vivacité de la lutte ne permet pas de supposer un rapprochement, et la force respective de chacun des groupes est telle que, si les règles traditionnelles du droit conciliaire étaient respectées, il serait difficile de prévoir à quelle opinion, en définitive, appartiendra le succès. On a constaté cependant quels efforts inouïs sont faits dans le concile ou au dehors par le parti absolutiste pour arracher aux Pères la consécration solennelle de son programme.
Mais, dans l'exposé de la situation, il est un élément dont il n'a pas encore été tenu compte. Audessus de la mêlée ardente et confuse dans laquelle sont engagés les évéques, plane une autorité dont le poids doit être décisif dans la solution du débat : celle du Pape.
En effet, V aucun décret du concile ne peut, sauf des circonstances exceptionnelles, devenir loi de l'Église sans le concours du Pontife romain;
2** Pie IX, indépendamment du pouvoir inhérent à sa dignité souveraine, exerce une influence personnelle considérable sur les évoques et sur les populations catholiques ;
3^* La question intéresse essentiellement son autorité, et le prestige, l'importance, l'existence même de la Curie romaine.
L'appréciation des faits ne serait donc ni sûre ni impartiale, si l'on ne connaissait pas quelle a été fattitude de Pie IX au milieu de ce grand conflit, le plus grave peut-être qui se soit élevé dans l'Église depuis son origine.
PIE lY ET LE CONCILE DE TRENTE.
Pallavicini raconte qu'au concile de Trente, dans le cours de la discussion sur le sacrement de l'ordre, l'éternelle question des droits du Pape et des évêques suscita parmi les Pères de grands dissentiments et d'interminables débats.
Le Pape est-il supérieur au concile, ou le concile au Pape? Le Pape peut-il prendre le titre d'évêque de l'Église universelle? Les évêques sont-ils d'institution divine, ou tirent-ils au contraire leur pouvoir de juridiction du Siège romain? Autant de points qui
intéressent les bases mêmes de la constitution de r Église.
La plupart des évèques d'Italie, par l'organe du jésuite Laynez, soutenaient la doctrine de Tinfaillibilité du Pape et de la monarchie pontiBcale absolue ; le sentiment contraire était énergiquement défendu par les Allemands , les Espagnols et les Français , à la suite du cardinal de Lorraine , qui allait jusqu'à contester l'œcuménicité du concile de Florence*.
En présence de ces difficultés, Pie IV, consulté par ses légats, leur écrivit une lettre célèbre (janvier 1563) oti, après avoir « déclaré qu'aucun fidèle ne pouvait contester au Pape l'autorité suprême, il concluait en disant que si Ton trouvait à la définition de son droit quelque obstacle insurmontable, il consentirait, plutôt que d'exposer V Église aux funestes conséquences d'une rupture^ à ce qu'on ne parlât ni de son autorité, ni de celle des évêques, et qu'alors
ON NE DEVRAIT DÉFINIR QUE CE QUI SERAIT ADMIS DU CON- SENTEMENT UNANIME DES PÈRES ^ »•
Dans une autre circonstance, il empêcha qu'on ne portât , (( par un désir aveugle de la paix , un décret équivoque, qui aurait renfermé un germe de discorde et de guerre ». Et il recommandait « que l'on définît
^ On admet généralement aujourd'hui le concile de Florence comme œcuménique. Son célèbre décret sur la papauté, mieux étudié et mieux compris, a paru parfaitement conciliable avec le système de la monarchie tertipérée. Le chanoine Dœllinger est un des derniers théologiens qui soutiennent encore la thèse du cardinal de Lorraine.
2 Pallavicini, liv. XIX, chap. 45, n^ 3.
'Clairement et sans ambiguïté ce sur quoi Von était d'accord^ tnms qu'on ne touchât point aux articles sur
LESQUELS IL T AVAIT DISSIDENCE d'oPINIONS ' ».
Conformément à ce désir, on préféra l'omission de toute formule à des définitions trop nettes ou trop ambiguës, qui n'auraient pas satisfait les uns et qui -auraient blessé les autres. Grâce à cette sage concession, le canon De ordine put être voté dans la session publique (23') du 1 5 juillet 1 563.
Mais Pie IV ne se contentait pas d'écarter d'une main prudente ce qui pouvait entretenir le trouble ^t la discorde dans l'Église : il ne se lassait pas de rappeler aux légats, aux princes, aux évoques « qu'il -entendait laisser libres les propositions et les délibérations du concile sans aucune restriction^ ... j qu'il ne pouvait ni ne voulait faire la loi aux Phres^. . . , que rien ne saurait le déterminer à gêner la liberté du concile * . . . , que tout ce qui serait proposé et décidé par le concile ne serait pas blâmé à Rome ^..., etc. )y
Et comme on exprimait certaines défiances au sujet de sa correspondance avec ses légats, qui le consultaient dans les circonstances graves *, il leur prescrivit solennellement de s'abstenir dorénavant de
* Pallavicini, liv. XXIV, chap. 48, n*» H.
