‹ Ce qui se passe au ConcileChapitre 5 sur 31 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

(1867-1868) TRAVAIL SEGBET EN FAVEUR DE L'INFAILLIBILITÉ BU PAPE ET DES DOCTRINES THEOGRATIQUES.

Avant d'annoncer la réunion d'un concile, le Pape posa deux questions aux cardinaux :

An sit necessarium?

An oporteat?

Le Sacré Collège répondit négativement sur les deux points. D'autres résistances se manifestèrent de la part des conseillers habituels du Vatican. Pie IX passa outre.

LA BULLE d'INDICTION.

Le concile, annoncé et promis dans les deux allocutions aux évoques réunis à Rome pour le centenaire, du 26 juin et du 1" juillet 1 867, ne fut définitivement convoqué que par la bulle du 29 juin 1 868 ; le jour de l'ouverture fut fixé au 8 décembre 1869.

Au milieu des plaintes amères sur l'état du monde moderne qui sont devenues de style à la chancellerie romaine et qui forment le fond de ces documents, il est difficile de démêler la pensée du Souverain Pontife sur l'objet précis du concile.

Après avoir déclaré en 1 867 que le concile serait une arme puissante pour combattre les ennemis de l'Église en affirmant Vunité catholique, dans la bulle du 29 juin 1 868 le Pape passe en revue les maux de la société religieuse et de la société civile, et à plusieurs reprises il rappelle que l'Église a le droit et le devoir de « redresser les erreurs qui bouleversent la société civile...; de préserver les peuples contre les livres impies, les journaux pernicieux, les maitres d'iniquité et d'erreur auxquels est confiée la malheureuse jeunesse dont l'éducation est soustraite au clergé... ; de défendre la justice..., d'assurer le progrès et la solidité des sciences humaines ». •

C'était bien un peu confondre le spirituel et le temporel; mais ces insinuations politiques noyées dans les digressions accoutumées des actes pontificaux passèrent inaperçues.

LES COMMISSIONS PRÉPARATOIRES RÉUNIES A ROME PAR LE PAPE. LEUR COMPOSITION. LEURS TRAVAUX.

Cependant la joie qui avait accueilli la première nouvelle de la réunion d'un concile ne tarda pas à être troublée par une vague inquiétude. On parlait d'immenses travaux entrepris par les congrégations romaines et poursuivis avec un mystérieux^ silence ; des commissions étaient nommées pour préparer les canons sur le dogme, la discipline, les couvents, les missions orientales, qui devaient être approuvés par les Pères du concile; une de ces commissions

était officiellement intitulée « politico - ecclésiastique ». Des théologiens, des canonistes étaient appelés de tous les points du naonde pour concourir à celte élaboration, et dans la désignation de ces ecclésiastiques on ne tenait aucun compte du sentiment dés clergés et des peuples qu'ils étaient censés représenter; aucun avis n'était même demandé à l'Ordinaire : l'évêque apprenait seulement par le prêtre dans son audience de congé la nouvelle mission que la confiance du Pape l'appelait à remplir. Il est triste d'avoir a dire qu'à part une ou deux honorables exceptions, les prétendus représentants de l'Église de France , ainsi appelés à Rome pour prendre part aux travaux préparatoires , n'avaient guère su acquérir jusque-là d'autre notoriété dans le monde religieux que celle de leur exagération ultramontaine et d'une hostilité ouverte contre les traditions de l'Église de France et les institutions de leur pays.

Si les gouvernements, si les évêques demandaient à connaître les matières qui seraient l'objet des discussions du concile, on objectait que rien n'était encore décidé, que les commissions n'empêchaient pas les prélats d'étudier les points qu'ils jugeraient utiles ; et s'ils insistaient : « Que les évêques ne s'inquiètent donc pas, était-il répondu; des hommes savants et expérinientés préparent tout le travail et éviteront ainsi aux Pères une besogne longue et fastidieuse ! *) Et au Vatican on s'entretenait tout bas de projets grandioses qui devaient transformer le monde

PRÉLIMINAIRES DU CONCILE. fl

et j en exaltant Pie IX , confondre les ennemis de l'Église.

AGITATION DANS l'ÉGUSE.

Pendant qu'à Rome on préparait ainsi dans le mystère les armes qui devaient servir à combattre l'esprit moderne, au dehors un enchaînement d'incidents singuliers agitait tous les ordres de l'Église, Il serait trop long de retracer le tableau complet de ces événements, qu'une main invisible semblait disposer et précipiter suivant des desseins inconnus. Nous ne citerons que trois ou quatre faits à titre d'exemples :

4<^ Attaques contre Bossuet.

