PIE IX ET LES INFAILLIBILISTES
La môme préoccupation dominante se révèle dans la désignation des auxiliaires du Saint-Siège au concile et dans les témoignages de faveur prodigués, en récompense des démonstrations les plus accentuées.
Les théologiens chargés de préparer le concile et de rédiger les décrets ont été choisis exclusivement parmi les partisans déclarés de la définition ; à peine en citera-t-on trois ou quatre sur cent qui appartiennent à l'opinion modérée , tels que le docteur Héfélé , le savant historien allemand , aujourd'hui évêque de Rottembourg ; encore ont-ils été soigneusement tenus à l'écart de tous les travaux importants ; tandis qu'on trouve dans les commissions influentes des noms tels que celui du jésuite Schrader, de Vienne, qui a traduit le Syllabus dans la forme affirmative \ avec l'approbation pontificale, et a été ainsi conduit à condamner toutes les institutions modernes et à préconiser ouvertement le système de la théocratie.
Le choix des officiers du concile n'est pas moins
^ La Civiltà du 6 février 4869 demande au concile de réaliser officiellement ce travail.
significatif. Un des deux premiers -scrutateurs est tellement compromis par la vivacité de sa polémique contre l'esprit moderne et ses attaques contre plusieurs personnalités importantes du concile , qu'il doit lui être difficile de remplir sa délicate mission avec l'autorité nécessaire dans la grande assemblée.
La commission des postulata j nommée par le Pape et chargée de lui soumettre un rapport sur les propositions déposées par les Pères , compte , sur vingtcinq membres 9 treize Italiens^ et parmi les prélats étrangers à l'Italie, NN. SS. Manning de Westminster et Deschamps de Malines, dont on connaît les efforts en faveur du dogme nouveau. L'élection des quatre grandes commissions s'est faite sous la même inspiration .
Le cardinal de Reisach, auquel l'ardeur de ses opinions suscita plus d'une difficulté en Allemagne, avait été nommé légat -président du concile; la cour de Rome comptait beaucoup sur son esprit absolu et énergique; après sa mort, la présidence revenait de droit au cardinal de Luca , d'un esprit fiu et habile, qui a acquis un certain renom de libéralisme par ses relations avec lord Clarendon et M. Gladstone; mais il a été accusé de complaisance pour l'opposition, et il s'est vu remplacer par le cardinal de Angelis, dont le caractère offre, paratt-il, soùs ce rapport , une complète sécurité.
Quant aux témoignages de faveur exclusivement accordés aux infaillibilistes , faut-il citer l'accueil fait aux archevêques de Westminster et de Malines,
aux évêqnes de Poitiers, de Nîmes, d'Hébron , d'Arras * ? l'entrevue pleine d'effusion avec Févêque de Laval , qui a publié dans la Semaine religieuse de son diocèse un inconcevable réquisitoire contre son collègue d'Orléans ? plus tard la visite à Tévéque de Nîmes, dont on ne manque pas de signaler le caractère extraordinaire ' ?
Faut-il citer encore le titre de primat de Belgique tout récemment conféré à Mgr Descbamps, l'infatigable promoteur de la définition, titre qui lui permet de siéger au-dessus des archevêques , à côté des cardinaux ' ? les dix-huit chapeaux réservés depuis un an, on ne sait dans quel but? les encouragements publics donnés aux journaux qui attaquent le plus violemment l'opinion modérée ^ ? les brefs de félicilation adressés aux seuls écrivains qui soutiennent la doctrine de l'infaillibilité absolue, et multipliés même après l'ouverture du concile , après que l'assemblée a été officiellement saisie de la question * ?
C'est un fait nouveau dans l'histoire de l'Église que cette intervention personnelle du Pape, en
^ Univers des 22 novembre, 7 et 20 décembre 4 869.
3 Univers du 26 janvier 4870.
^ Univers du 22 janvier.