^ Mémoires diplomatiques. Dépêche de Lansac du 49 mai 156SI. 3 Dépêche de de Lisle à Catherine de Médicis, du 2 octobre 4 563, rapportant une conversation de Pie IV.
* Mémoires de de Lisle. 29 mai 4562.
^ Dépêche de Lansac.
^ Ce qui avait donné lieu à cette plaisanterie, <t que le Saint-Esprit arrivait de Rome en valise ».
semblables communications. Les annalistes ' rapportent un grand nombre de lettres du cardinal saint Charles Borromée, le conseil et l'ami de Pie IV dans ces difficiles négociations, qui reviennent à chaque instant sur la recommandation :
i< Le Pape estime bien fait tout ce qui est fait par vous et le concile. Il vous conjure, au nom de Dieu, de regarder comme toujours persévérante cette volonté du Pape qui remet toutes choses à vous-mêmes et au concile. Agissez et concluez comme si vous n'attendiez rien de Rome. Le Pape agréera tout ce que vous déciderez... (Lettre du 16 juin 1563.)
» Le Saint-Père me charge de vous écrire que vous ne devez plus rien attendre d'ici. Faites avec le concile tout ce que vous croirez. . . (1 juillet 1 563.)
)) Les légats ne doivent plus perdre de temps à demander conseil à Rome... (31 juillet.)
» Le Pape ne veut plus consulter personne sur les décrets susdits et sur les autres que l'on enverra désormais. Définissez les dogmes, publiez les décrets de réforme, et lorsque vous croirez, avec la majorité des Pères, devoir terminer le concile, faites la clôture... » (Set 12 août.)
Enfin l'illustre Pontife promet d'avance sa confirmation à tous les décrets qui interviendront*.
Il était impossible de mieux comprendre la loi fondamentale de la liberté conciliaire ni de pousser
1 Baronius.
2 Pallavicini, liv. XXIV, chap. 5, n*» 1 et f .
plus loin le respect des opinions, l'observation scrupuleuse des prudentes traditions de l'Église.
La sagesse du Pontife et de son pieux conseiller n'a pas été stérile : les canons du concile de Trente en ont tiré une force et une autorité qui , malgré des obstacles considérables, n'ont pas tardé à lui assurer la soumission de l'univers catholique * .
Cet exemple a-t-il été suivi ?
PIE IX CROIT A L INFAILLIBILITE BU PAPE COMME A UN ABTICLE DE FOI. CONSÉQUENCES DE CETTE CONVICTION.
Pie IX, dans une conversation récente* avec le cardinal Schwarzenberg, qui lui représentait les dangers de la proclamation de l'infaillibilité, aurait, dit-on, coupé court aux observations de l'éminent prélat par ces paroles : « Moi, Jean-Marie Mastaï, je crois à l'infaillibilité. Pape, je n'ai rien à demander au concile; le Saint-Esprit l'éclairera... »
Ce serait mal juger Pie IX que d'attribuer cette réponse à un éblouissement d'orgueil. La pureté de sa vie sacerdotale , sa touchante simplicité et son admirable abandon aux desseins de la Prowdence, si
1 Le concile de Trente a étë accepté immédiatement par tous les pays catholiques, excepté en France, où le refus de le recevoir doit être attribué à des malentendus canoniques et à des diil&cullés politiques étrangères à la doctrine.
2 Univers du 48 décembre 1869.
connus de tous, ne permettent pas de s'arrêter un seul instant à une semblable pensée. Faut-il en chercher r explication, comme 4e prétendent quelquesuns, dans l'insuffisance de ses études théologiques \ dans rinfluence de certaines prédictions populaires qui lui promettent pour la fin de son pontificat l'empire du monde, ou bien dans la pieuse horreur du libéralisme, qu'à Rome on n'est pas encore parvenu à discerner de la révolution? Quoi qu'il en soit, il est certain que cette foi en sa propre infaillibilité, cette croyance à une communication permanente et toute spéciale avec rEsprit-Saint,*forme le fond du caractère de Pie IX. Quelques-uns des Pontifes qui l'ont précédé ont partagé ses doctrines*; aucun n'en a été plus ardemment convaincu , aucun ne les a professées avec ce mysticisme enthousiaste, ce dédain pour les remontrances des savants et des sages, cette confiance impassible. Quel que soit le jugement de l'histoire, personne ne pourra nier que cette foi profonde ne lui ait créé dans le dix-neuvième siècle une personnalité d'une puissance et d'une majesté incomparables, dont l'éclat grandit encore un pontificat déjà si remarquable par une durée, des vertus et des malheurs vraiment exceptionnels.