S'il est un nom qui soit pur dans l'histoire et dont l'Église de France soit en droit de s'enorgueillir, c'est celui de Bossuet, dont le génie après deux siècles est encore le rempart le plus solide de la foi. Il n'y a pas longtemps, on l'eût jugé digne de partager les honneurs réservés aux Grégoire , aux Jérôme , aux Augustin , et le monde catholique aurait vu sans étonnement les merveilleuses apologies du dernier des docteurs de l'Église figurer sur la table du concile au-dessous du livre des Évangiles. Depuis quelques mois Bossuet n'est plus le modèle des évèques, le sublime interprète des mystères de la foi , le champion infatigable de l'unité catholique ; ses services, ses vertus, les applaudissements de vingt

Pontifes qui se sont succédé sur la Chaire apostolique , tout est oublié. C'est contre lui comme un concert d'attaques passionnées, de calomnies et d'injures. Les uns s'eflbrcent de prouver que l'assemblée de i 682 n'a été inspirée que par les sentiments les. plus bas et les plus dégradants, et accusent Bossuet d'avoir préparé les débordements de la Révolution ; d'autres croient découvrir que sa doctrine n'est pas sûre et affirment qu'en plus d'un point elle sent l'hérésie; on dit enfin qu'un prêtre a entrepris d'écrire un pamphlet pour noircir la vie privée du saint évêque. Et ce sont des plumes françaises qui ont cherché à ternir une des gloires dont l'éclat a le plus contribué à illustrer dans le monde le clergé de France !.

Nous voudrions n'en pas dire davantage , mais il est deux documents qu'il est impossible de passer sous silence, parce qu'ils prouvent malheureusement que cette agitation n'a peut-être pas été tout à fait spontanée. Nous les reproduisons sans commentaires.

Le premier est une lettre de Tévêque de Versailles à l'abbé Réaume, chanoine de Meaux et auteur fort peu impartial d'une Vie de Bossuet :

« Êvêché de Versailles, le 3 novembre 1869.

» Monsieur le chanoine, il y a deux catégories de grandes renommées, celles que le temps consacre et consolide, et celhes qu'il altère. Après quatorze siècles, saint Augustin est debout dans sa gloire ; après six siècles , saint Thomas d'Aquin est debout dans la

sienne. La statue qui leur a été dressée dans tous les cœurs catholiques est plus résistante que le granit et le bronze : elle est et elle restera toujours inaccessible aux injures du temps. Pourquoi ne le dirais-je pas ? La statue élevée à l'aigle de Meaux n'est ni de cette fusion ni de cette trempe. Sans doute elle est imposante et durable, immortelle, si l'on veut, en tant qu'elle s'appuie sur la science et l'éloquence ; mais elle a perdu et elle perd chaque jour de son lustre et dé sa solidité j en tant qu'elle exprime une doctrine; et cela par le fait d'une critique qui pourrait paraître sévère , mais qui n'est que juste. Il y a sept ans , j'encourageais l'auteur d'un livre qui a fait du bruit, et je lui disais : « La réputation d'un Pape tel que » Clément VII n'est-elle pas plus précieuse aux yeux ») des catholiques que celle d'un écrivain quelconque, » s'appelât-il Fleury ou Bossuet? »

» Je vous félicite donc à votre tour, monsieur le chanoine , d'avoir cherché à découvrir la vérité sur le grand docteur du gallicanisme ; vous vous y êtes appliqué d'une manière consciencieuse ; vous avez été guidé par le flambeau de la vraie théologie, qui est la théologie romaine; vous avez dit vos pensées avec droiture, et non sans courage. Bien des préjugés devront tomber à la lecture de votre livre. Si l'on concilie difficilement certaines louanges traditionnelles , que vous répétez , avec les reproches que vous arrache l'évidence et qui jaillissent d'un cœur plein de foi , on y verra votre amour de l'impartialité , et on s'enhardira à aller plus avant : On arri-

vera tôt ou tard à .une lumière complète sur V homme dont il s'agit *.

)) Je vous salue bien affectueusement

» f Pierre, Évêque de Versailles*. »

Le second est plus significatif encore. C'est un bref du Pape, adressé à M. Fabbé Bélet. On lit dans Wnivers du 7 décembre 1869 :

« M. Tabbé Bélet nous a donné récemment la traduction du savant ouvrage publié en Allemagne par le R. P. Weninger , de la Compagnie de Jésus, sous ce titre : Pie IX est-il infaillible? et l'a fait suivre d'un travail très-curieux, intitulé Le gallicanisme réfuté par Bossuetj à l'aide des textes puisés dans ses œuvres. L'auteur ayant fait hommage de son ouvrage au Saint-Père, en a reçu un bref que nous reproduisons et dont personne ne méconnaîtra l'importance dans les circonstances présentes :

» Cher fils , salut et bénédiction apostolique.