^ Univers des 42 et 43 décembre 4869 entre autres. Presque tous les journaux ultramontains, dans le monde entier, ont reçu des brefs d'encouragement au commencement de l'année 4869.
5 Univers des 8, 45, 49 octobre; 6, 7, 44, 20, 24 décembre 4 869 ; 44 janvier 4870; 5, 43 février; 40, 23, 24 mars. Dix brefs ont été signés et publiés depuis l'ouverture du concile pour conGrmer la doctrine de l'infaillibilité.
dehors du concile, pour faire triompher une doctrine. On n'avait jamais vu cette prodigalité de faveurs pour les défenseurs de l'opinion agréable au Saint-Siège ; toutes les dignités , tous les postes influents de l'assemblée livrés à un parti; l'activité conciliaire systématiquement paralysée , anéantie dans tout ce qui ne paraissait pas devoir concourir à la réalisation du but poursuivi.
PIE IX ET LES ÉYÊQUES HOI)éBÉS.
Voici un exemple plus grave encore de celte intervention personnelle et extraconciliaire de Pie IX.
Des évoques qui, dans la sincérité de leur conscience, exerçant leurs droits de juges de la foi^ ont eu le courage de résister à de certains projets, ou ont montré quelque hésitation à les servir, sont rudement repris, et blâmés; l'intimidation serait même allée jusqu'à la menace, à la violence.
Les preuves sont nombreuses; nous ne citerons que des faits publics.
Pour éviter la confusion d'une trop longue énumération, nous parlerons d'abord des actes qui ont atteint personnellement des membres du concile ; ils concernent le patriarche chaldéen de Babylone, deux prélats arméniens, Mgr Dupanloup et Mgr Maret.
438 CHAPITRE aNQUIÈME.
Nous reproduirons ensuite, dans leur ordre chronologique, cinq allocutions pontificales et huit brefs qui frappent les membres de la minorité tous ensemble.
LES ORIEKTAUX-UKIS A BOUE. LE PATRIARCHE DE BABTLOIŒ. AFFAIRES DES DEUX ÉVÊQUES ARlfÉNIENS.
Uincîdent du patriarche de Babylone a fait dans la presse un certain éclat; elle a soulevé de part et d'autre des interprétations passionnées et contradictoires, mais la controverse n'a porté que sur des détails secondaires. Il suffit de rapporter ce qui est incontesté, c'est le point capital.
Les Orientaux-unis , tout en reconnaissant la primauté de juridiction du Pontife romain, conservent avec un soin jaloux leur indépendance, qui est d'ailleurs solennellement reconnue et sauvegardée par les canons des conciles et par les actes d'union. Leur indépendance se résume dans le double droit d'user pour le culte d'un rite spécial , et de constituer euxmêmes leur hiérarchie pastorale. Les évèques sont nommés par la communauté chrétienne, confirmés et institués par le patriarche; pour marquer leur subordination envers l'Église romaine, ils envoient seulement au Pape une lettre de communion, en d'autres termes, une profession de foi qui constate l'union.
Cette dernière prérogative, autrefois commune à presque toutes les Églises, est la garantie fondamentale de l'autonomie, dont les autres privilèges ne
:sont que l'apparence. Aussi est- elle difficilement supportée par certains esprits zélés de la Propagande 9 qui croient servir les intérêts de la religion en modelant le monde catholique à l'image de l'Église romaine et en développant par tous les moyens l'autorité du Souverain Pontife.
Déjà on a obtenu 9 il y £( deux ans, de Mgr Has- «oun, ancien élève de la Propagande et patriarche de rÉglise arménienne , un des quatre groupes prin- <;ipaux de l'Église orientale, l'abandon au profit du Pape de ses droits et de ceux de sa communauté pour la nomination des évêques. Le régime nouveau a été immédiatement consacré par une constitution pontificale. L'entreprise, il est vrai, n'a pas réussi, <îar une partie de l'Église arménienne vient de se révolter, et le schisme est à peu près consommé '.
