‹ Ce qui se passe au ConcileChapitre 30 sur 31 · ET 24 MARS · texte numérisé non relu

ET 24 MARS

Allocution du 9 janvier, prononcée au Vatican devant un grand nombre de prélats, d'ecclésiastiques et d'étrangers^.

Les partis s'étaient déjà dessinés dans le sein du concile; la résistance des évoques modérés n'avait pas encore laissé passer un seul schéma, et l'on commençait à signer des adresses contre la définition de l'infaillibilité. Les circonstances donnent donc une importance toute particulière aux paroles suivantes :

« ..... Je suis le Pape , le Vicaire de Jésus-Christ , le Chef de l'Église catholique, et j'ai réuni ce concile qui fera son œuvre.

» De prétendus sages vaudraient qu'on ménageât certaines questions ^ et qu'on ne marchât pas contre les idées du temps ^ mais ce sont des capitaines d'aveugles (duces caecorum)*. Je dis, moi, qu'il faut dire la vérité pour établir la liberté, qu'il ne faut jamais craindre de proclamer la vérité et de condamner l'erreur. Je veux être libre ainsi que la vérité.

» Des affaires de ce monde, je ne m'en occupe pas; je fais les affaires dé Dieu, de l'Église, du

* Univers des 45, 46 et 4 8 janvier.

2 Un prélat français, fougueux partisan de l'infaillibilité, a commenté ce texte dans un sermon, en persiflant ce parti de niais, ces aveugles qui se laissent conduire par un borgne. On sait que riliustre évoque d'Orléans a perdu un œil à force de travail. [Monù teur du 24 mars.)

Saint-Siège et de la société chrétienne tout entière. » Priez donc, pleurez, forcez le Saint-Esprit par vos supplications à soutenir et à éclairer les Pères du concile , afin que la vérité triomphe et que l'erreur soit condamnée. »

Allocution du 29 janvier, prononcée dans une visite du Saint-Père au Collège américain, au milieu d'un grand concours d*évéques ^ .

Depuis le 9 janvier la. situation s'était tendue : cinq jours auparavant, le Pape avait refusé de recevoir l'adresse des Pérès contre la définition de Tinfaillibilité. On. cherchait alors à constituer un tiers parti et à réunir toutes les opinions dans un projet transactionnel. Entre ^autres allusions. Pie IX pensait évidemment à cette tentative quand il traçait ainsi les devoirs des évoques :

« L'évèque doit êtxe in cogitatione munduSj.

détaché de toute pensée personnelle , désintéressé de toute préoccupation terrestre, élevant son intelligence au-dessus des préoccupations mondaines

» In silentio discretus^ prudent, réservé et habile à se taire, afin de ne pas jeter sa parole en pâture aux rumeurs fugitives*.

» Mais révoque doit être surtout in verbo utilis. Il y a des temps oii plus que jamais il est opportun de parler, et de le faire franchement, courageusement, en pleine liberté; dans ces moments-là il faut dire la vérité , la vérité entière , la vérité complète

i Univers, 4 février.

2 L'allusion à cerlaines publications épiscopales est transparente.

45â CHAPITRE CINQUIÈME.

et sans détours. Ne souffrons jamais F amoindrissement de la vérité, ni les moyens termes ni les tran^ sactions. La vérité sauve j mais à la condition qu'on la donne intacte, sans la voiler. »

Allocution du 47 février, prononcée à Vouverture

de VExposition^,

Plusieurs versions ont été publiées; nous reproduisons la plus adoucie, que nous trouvons •dai\g la Correspondance de Rome du 1 9 février :

« ... J'ai voulu cette Exposition des arts à l'usage du culte catholique afin d'ofiFrir, spectacle nouveau, une vue d'ensemble des choses sublimes inspirées par la religion ; — cette religion qui, au dire de plusieurs, aurait besoin d'un 89. Mais c'est un blasphème emprunté au grand démagogue italien. La religion est immuable, établie sur la pierre et non sur le sable. La religion est une vérité et non point une idée... »

Le Pape , ajoute la Correspondance de Rome y a prononcé ces mots sur un ton de majesté suprême et avec un geste qui ont fait courir un frisson dans tous les cœurs ; mais aussitôt des applaudissements et des acclamations se font entendre.