» Nous avons lu avec une très-grande satisfaction^ » cher fils, le livre du P. Weninger, que vous avez » traduit en langue française, afin qu'il se propage » de plus en plus pour éclairer les esprits des fidèles.

* Mgr Manning, archevêque de Westminster, et Mgr Deschamps, archevêque de Malines, ont soutenu la même thèse dans des mandements récents. Mgr Dupanloup leur a r^)ondu et a été glorieusement soutenu dans cette tâche par les évêques allemands et américains.

2 Univers du 42 novembre 4869.

» Mais Nous Nous sommes particulièrement réjoui )) de la sagacité attentive et laborieuse avec laquelle, » au moyen de pensées recueillies dans les divers » écrits de Bossuet, savamment rapprochées et coor- » données, vous avez opposé Tévêque enseignant la » primitive doctrine de TÉglise et manifestant libre* » ment sa propre opinion, à Vévêque en conflit avec » Ivi-même, s' efforçant de flatter et de servir le pouvoir » dviL

» Nous vous remercions donc de Nous avoir offert » ce volume; Nous avons la juste confiance qu'il dé- » truira chez plusieurs des opinions préconçues : tel » est le résultat que Nous souhaitons certainement à >) votre travail.

» Et cependant , comme présage de la faveur » divine, et comme gage de notre paternelle bien- » veillance, Nous vous donnons de bon cœur noire » bénédiction apostolique.

» Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 17 novembre n 1869, l'année vingt-quatrième de notre pontificat,

« Pie IX, Pape. »

2° Procédés de la cour de Rome à Végard des évéques modérés.

C'était peu de flétrir la mémoire du grand théologien ; il convenait de frapper son école et de discréditer les vivants. Il y a dans l'épiscopal français bon nombre de prélats qui, à l'exemp'e de leurs devanciers de 1791 , les.glorieux confesseurs de la foi, sauraient affronter les persécutions pour défendre les divines

prérogatives du Saint-Siège , mais qui à ce religieux dévouement pour la Chaire apostolique joignent un sentiment profond de leur dignité ' . Des événements récents ont révélé les difficultés terribles auxquelles sont exposés ceux qui veulent sauvegarder leur indépendance. La publication de la fameuse lettre du Pape à Tarchevêque de Paris, intervenue avec un si étrange à-propos avant la réunion du concile, au moment où le gouvernement français demandait pour l'illustre prélat le chapeau de cardinal*, nous montre sous un jour tout nouveau les prétentions du Saint-

^ Eq 4791, sur cent trente-cinq évoques français, quatre seulement ont consenti à prêter serment à la Conslitution civile du clergé ; les autres ont préféré Texil : plusieurs ont payé de leur vie leur inébranlable fidélité au Saint-Siège. (Theiner, Concord,, 1. 1, p. 9.) Ces évéques étaient cependant des disciples de Bossuet, et ils avaient été nommés par le Roi! Les évéques anglais sous Henri VIII, les évéques du nord de TAllemagne après la Réforme, ont montré moins de fermeté ; ils étaient connus pour leur docilité envers le Saint-Siège. Celte différence vient d'être énergiquement relevée par Mgr Dupanloup en réponse à d'injustes récriminations contre l'Église de France. (Lettre de Tévêque d'Orléans à Mgr Manning.)

2 On comprendra que par un sentiment de haute convenance nous n'en disions pas davantage. Mais lorsque les différents incidents de cet épisode, qui ont été constatés et qui sont connus du clergé de Paris, seront relevés par l'histoire, ils montreront sous un triste jour les pratiques de la chancellerie romaine. Ce n'est pas d'ailleurs la première fois qu'elle révèle des procédés diplomatiques dignes du moyen âge. Il y a quelques années, M. l'abbé X***, curé d'une grande ville de France, venait d'être nommé par l'Empereur à révéché de .... Sa préconisation subissait des retards à Rome, où on lui reprochait d'avoir précédemment manifesté, ainsi que la plupart de ses collègues, son regret de se voir imposer la liturgie romaine. Sur ces entrefaites une lettre parvint au gouvernement, datée et timbrée de la ville où M. X*** exerçait son mi-