Une tentative analogue fut faite, vers la même -époque, auprès du patriarche de Babylone, le chef des catholiques chaldéens qui forment le second groupe de l'Église orientale-unie^. Mais elle était jusqu'à présent restée sans succès...
En présence de cette résistance, on avait cherché, suivant la vieille coutume romaine, à créer un
< Mgr Hassoun a signé le postulatum de Tinfaillibilité. P. 79.
^ Les Églises orientales comprennent quatre groupes principaux : les Arméniens, les Chaldéens, les Maronites, les Uniates grecs (Bulgares, Melchiles, Ruthéniens). Les Arméniens comptent 80,000 âmes et 24 évéques. Les Chaldéens plus de 30,000 âmes et 10 évéques. Les autres rites sont moins importants et moins indépendants. (Voir d'Avril, Documents relatifs aux Eglises d'O" rient et à la Cfialdée chrétienne.)
440 CHAPITRE aNQUIÈME.
précédent. Les Orientaux-unis sont pauvres , isolés, sans protection; et la Propagande, avec une habileté consommée, a eu soin de placer à côté do chacun des principaux un vicaire apostolique muni de pleins pouvoirs, en apparence pour représenter le Pape dans les cas difficiles, en réalité pour absorber, par un travail d'pmpiétement lent mais soutenu, la juridiction de l'ordinaire et Tindépendance de rÉglise du rite non latin.
Le patriarche de Babylone, qui est octogénaire, se trouvait précisément aux prises avec d'inextricables difficultés suscitées par les représentants du Saint- Siège; on lui fit croire qu'il en sortirait plus facilement s'il faisait hommage au Pape du droit de nomination, pour cette fois seulement, aux évêchés de Diarbekir et de Mardin, actuellement vacants. Le vieillard se laissa persuader, et il soumit au Souverain Pontife une liste de noms pour chaque dioèèse. La nomination fut immédiatement effectuée, mais dans des termes tels que le droit de l'Église chaldéenne était complètement anéanti : l'intervention du Souverain Pontife, qui devait rester spéciale et exceptionnelle, était érigée en principe par les brefs d'institution \ et Pie IX annonçait même qu'il rendrait bientôt pour la Chaldée une constitution analogue à celle qui avait réglé la situation de la communauté arménienne. En même temps les listes étaient interverties. Les choix enfin furent si mal-
1 Les brefs sonl du 22 mars 4869. L*uq d'eux a été publié par Y Univers ûditis son numéro du 7 février 4870.
heureux que les Églises refusèrent absolument de recevoir les nouveaux prélats, en menaçant de se séparer s'ils leur étaient imposés; elles revendiquaient leur droit d'élection, dont le patriarche n'avait pas eu le pouvoir de disposer.
Le patriarche réunit ses suffragants et leur fit connaître son embarras; d'un commun accord il fut résolu que les évèques chàldéens ne se rendraient pas au concile si la cour de Rome persistait dans sa tentative. En effet, ils ne quittèrent leurs diocèses qu'après avoir été pleinement rassurés. Au bout de trente jours de marche, ils arrivent à Beyrouth ; ils y trouvent la constitution que Pie IX leur avait annoncée dans ses deux brefs de l'année précédente, ainsi que les prêtres nommés par le Pape aux sièges de Mardin et de Diarbekir, qui se rendaient également au concile. Les Chàldéens refusent de recevoir la constitution pontificale, et ne s'embarquent qu'après avoir obtenu la promesse solennelle que le projet sera considéré comme non avenu, et que les. deux prêtres resteront en Asie. La seconde partie de l'engagement fut aussitôt oubliée que consentie , car les deux prêtres recevaient par le même courrier l'ordre secret de la Propagande de continuer sans retard leur voyage. On va voir comment la première a été respectée.