«... Mais le Pape prie et donne son pardon et ses embrassements à ceux qui repentants reviennent à

• Univers des 22 et 24 février et 2 mars. La première version donnëe par V Univers mérite d'être lue. On y trouve cette phrase : x Cette religion n*a pas besoin d*ôtre révolutionnée, etje couvre de mon anathème celui qui a osé écrire qu'elle avait besoin d'un 89 ! »

lui. Je répète que l'Église est immuable, qu'elle ne peut ni ne doit changer.

» ... Un autre dessein que j'ai eu a été de mettre en regard les divers vêtements et insignes des dignités ecclésiastiques, afin d'obtenir, s'il est possible, nne uniformité très-désirable. Qu'on m'entende bien. Je ne parle pas ici des rites orientaux, qui doivent rester ce qu'ils sont. Je vois des prélats des Églises d'Orient, qu'ils se rassurent. Ils garderont leurs rites vénérables et sacrés. Je ne désire qu'une chose ^ c'est que nous puissions nous entendre sur une plus grande unité dans la discipline; quant aux formes, elles ne doivent pas changer. »

On avait attribué à M. de Falloux l'opinion , condamnée par le Pape, qu'il faut un 89 dans l'Église. Le propos ayant été démenti, on n'en a pas moins soutenu que « la censure reste attachée à l'école. Combien n'avons-nous pas lu , dit un journal ultramontain à ce sujet, d'articles, de manifestes et de petits et de gros livres qui aboutissent à démontrer la nécessité d'une réforme, d'un 89 pour la constitution de l'Église! N'est-ce pas tout le plan de Mgr Maret?^ » Si le commentaire est exact, la déclaration est grave.

En ce qui concerne les Orientaux, il est bon de remarquer que des garanties leur sont accordées seu-

* Univers du 2 mars. On peut consulter utilement sur cet incident, auquel a été mêlé le nom de M. de Falloux, V Univers, la Gazette de France, le Français et V Union de V Ouest du 25 février au 5 mars ; la lecture est instructive.

lement pour la conservation de* leurs rites; leur discipline, d'après les paroles du Souverain Pontife, doit rentrer dans l'unité. Or précisément le point le plus important de la discipline, c'est pour eux le droit de constituer leur hiérarchie pastorale. Sans ce droit, la conservation des rites est une apparence, une pure « forme » ; et nous avons pu juger, par l'introduction récente de la liturgie romaine en France, que la forme y quand elle subsiste seule, ne résiste pas longtemps au zèle unitaire des agents du pouvoir central.

Allocution rfu 1 3 mars, prononcée au Vatican devant trois cents personnes.

Pie IX venait d'apprendre la mort du comte de Montalembert , survenue le matin même, à huit heures :

« Il vient de mourir un catholique qui a rendu des services à l'Église. Il a écrit une lettre que j'ai lue. Je ne sais ce qu'il a dit au moment de sa mort; mais ce que je sais, c'est que cet homme avait un grand ennemi : la superbe. C'était un catholique libéral ^ c'est-à-dire timsEMi-CATHOLiQOE...... Oui, les catholiques libéraux sont des sehi-gatholiqdes * ! »

1 Malgré notre désir de ne citer que les textes publiés par rt/hiversj ce journal s'étant abstenu contrairement à son habitude, nous ignorons pourquoi, d'insérer l'allocution du 13 mars qu'il avait annoncée (numéros du 24 et du 22 mars), nous avons dû reproduire la version donnée par le Moniteur universel (22 mars) et complétée par le Journal de Bruxelles {Univers 22 mars. Monde 26 mars); elle n'a pas été démentie. Pendant que ces graves paroles étaient recueillies au Vatican, à peu près à la môme heure, le P. Combalot s'écriait dans la chaire de Notre-Dame del Valle :