Siège et la somme d'obéissance exigée de l'épiscopat ' . Tous les prétextes, d'ailleurs, sont bons quand il s'agit de briser les résistances, d'écraser les individualités qui portent ombrage au Vatican ; et les occasions se présentent souvent pour la Curie romaine. C'est un chapitre dont on soutient la révolté contre Tévêque; un prêtre frappé qui en appelle à Rome; des congrégations nouvelles qu'on introduit dans le diocèse malgré l'Ordinaire et qu'on soustrait défaite son autorité ; la liturgie romaine , les livres de doctrine ultramontaine qu'on lui impose ; les actes des

nistère, avec son écriture et sa signature parfaitement imitées, dans laquelle le nouvel évêque annonçait en termes fort convenables qu'il croyait voir dans les retards subis par son institution un avertissement de Dieu et qu'en conséquence il déposait sa démission ; il ajoutait que par le même courrier il prévenait Sa Sainteté do sa détermination. La lettre fut si bien prise au sérieux qu'on lui répondit officiellement, et c'est alors seulement que le faux fut découvert. On avertit aussitôt qui de droit pour prémunir contre la fraude Tautorité ecclésiastique. Cependant , plusieurs semaines après, M. X*** recevait un bref acceptant sa démission et une lettre d'un éminent personnage qui, en lui transmettant le document, le félicitait chaleureusement de son esprit de modestie et d'obéissance. Cette fois le procédé dépassait la mesure. Le nouvel évêque avait conscience de la nécessité de maintenir son droit pour sauvegarder son honneur sacerdotal; il résista avec courage à toutes les menaces, aux obsessions et aux promesses. Et conome pour maintenir la démission on alléguait des règles du droit canon qui ne permettent pas de revenir sur une affaire décidée par le Pape, le gouvernement menaça de publier les faits.... Quelques jours après, Mgr X*** était institué.

i Tout le monde connaît aujourd'hui ce document, qui, à côté de reprbches amers, ne contient guère que ^es citations de faits inexacts ou dénaturés, des exposés de principes qui sont la négation formelle des règles fondamentales de notre droit public, la violation des franchises de notre Église, l'annihilation complète de l'épiscopat.

synodes provinciaux qu'on remanie et que les prélats doivent publier ensuite comme leur œuvre personnelle ; la division qu'on maintient savamment parmi eux; les dénonciations les moins fondées accueillies; une surveillance jalouse, ombrageuse, dont il faut sans cesse déjouer les embûches et apaiser les soupçons ^.. Sait-on ce qu'un pareil système peut exercer d'influence sur les caractères les mieux trempés ? Les documents et les faits qui ont été rendus publics n'en donnent qu'une faible idée. A ce régime, les convictions les plus robustes, après une tentative de résistance, s'inclinent, se replient dans les profon* deurs de la conscience , et bientôt rien ne trouble plus l'apparence de l'universelle adhésion.

30 Situation faite aux écrivains ecclésiastiques les plus dévoués.

Les auxiliaires les moins suspects du Saint-Siège n'étaient pas mieux traités quand leur zèle ne paraissait pas à la hauteur des circonstances. Pour n'en citer qu'un exemple, un savant et respectable religieux de Paris, qui avait publié une étude sur le concile, où étaient reconnus les droits et le pouvoir propre des évêques à côté des droits et du pouvoir du Pape, se vit, malgré ses éminents services, gravement menacé dans son repos par des dénonciations passionnées ; depuis , il n'a pu faire oublier ses torts

* Toutes les parties de ce tableau correspondent à des faits certains et authentiques de l'histoire de PÉglise de France pendant ces dernières années.

qu'en acceptant la mission de combattre avec ardeur la thèse de Mgr Maret.

4® Vœu -en V honneur de V infaillibilité f^réconisé par la Civiltà.

Nous venons de voir comment on traitait Bossuet et nos grands évoques, comment on disciplinait les amis qui paraissaient trop tièdes. Voici maintenant qu'on s'adresse aux petits. Dans le grand travail qu'on prépare, une tâche est réservée au simple prêtre modestement absorbé par la pratique sacerdotale , à la religieuse du couvent, à la mère de famille, à l'enfant, à tous les humbles qui n'ont pas une science profonde ni une intelligence supérieure, mais qui peuvent offrir une foi ardente et une pieuse bonne' volonté.