Dans une des dernières congrégations générales du mois de janvier, un prélat français', Mgr Bernadou,
^ Les Chàldéens, en sollicitant le concours d'un prélat français,
Ht CHAPITRE CINQUIÈME.
archevêque de Sens, donna lecture d'un discour» écrit par le patriarche de Babylone, à qui son grand âge n'avait pas permis de prendre la parole , dans lequel les privilèges et l'indépendance séculaires des évoques orientaux étaient vivement défendus contre les empiétements de la Propagande ^
Le soir même , le patriarche est mandé au Vatican, avec ordre da s'y rendre seul. Le vieillard obéit; on l'introduit immédiatement auprès du Pape. Alors se passe une scène douloureuse, sans autre témoin que l'un de ces vicaires apostoliques dont nous avons parlé , Mgr Valerga , dont l'hostilité est le plus accentuée contre les Églises orientales. Le patriarche reçoit l'ordre de signer un acte par lequel il promet de procéder immédiatement à la consécration des évêques de Diarbekir et de Mardin, ou d'abdiquer dans les vingt-quatre heures; il refuse d'abord, en rappelant la promesse solennelle deux fois répétée, les privilèges sacrés de son Église, le schisme menaçant; puis il supplie. Ses raisons, ses prières, ses larmQs sont inutiles; désespéré, mais. protestant tout bas contre la violence qui lui est faite , il signe , et il est enfin congédié, sous la menace de voir bientôt promulguer la constitution qui doit anéantir déespéraient sans doute abriter leur faiblesse sous la protection de la France, qui est la providence des Orientaux.
^ Le patriarche a écrit le 40 mars à M. Barges, professeur d'hébreu à la Sorbonne, une lettre fort touchante dans laquelle il proteste contre Tintervention de M. Urquard et les efforts de la presse ultramontaine pour latiniser les Églises orientales. Cette lettre a été publiée par le Français, numéro du 4 8 mars.
finitivement les droits et Tan tique indépendance de la Chaldée.
Cette signature, comment a-t-elle été obtenue? Nous ne voulons pas l'examiner; les journaux ont donné différentes versions auxquelles on pourra se reporter pour apprécier les détails de cet épisode ' ; mais nous sommes obligé de dire que les rectifications officieuses ne parviennent pas à effacer la plus pénible impression.
Quoi qu'il en soit, les faits suivants sont incontes-
tables et incontestés :
l"" L'Église chaldéenne jouissait depuis un temps immémorial du droit de nommer ses évêques et de les faire instituer par le patriarche. Les prélats chaldéens ne se sont rendus au concile qu'après avoir reçu la promesse formelle qu'il n'y serait porté aucune atteinte ;
%"" Ces privilèges sont compromis par une concession arrachée à la faiblesse du patriarche octogénaire, sous la menace de la déposition;
3"" La concession a été [exigée à la suite d'un discours du patriarche qui défendait l'autonomie des Églises orientales.
Ces points établis, les développements auxquels les correspondants des journaux ont pu se livrer importent peu. L'acte subsiste tout entier avec sa signification.
* Liherté des 3 et 7 février; Univers des 5, 7 et 80 février; Français du 24 .
Peut-être trouvera-t-on étrange la terreur du vénérable patriarche; mais il faut se rappeler qu'à Rome la force armée intervient pour faire exécuter les décisions spirituelles, et que les prisons du saitftoffice existent encore ; des histoires, grossies par la légende, circulent à ce sujet en Orient'. Certains procédés tout récents ne sont pas faits pour diminuer ces craintes.
Le vicaire général d'un archevêque arménien , Mgr Bathiarian, avait été dénoncé comme tenant des propos hostiles à Mgr Hassoun et à Mgr Valerga, tous deux fort peu populaires parmi les Orientaux. Le cardinal Barnabo,, préfet de la Propagande, lui donna Tordre de se retirer dans un couvent, chez les Jésuites. L'archevêque répondit « qu'il ne laisserait aller son vicaire que sur un ordre écrit du Saint- Père » .