Ces paroles ont bientôt reçu leur application. Nous résumons le texte même de Y Univers :

« Hier (mercredi 16 mars), dans la journée, le billet suivaut fut distribué, et tous les évêques le reçurent :

» Un service pour le repos de l'âme de feu M. le )) comte Charles de Montalembert, décédé à Paris le » 13 mars 1870, dans la cinquante-neuvième année » de son âge , muni des sacrements de Notre Mère » la Sainte Église , sera célébré dans l'Église des » RR. PP. Franciscains de Santa-Maria in Ara cœli, » le 17 mars, à dix heures du matin. »

» Il ne devait point y avoir de discours * . .

(L'Église de VAra cœli y qui est la paroisse du municipe romain , avait été choisie à cause du titre de patricien conféré en 1849 au comte de Montalembert.)

« Satan est entre dans JudasII! il y a des hoir mes qui ont été chrétiens et qui, sur le bord de la tombe, se font les ennemis du Pape, parlent de torrents* d'adulations et nous accusent de l'ériger en idole! Parler ainsi c'est une œuvre satanique... Ils sont là trois académiciens qui font de même! « {Gazette de France du 20 mars; — Correspondant,) Le P. Combalot a reconnu l'exactitude de cette citation , et il a déclaré , dans une lettre du 30 mars , qu'il parlait à Notre-Dame del Valle a par la grâce et la mission du Pontife infaillible », tandis que « les chefs du gallicanisme », qui a lui ont fermé les chaires de Marseille et de Paris, rugissent dans les journaux qui font leur œuvre ». Il avoue seulement ce qu'au moment où ce cri de sainte colère, de légitime indignation, jaillissait du fond de ses entrailles », il ignorait que son a ami de quarante ans, qui déplore à V heure qu'il est le mal que les catholiques libévaux lui ont fait, avait paru devant le tribunal de Dieu. » (Univers du 4 avril.) ^ Univers du 2i mars 1870.

» Le Saint-Père n'avait pas été consulté ^

» On avait prié YOsservatore romano d'annoncer dans ses colonnes l'heure et le lieu du service. Mais le directeur, dont la publication avait été récemment suspendue pendant toute une semaine, n'osa prendre sur lui d'insérer cette annonce. Il serait allé prévenir le cardinal- vicaire , qui en aurait référé au Pape*.

» Pie IX aurait répondu qu'il ne voulait pas de ma^ nifestation de partie et en conséquence il défendit la célébration de la solennité concertée la veille*. La plupart des invités se rendirent à Y Ara cœli sans avoir pu être prévenus.

» Mais le Pape n'entendait pas méconnaître les anciens services rendus à la bonne cause par l'illustre défunt, ni priver son âme des prières et des secours de l'Église : il commanda lui-même pour le vendredi, au nom de Charles*, une messe qui a été célébrée à Sainie-Mane in Tratpontina ^ .

» Sa Sainteté s'y est rendue sans avis préalable ®, et a assisté au service dans une tribune grillée, pendant la séance qui se tenait à la salle conciliaire ''.

» Le Journal de Rome du 1 8 publiait le soir même la note suivante :

« Sa* Sainteté, en souvenir des anciens services » rendus au Saint-Siège par le comte de Montalembert, » qui vient de mourir, a ordonné qu'un service fut

* 2 3 Univers des 2i , 22 et 23 mars.

* France du 22 mars,

*> <ï 7 Univers des 22 et 23 mars.

, pj ..■..

» célébré pour le repos de son âme dans la vénérable » église de Santa-Maria in Traspontina.