^ Il fut élevé par une mère pieuse dans les sentiments d*une religieuse dévotion pour les deux papes Pie VI et Pie VII, qu'il vénérait comme des martyrs. Entré dans les ordres, il s'adonna presque exclusivement à la charité.
3 II en est d'autres qui ont professé l'opinion contraire, par exemple Adrien VI.
Il aurait suffi que le sentiment du Pape f&t connu pour que ce seul fait pesât d'un poids énorme dan» la balance des résolutions du concile, tant est dévoué le culte des évèques pour Tauguste Pontife, tant est profonde leur abnégation quand ils redojitent de c( contrister Pie IX ».
Mais il était difficile qu'une conviction de cette* nature restât inactive dans les sphères abstraites de la pensée. D'après la loi même de son essence, elle devait inévitablement se manifester dans le monde des faits par des actes et par des conséquences matérielles.
En effet, si le Pape est seul infaillible, c'est pour lui non-seulement un droit, mais un devoir, et un devoir rigoureux , de guider les évèques réunis en synode ou dispersés, de les encourager s'ils sont dans la bonne voie , de les reprendre s'ils s'en écartent, d'intervenir activement dans les travaux de l'assemblée , d'inspirer ses délibérations et de dicter ses décrets.
Ainsi compris, le rôle du Pape dans le concile s'éloigne singulièrement de celui qu'avait adopté et si noblement soutenu Pie IV. Malheureusement pour l'Église , il n'y a plus de Charles Borromée dans le Sacré Collège : au lieu des sages conseils du saint et illustre cardinal , Pie IX n'a rencontré , pour faciliter sa marche dans la voie nouvelle , que les intempérantes excitations des Pères de la Civiltà, de l'abbé Margotti de VUnità cattolica, et de M. Yeuillot dans
V Univers.
Ces explications étaient nécessaires pour faire comprendre l'attitude de Pie IX, qui sans cela pourrait paraître étrange , et elles permettront de remplacer des critiques embarrassantes par un simple exposé des faits.
PIE IX ET LA LIBEETÉ GONCIUÀIBE.
Du moment où il était admis en principe que c'est le Pape qui communique la lumihre au concile^ et que les évoques sont réunis non pas pour rechercher et juger la vérité avec le Pontife romain , mais seulement pour en rendre l'expression plus retentissante, il est évident qu'il ne pouvait être pris trop de précautions pour qu'aucune note discordante ne vint troubler le concert. La préoccupation dominante devait être de ne laisser aux Pères que « la liberté du bien )>.
Cette pensée a certainement inspiré les trois bulles dont nous avons déjà parlé et qui ont si profondément modifié les droits et les prérogatives des assemblées œcuméniques dans l'Église : la bulle sur u la vacance du Saint-Siège », qui a enlevé au concile son pouvoir de gouvernement; la bulle des « cas réservés», qui, en fulminant de nouveau les anathèmes volontairement déposés depuis un siècle, préjuge les questions les plus graves sur les rapports de la société religieuse et de la société civile; la bulle Multiplices inter, qui sert de règlement avec le
décret additionnel du 20 février, et qui a disposé les choses de manière que le concile soit trhS'Courtj que la minorité ne puisse retenir longtemps par son opposition^ et qu'on ne voie pas des luttes prolongées d'opinions et de discours ' .
Tout s'explique facilement alors :
Le soin avec lequel les travaux ont été élaborés, les décrets rédigés en dehors de toute participation des évoques ;
L'interdiction des réunions préparatoires, des échanges de mémoires imprimés à Rome ;
Là précipitation dans l'examen , dans la délibération , dans le vote ; l'élection des quatre commissions permanentes dani^ les conditions que l'on connaît;
L'indiflférence pour les scrupules de la minorité, l'irritation causée par sa résistance ; l'agitation extraconciliaire ;
Le secret imposé pour toutes les parties du concile; l'absence de procès-verbaux; le huis clos absolu; la défense de faire imprimer les discours; la censure de la presse ; •
Et jusqu'au choix de la salle , qui n'a été évidemment disposée que pour de muettes cérémonies d'apparat.
Une seule hypothèse a été prévue , r acclamation^. C'était logique : avec la doctrine du Pape seul infaillible^ l'acclamation est l'unique forme dans laquelle
* Article de la Civiltà du 6 février 4869. Voir ci-dessus, page 53. 2 Ibidem.
il convienne de laisser aux évèques la liberté de manifester leur opinion.