Quelques jours après, le matin, Mgr Bathiarian se rendait à l'église pour y dire la messe, accompagné de son vicaire général, qui portait le missel, et d'un autre prêtre arménien. Au milieu de la route, l'archevêque rencontre un groupe d'agents de police conduits par un officier ; les deux prêtres sont entourés , saisis et entraînés vers une voiture de place qui les attendait. Les Orientaux, effrayés par cet appareil de la force publique, se débattent et engagent
^ La confiance n*est pas complète même en Europe. Des ecclésiastiques dont le courage ne peut être suspecté, mandés à Rome, ont pris avant leur départ les précautions nécessaires pour pouvoir invoquer, le cas échéant, la protection de la France.
une véritable lutte. L'archevêque, qui marchait en avant, entend des cris, se retourne, aperçoit son vicaire général renversé; le missel était tombé à terre, et on le foulait aux pieds. Le vénérable prélat indigné se précipite pour délivrer ses prêtres : « C'est l'Évangile, s'écrie-t-il en montrant le livre, le saint Évangile du Christ! Est-ce ainsi qu'on respecte l'Évangile? »
A l'aspect de Mgr Bathiarian, l'of&cier n'osa passer outre à l'exécution des ordres qu'il disait avoir reçus " .
Le jour même , le prélat et son vicaire quittaient leur appartement et se réfugiaient dans la maison des Antoniens Arméniens, aile Colonnate.
Mais l'affaire ne devait pas en rester là. Une visite apostolique est ordonnée dans la maison des Antoniens. L'abbé général, Mgr Casangian, archevêque d'Antioche pour le rite arménien, proteste, reçoit à son tour l'ordre de se rendre dans un monastère, et se voit obligé de réclamer la protection de la France.
On parle d'un autre évêque arménien, Mgr Avak- Wartan-Agianratkian , archevêque in partibus de Tarse, contre lequel des mesures personnelles auraient été également prises pour le forcer à se retirer dans un couvent*.
* Univers des 31 mars et t avril; Français du 7 avril 4870. 2 Français du 3 avril.
IIONSEIGNEUa IIABET, MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
Les évoques européens, s'ils n'ont pas à redouter les violences de la force matérielle, sont exposés néanmoins à des procédés dont l'influence ne peut manquer de se faire sentir sur la conscience la plus indépendante et la plus résolue.
On sait de quelles injures a été accablé Mgr Maret, à l'occasion de son savant ouvrage sur les Conciles généraux, qui a initié si à propos les esprits aux détails de la constitution de l'Eglise. Parmi les auteurs qui avaient cherché à le réfuter, un jésuite, le P. Ramière, avait publié une brochure intitulée ies Contradictions de Mgr Maret ^ dont on s'était d'ailleurs peu préoccupé.
L'honorable doyen de la Faculté de théologie n'avait pas voulu répondre sérieusement à une attaque qui ne lui paraissait pas sérieuse, et dans sa « Défense » il s'était contenté de cette courte réflexion : « On nous annonce qu'un homme d'esprit fait un livre pour nous réfuter par nous-même et pour prouver que nous sommes en perpétuelles contradictions avec nous-même. Ces jeux d'esprit ne nous font pas peur. Pour les déjouer il suffira, nous le croyons, d'un ^ppel à l'attention de nos lecteurs*. »
Personne n'y pensait plus, et le P. Ramière luimême n'avait pas réclamé , lorsque V Univers du 5 fé-
1 Défense de Mgr Maret, page 4 03.
vrier publia, « en le signalant particulièrement à l'attention de ses lecteurs », un bref du Pape, en date du 22 janvier, qui, après avoir félicité le révére;id Père d'un premier ouvrage contre le libéralisme, s'exprime ainsi au sujet de la brochure sur « les Contradictions de Mgr Maret » :
« Avec ce volume (les Doctrines romaines sur
le libéralisme), vous nous en avez offert un autre (les Contradictions de Mgr Maret) , dont nous vous sommes également reconnaissant , celui dans lequel vous réfutez un ouvrage très-répandu; vous vous êtes emparé des armes de Fauteur, et vous Vavez si bien mis aux prises avec lui-même qu'il a dispensé ses adversaires du soin de renverser Védifice que vous Vavez contraint à démolir de ses propres mains " .