» La pieuse cérémonie expiatoire a eu lieu ce matin » à dix heures, et Sa Sainteté y a assisté de la loge » grillée*. »

» Il s'ensuit que Pie IX n'a pas permis que d* autres que lui rendissent le premier hommage à un grand serviteur de l'Église, et qu'en agissant ainsi, il a sauvegardé à la fois sa dignité propre et celle de ce serviteur. Il eût été déplorable que la moH de M. de Montalembert servît de prétexte à des déclamations retentissantes^ . . . Tout s'est borné à une mesure de pru' dence pour prévenir le danger de quelque scandale^. »

Le Mémorial diplomatique a complété le récit de V Univers en mettant personnellement en cause l'évêque d'Orléans , qu'il représentait « se chargeant avec empressement d'organiser le service funèbre », et, (( par un oubli inexplicable, omettant la formalité de demander l'autorisation au Pape, qui est l'évêque de Rome*. »

En face de ces assertions, il convient de placer le passage suivant d'une lettre écrite le 30 mars à r Union par Mgr Dupanloup :

«... Un journal d'attitude équivoque, le Mémorial diplomatique^ trop facilement reproduit par vous, me prête à moi et à un grand nombre de mes vénérés

' Une vive polémique 8*est engagée entre Y Union de V Ouest et V Univers au sujet du mot expiatoire employé par le Journal de Rome,

2 3 Univers des Î2, 23 mars.

^ Cité par le Français du 27 mars.

collègues, au sujet du service demandé pour M. de Montalembert à Y Ara cœli^ un projet de manifestation pénible au Saint-Père : outrageant ainsi du même coup le Saint-Père, M. de Montalembert, les évéques et moi.

» Tout ce récit y Monsieur, est faux, du premier mot jusqu'au dernier. Je n'ai pas commandé le service. Je n'ai pas dû y officier. Je n'ai été pour rien dans la distribution des billets d'invitation. Quelle que fût ma profonSe et inviolable affection pour M. de Montalembert, c'est aux membres de sa famille présents à Rome, Mgr de Mérode, M. le oomte de Mérode, et non pas à moi , qu'il appartenait de régler tous les détails de cette religieuse cérémonie. Et il est à ma connaissance qu'ils Vont fait en se conformant à toutes les règles et à toutes les convenances d'usage à Rome en pareil cas. . .

» f Félix, évêque d'Orléans ^ »

Puisque aucune manifestation n'était à craindre*, puisqu'il s'agissait d'une cérémonie privée, puisque toutes les formalités ont été remplies, toutes les convenances observées , pourquoi le service funèbre organisé par la famille a-t-il été interdit ?

Pourquoi a-t-il été remplacé par une messe corn-

1 Univers du 9 avril. Voir également les rectifications publiées par le Français du 27 mars.

^ VUnivers le reconnaissait lui-môme dans son premier récit (numéro du 24 mars) : aucun discours ne devait être prononcé ; les invitations avaient été adressées à tous les évoques ; M. Veuillot en avait reçu une.

mandée vingt-quatre heures après, sans que l'officiant connût le nom du défunt, et célébrée à Tinsu des évoques, précisément pendant la réunion d'une congrégation générale * ?

Allocution du 24 marSj adressée aux vicaires apostoliques et aux évéques orientaux dépendant de la Propagande.

Cette allocution , prononcée au Vatican , est postérieure à la publication de la lettre de Mgr Dupanloup à Mgr Deschamps , aux observations des gouvernements, aux incidents qui ont successivement agité les Églises orientales; l'importance que lui donne ce seul rapprochement s'accroît encore si l'on considère la situation particulière des prélats auxquels elle a été adressée :

« C'est ma joie de vous voir; c'est, je pense, la vôtre aussi d'être près de moi. ..

» Priez, car de grandes difficultés sont autour de nous. Une réflexion me vient, que je veux vous communiquer : nous sommes à ce moment où Pilate jugeait Jésus. Ce qui arriva à Jésus se renouvelle dans la personne de son Vicaire^. Les Juifs étaient furieux. Pilate voulait les renvoyer et délivrer l'innocent. Mais... si hune dimittis, non es amicus Cœsaris! Les

^ Un service pour le repos de l'âme de M. le comte de Montalembert a ëtë également interdit dans le diocèse de Versailles. (Univers, 40 avril.)

^ Cette phrase, extraite du texte officiel, ne se trouve pas dans la première version ; nous avons cru devoir la reproduire , parce qu'elle est indispensable pour la clarté du raisonnement.

Juifs, les pharisiens, la multitude, savent crier cela. Pilale n'osa pas être juste... » (Ici, suivant IWnivers, le Saint-Père fit un geste de dédain , et sa parole prit une expression sublime) «... Et il y en a aujourd'hui qui ont de ces craintes du monde ! Ils craignent la Révolution !

» Ils connaissent bien la vérité; ils ne la haïssent pas, mais non es amicus Cœsaris. Ils sacrifient tout, les droits du Saint-Siège^ rattachement au Vicaire de Jésus- Christ.

» Les malheureux j quelle faute ils font! Ils cherchent LES applaudissements DES HOMMES. NoUS, mCS

enfants y cherchons V approbation de Dieu.

» Il vous faut soutenir les droits de la vérité, de la justice. C'est le combat des évêques : défendre la vérité avec le Vicaire de Jésus-Christ, et n'avoir pas PEUR. Mes enfants, ne m'abandonnez pas! (Cris : Non ! non ! )

» Attachez-vous à moi , soyez avec moi , unissezvous au Vicaire de Jésus-Christ! C Nouveaux cris :

Oui! oui! Saint-Père!)

» Et des autres, nous nous vengerons par la prière. Prions pour eux. Que le bon Dieu les éclaire, les instruise. Prions pour nous aussi. Que le Saint-Esprit nous donne la grande chose nécessaire, plus nécessaire que jamais, l'humilité!

» Et vous, mes chers Orientaux... ne croyez pas que je veux vous latiniser. On vous travaille; les maçons vous trompent, ne les écoutez pas. Venez à moi et au Saint-Siège. Je ne xieux pas vous latiniser.

mais vous resserrer dans l'union , vous sauver. . . * » Ce que nous avons dit, à propos de l'allocution du 17 février, de la distinction entre la forme des cérémonies du culte et la discipline, nous dispense d'insister sur le véritable caractère de l'indépendance ainsi garantie aux Églises orientales. Quant aux francs - maçons qui travaillent pour tromper les Orientaux, l'allusion serait incompréhensible, si le Monde n'avait pas publié quelques jours auparavant un article à sensation dans lequel est reproduite la con* fession * « d'un des agents les plus actifs d'une des grandes loges maçonniques de France » . Suivant cet agent indiscret, la franc-maçonnerie n'a pas de meilleur allié dans ses projets révolutionnaires contre l'Église que le parti catholique libéral : les sociétés secrètes ont a réveillé le vieux gallicanisme qui tient le milieu entre la foi et le rationalisme », ont fait (( traduire dans toutes les langues, et à prix d'or, les livres propres à ébranler les évoques, à jeter l'incertitude dans le clergé secondaire et dans les masses, et finalement à écarter des délibérations la question de l'infaillibilité doctrinale... » Et pour achever le tableau, le mystérieux personnage laisse échapper cette écrasante révélation : « ... Nous avons dans le CONCILE les organes du parti libéral^ dont le mot d'ordre

1 Univers du S!8 mars. Le texte complet de ce discours a été publié plus tard par le Journal officiel de Rome. Son étendue ne nous a pas permis de le reproduire ; les déclarations y sont plus accentuées encore. ( Univers du 30 mars.)

2 Correspondance de Rome du 26 mars. Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas d'une confession sacramentelle.

est de gagner du temps à force d'opposition à toutes choses^ et de lasser la patience de la majorité! »

Voilà donc deux cents évoques des plus grands diocèses du monde, l'élite des catholiques, dénoncés comme les instruments aveugles ou sacrilèges de la plus épouvantable machination !