» Aussi vous donnons-nous, avec tendre amour, notre bénédiction, etc..
» Pie IX, Pape. »
C'est la première fois, croyons-nous, qu'un évoque siégeant dans un concile est ainsi publiquement mis en cause à l'occasion d'une opinion respectueusement exprimée par lui dans un mémoire soumis au concile sur une question pendante. Le seul fait du blâme, les circonstances dans lesquelles il est intervenu, la forme qui lui a été donnée, tout dans le procédé est véritablement inouï.
^ Tout ce passage est en italique dans Y Univers; on ignore s'il est souligné dans Toriginal.
448 CHAPITRE ONQUIÈME.
Quelques jours après la publication du bref qu'on vient de lire, M. Tabbé de Cabrières, vicaire général de Mgr Tévêque de Nîmes, recevait la lettre suivante :
« Rome, 4 1 février 4 870.
Très-illustre, très-révérend et très-digne Monsieur, vos Réflexions sur la lettre de V illustrissime et révérendissime évéque d'Orléans à son clergé (les « Observations ») ont reçu l'entière approbation du Très-Saint- Père Pie IX. Il y a vu la preuve éclatante de votre foi et de votre dévouement pour le Siège Apostolique. Il a fort goûté la manière à la fois élégante et vigoureuse avec laquelle , en défendant par des preuves de raison et d'autorité la croyance commune et constante de votre nation et des catholiques, vous réfutiez en même temps les vains sophismes ennemis, seule et unique cause ^ comme vous le montrez encore, du trouble qui s*est élevé dans les consciences et que nous déplorons. Sa Sainteté souhaite donc que votre ouvrage puisse arrêter ce trouble et l'apaiser... Je suis , . . . etc.
F. Mergurelli,
secrétaire des lettres latines de N. T, S. Père * . »
Nous ne dirons rien de l'écrit qui a mérité ces félicitations; l'énergie avec laquelle l'évèché de Nîmes a engagé et soutenu la campagne de la Définition est un sûr garant de la vigueur qu'a déployée le respectable vicaire général en s'attaquant à un adver-
* Univers du 24 mars.
saire comme Mgr Févêque d'Orléans. Nous ne parlerons pas davantage de la convenance de la lettre , ni des assertions qu'elle renferme; les faits bien connus maintenant nous en dispensent. Nous nous bornerons à une simple remarque : l'honorable secrétaire , par une singulière réminiscence , a presque littéralement reproduit un passage célèbre du Discours du Trône prononcé le 28 décembre 1847, à l'ouverture des Chambres françaises , dans lequel on se plaignait également d'une « agitation fomentée par des passions ennemies ou aveugles »...
En signalant les faits qui précèdent, nous avons eu la pensée non de donner un récit complet, mais seulement de présenter des exemples. Nous aurions pu rappeler la disgrâce du cardinal de Hohenlohe , les incidents relatifs aux archevêques de Sens, de Colocza, d'Halifax , l'expulsion des docteurs Dressel, Friedrich et Vorsack, soupçonnés d'intelligences avec la Gazette d'Augsbourg, les menaces adressées à plusieurs théologiens d'évêques accusés de s'exprimer avec trop de liberté sur les agissements de la Curie romaine. Il faut abréger. Voici d'ailleurs des actes . publics qui empruntent à la généralité de leur application , aux circonstances dans lesquelles ils se présentent, un tel caractère de gravité, qu'auprès d'eux l'importance des mesures particulières et des questions de personne semble s'amoindrir et presque s'effacer.