Les journaux ultramontaiDS ont enregistré la confession sans émettre le moindre doute sur son authenticité. Mais nous devons dire que le mot matons, souligné dans la version de V Univers ^ ne se trouve pas dans le texte du Journal officiel de Rome. S'il était permis de répondre sérieusement à de semblables contes véritablement plus ridicules qu'odieux, il suffirait de rappeler un fait constant en France, la satisfaction du parti révolutionnaire en présence de ce qui se passe à Rome, sa résistance aux efforts d'apaii»ement et de conciliation des catholiques libéraux : bien loin de redouter la définition, les irréconciliables de la religion catholique l'appellent de tous leurs vœux. Le même sentiment se manifeste en Italie; la Riformxi, journal mazzinien , a publié le 26 mars un article pour « se féliciter du nouveau dogme qui doit tuer moralement la Papauté par la démonstration appelée en mathématiques la réduction à l'absurde... Aussi, suivant la feuille radicale, tout ce que peut désirer l'Italie, c'est la proclamation de l'infaillibilité... »

Mgr Hassoun, patriarche arménien, avait été désigné par la Propagande pour répondre au nom des évéques : « Nous avons pleine confiance, a-t-il dit en

terminant, que la grande question dont on s'occupe sera bientôt et unanimement définie pour la plus grande gloire du Saint-Siège et de Votre personne sacrée ^ »

Après l'alloculion, et à Tappui de la réponse, deux actes importants sont intervenus :

Quarante-trois vicaires apostoliques ont écrit à VUnivers^ pour faire connaître leur adhésion aux déclarations de Mgr Bonjean, évêque missionnaire deJaffna (Ceylan), qui, dans le même journal', avait affirmé publiquement, au nom des i< Hindous », des a bouddhistes » et des « protestants de Tlnde », l'opportunité et la nécessité de la proclamation de Finfaillibilité pontificale.

Le lendemain même de Fallôcution, le 25 mars, dix évêques orientaux envoyaient à Tévêque de Strasbourg une approbation développée de son jugement contre le P. Gratry, et protestaient de leur foi en rinfaillibilité du Pape. Au nombre de ces dix prélats se trouvent les deux évêques de Diarbekir et de Mardin, à côté du patriarche de Babylone, qui avait refusé de les sacrer*. Conformément à la loi que

* Univers eu 4®' avril.

2 Univers du 5 avril.

3 Univers du 22 mars. Mgr Bonjean combat la lettre de Mgr Dupanloup à Mgr l'archevêque de Malines.

* Univers du 7 avril, M. Urquard a écrit à VUnivers, le 28 mars (numéro du 3 avril), pour déclarer que le patriarche de Babylone ne peut pas être l'auteur de la lettre à M. Barges qui lui est attribuée, et que sa signature a dû être surprise. Toutes les conjectures de M. Urquard se retournent contre Taulhenticité de la lettre à révéque de Strasbourg. Six autres prélats chaldéens avaient en-

nofis noas sommes imposée , nous i une seule réflexion.

BBEVS PONTIFICAIIX DES 5, 28 lAlïYIEB, 23 rÉ¥UER,

7, 9, 42, 23 ET 24 mais 4870.

Après avoir lu les cinq allocutions que nous avons reproduites, on pourrait incliner à penser que ces paroles si graves, publiées par des honmies de parti chez lesquels domine un zèle excessif, ont été mal recueillies ou mal comprises. Voici des actes écrits, signés de Pie IX, dont l'authenticité est certaine, et sur le sens desquels il est impossible de se méprendre.

Il n'est pas sans exemple dans l'Église qu'un Pape, avant la réunion d'un concile, ait tranché une question considérable par un jugement solennel. C'est ainsi que les hérésies de Macédonius, de Nestorius, d'Eutychès ont été condamnées par les grands Papes saint Damase , saint Célestin , saint Léon le Grand , avant l'intervention des synodes oecuméniques de Ck>nstantinople, d'Ëphèse et de Chalcédoine. Le concile , presque toujours convoqué parce que les décisions pontificales n'avaient pas sufifi à ramener la paix et l'unité, examinait à son tour, et prononçait, s'il y avait lieu ', son jugement d'adhésion.

Mais c'est la première fois qu'un Pape, pendant la

voyé, le 47 mars, leur adhésion pure el simi^e. Mgr Valerga, qui est mêlé à toutes les affaires des Orientaux, a donné l'exemple.

^ Le cinquième concile a jugé contrairement au Constitutum du. pape Vigile, qui plus tard a désavoué son décret et confirmé les décisions conciliaires.

durée d'un concile qu'il préside ^ en dehors de V assemblée , sur une question pendante et presque exclusivement personnelle^ manifeste , multiplie aussi gravemeut l'expression de son désir et de sa volonté, par des actes qui, s'ils ne sont pas revêtus du cachet de son autorité doctrinale et souveraine , n'en sont pas moins publics, officiels, destinés à exercer sur les consciences une action considérable et déterminante. Parmi toutes les nouveautés auxqiielles assiste le monde catholique depuis la convocation du concile du Vatican, celle-ci n'est pas la moins singulière n^ la moins périlleuse.

Bref du 5 janvier 487p, adressé au P. Jules-Jacques, rédemptoriste.

Le R. P. Jules-Jacques, rédemptoriste, avait offert au Saint-Père un livre qu'il venait de publier sous ce titre, Du Pontife et du concile. C'est une compilation avec notes et concordances de tous les passages de saint Alphonse de Liguori favorables aux prérogatives du Saint-Siège.

On n'a pas oublié le rôle important qui revient à saint Alphonse de Liguori dans l'affaire de l'infaillibilité. Ses ouvrages, qui forment aujourd'hui la base de l'enseignement théologique classique, sont le grand arsenal des partisans de la définition. Aussi, les évêques italiens qui ont présenté un postulatum pour solliciter la proclamation du dogme nouveau , ont-ils pensé rendre au saint docteur un hommage mérité en demandant que la question fût résolue par la

sanction conciliaire donnée à un passage de Tun de ses traités ^

Mais il est une circonstance dont le R. P. rédemptoriste n'a pas tenu compte en composant son dossier de rinfaillibilité , et qui cependant est importante à signaler, quand il s^agit d'apprécier la véritable autorité qu'il faut attribuer dans le débat au célèbre théologien.

D'après les découvertes de la critique moderne, il paraîtrait démontré que saint Alphonse de Liguori a puisé, sans le savoir, à des sources suspectes, et que les textes principaux sur lesquels il édifie son système de la monarchie pontificale absolue sont apocryphes. C'est un fait considérable, en raison duquel il eût peut-être été à propos que le R. P, Jules-Jacques indiquât quelques réserves.

On lit dans VUnivers du 1 4 janvier (p. 1 , col. 2) : « LeR. P. Jules-Jacques, rédemptoriste, vient de recevoir le bref suivant, dont nous n'avons pas besoin de signaler l'importance :

« Très-cher fils, salut et bénédiction apostolique.

» Rien n'étant plus propre à mettre en lumière et » à confirmer la tradition sacrée qu'une doctrine qui, » marquée au coin d'une rare sainteté, éloigne, » par cela môme, tout soupçon de partialité et se » présente garantie en quelque sorte par V assistance » toute spéciale de Dieu, Nous estimons, très-cher fils,

* Voir ci-dessus, p. 86.

» que vous avez fait un travail très-utile en vous » appliquant à renfermer en un volume, à ordonner » et à éclairer par des notes tout ce que le très-saint » et très-savant évêque Alfonsè de Liguori a mis au » jour en divers temps et divers ouvrages sur le » Pontife romain et le concile.

» Cette œuvre ulile devient en outre singulière- » ment opportune , tant à cause dés raisonnements » artificieux à Vaide desquels on tâche de reproduire » en ces derniers temps des erreurs si souvent con- » fondues qu'à cause de la récente ouverture du con- » cile œcuménique.

» En effet, il est extrêmement à propos que dans » cette assemblée suprême de toute l'Église, où brillent » principalement la primauté de Pierre, son Magistère, » et cette vertu divine qui fait s'unir à sa personne, » comme autant de rayons 4 leur centre, les pas- » teurs et les troupeaux de toutes les Églises; il est » extrêmement- à propos qu'il y ait un recueil » bien ordonné qui montre à la fois ce que la saine » théorie enseigne, ce que les saintes lettres contien-- » nent, et ce qu'ont toujours tenu et constamment » enseigné ce Siège Apostolique, les conciles, les Doc- » teurs et les Pères * touchant la primauté , le pou- » voir, les prérogatives du Pontife romain , et en » même temps les très-graves raisons par lesquelles » ont été réfutés depuis longtemps les sophismes » qui , se couvrant du fard de la nouveauté, sont ré-

1 Ce sont précisément la plupart de ces autorités qui sont considérées aujourd'hui comme apocryphe's.

» pandus au milieu du peuple par des brochures et )) des journaux avec tant d'assurance , comme s'ils » étaient des découvertes Jusqu'à présent inconnues, » d'une sagesse supérieure.

» C'est pourquoi votre livre Du Pontife et du con- » die Nous a été très-agréable, et Nous vous félicitons » d'avoir soigneusement publié en langue française et » enrichi de plusieurs commentaires les écrits du saint » évêque si dévoué à la chaire de Pierre ; Nous en

» PRÉSAGEONS DES FRUITS QUI RÉPONDRONT AU BUT ET AU » DÉSIR DU TRÈS-SAVANT ET TRÈS-PIEUX AUTEUR, QUI SONT )) AUSSI LES VÔTRES.

» En témoignage de Notre reconnaissance et de » Notre paternelle bienveillance, Nous vous accor- » dons, etc..

» Donné à Rome, le 5 janvier 1870...

» PiE IX, Pape. »

Bref du 22 janvier, adressé à Mgr de Ségur.

Le i^econd bref, qui porte la date du 22 janvier, est adressé à Mgr de Ségur, protonotaire apostolique, chanoine de Saint-Denis, auteur d'un grand nombre de brochures en faveur de l'autorité absolue du Pape. Ce prélat est remercié de son dernier opuscule « le Concile », inspiré par le plus pur esprit ultramontain. On jugera par les extraits suivants de la doctrine de l'école, ainsi que de ses dispositions à l'égard de ses adversaires et des pouvoirs civils :

DOCTRINE DES ULTR AMONTAINS . (( ..... LeUFS tra-

vaux (les travaux des commissions préparatoires de théologiens réunis à Rome) serviront au Pape, chef et président du concile, à apprécier et à discuter plus parfaitement , à juger avec une lumière plus complète les décision^ qui seront proposées par les Pires du concile. Car, dans l'Église assemblée comme dans l'Église dispersée, le Pape est le Juge des Juges, le Docteur des Docteurs, le Père des Pères j VÉvêque des Évêques, la Lumière des Lumières.

» Le jugement de Tévêque, soit dans le concile, soit en dehors du concile, est un jugement véritable, mais un jugement de première instance... L'autorité divine du Pape et des évêques constitue les deux degrés d'une seule et même autorité : le degré inférieur et réformable, soumis à l'autre, dépendant de l'autre, duquel il reçoit sa confirmation absolue; et le degré suprême, irréformable , infaillible... Rien n'est papal comme un concile œcuménique. Le Pape y joue le rôle souverain du chef, de la tête qui, dans le corps humain, conduit et régit tous les membres...

» U infaillibilité du Pape^ en se communiquant auw évêques, devient V infaillibilité du concile... L'infaillibilité du Pape , l'infaillibilité du chef du concile, l'in- 'faillibilité du concile présidé par le Pape, c'est une seule et même chose avec l'infaillibilité de N. S. Jésus-Christ... Dans le concile , le Pape n'est , il est vrai , qu'une partie du concile , mais cette partie c'est la tête, c'est le chef, c'est la partie capitale de

qui dépendent absolument toutes les autres, qui les mène toutes, qui voit y qui entend ^ qui parle ^ qui juge^ qui définit souverainement j au nom de toutes^ avec toutes et pour toutes. C'est la partie qui est

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