Vers l'automne de l'année 1 867, la Civiltà cattolica,

organe officieux du Vatican, proposa à la dévotion

des fidèles un moyen nouveau de venir en aide au

Saint-Siège et de gagner d'abondantes bénédictions

sans exposer sa vie ni donner une obole ; il suffisait

d'offrir à Dieu le vœu formel de garder et de professer

la doctrine de V infaillibilité du Pape « usque ad

effusionem sanguinis ». Par ce vœu on s'engageait à

user de toute l'influence que donnent « l'autorité et

l'affection » pour faire adopter et prévaloir le plus

possible la foi en l'infaillibilité; on devait propager

les livres qui l'enseignent, seconder de tous ses

moyens ceux qui la défendent et en combattre éner-

giquement les adversaires, attendu qu'ils ne sont

inspirés que par l'esprit de révolte. Quant à l'organisation qui convenait à la ligue, la Civiltà était d'avis de laisser à l'Esprit-Saint le soin de décider; mais « le secret » lui paraissait préférable. Il est à peine besoin de dire que l'article extrait de la Civiltà a été tiré à un nombre énorme d'exemplaires sur de petites feuilles décorées de pieux emblèmes, avec l'imprimatur pontifical; et que, par l'intermédiaire des communautés religieuses et des confréries , la France en a été littéralement inondée.

La propagande a dû réussir : l'attrait de concourir par une mystérieuse affiliation à la défense de la foi et au triomphe de Pie IX , la facilité des actes à accomplir, les encouragements personnels du Pape, tout dans cette idée devait charmer les âmes simples, et c'est là sans doute le secret des bruyantes souscriptions qui depuis cinq mois remplissent les colonnes de VUnivers. Ils font assurément partie de la ligue, ces « pauvres prêtres de campagne « , ces « servantes de curés », ces a élèves de séminaires », ces excellentes femmes qui ont pris part à ce défilé bizarre ; ils sont certainement enchantés, faute de mieux, du moyen commode qui leur est fourni d'accomplir leur vœu ; et ils le font en saluant d'acclamations enthousiastes le i( Pape-Roi », le « Pontife infaillible », et en lançant de grosses injures à Bossuet, à Mgr Maret, à l'évêque d'Orléans et aux catholiques modérés. La souscription a produit à peine cent quatre-vingt mille francs, tout au plus de quoi nourrir pendant quelques jours les Pères du concile qui sont à la

charge du Saint-Siège. Mais qu'importe! la presse ultramontaine se venge à satiété d'adversaires redoutables , les souscripteurs croient « obéir à l'Esprit- Saint » et comptent gagner les bénédictions du ciel *; enfin l'on confond ainsi d'avance ceux qui voudraient écarter comme inopportune la définition du dogme nouveau , en leur montrant l'irrésistible et universel entraînement des fidèles en faveur de l'infaillibilité... Voœ populiy voœ Dei ^ !

Dans certaines localités, la liste des fidèles qui avaient prononcé le vœu en l'honneur de l'infaillibilité était envoyée à Rome , et le Pape répondait par un bref de félicitations. Un de ces brefs, adressé au vicaire capitulaire et aux prêtres du diocèse d'Adria (Vénétie), a été livré à la publicité par le zèle indiscret peut-être de ceux qui l'avaient reçu. Nous le reproduisons sans commentaires; nous ne croyons pas avoir besoin d'établir aucun rapprochement ni de signaler la gravité des questions qu'il soulève :

^ Voir YUnivers depuis le 4 5 octobre 1869. Un certain nombre de légendes sont dignes de figurer à côté des sottises de telle ou telle souscription voltairienne ou républicaine. Mgr Dupanloup^ dans son Avertissement à M. Yeuillot, a spirituellement ridiculisé les excès de cette manifestation.

^ La presse ultramontaine ne se fait pas faute d'user de ce singulier argument que Mgr Deschamps, archevêque de Malines, s'est approprié dans sa première lettre au P. Gratry. {Univers, 3 février -4 870.) Personne n'ignore que les adversaires de l'infaillibilité ne voulaient discuter la question au fond qu'à la dernière extrémité, oc pour ne pas contrister le Pape » ni scandaliser les fidèles ; ils ont cherché à se maintenir aussi longtemps que possible sur le terrain de l'inopportunité. Cette observation nous dispense de qualifier la manœuvre.

(( Ghers fils, salut et bénédiction apostolique.

» Nous avons reçu de grand cœur les témoignages éclatants de vénération, d'obéissance et de foi envers Nous et ce Siège Apostolique , que vous avez signés pour réfuter les injures portées contre Nous et le Saint-Siège , et pour en défendre l'honneur ' .

» Par ces témoignages, que vous avez fait pieusement imprimer et que vous avez eu soin de Nous faire parvenir le 25 novembre de Tannée dernière, Nous avons vu avec une grande consolation que vous vous faites une joie de rattacher vos esprits et vos volontés par les liens d'amour et de respect envers Nous et la chaire de Pierre, à ce centre de l'unité et de la vérité catholiques. Nous avons reconnu la belle résolution par laquelle vous professez que vous vous êtes engagés à défendre Notre suprême autorité et celle du Saint-Siège et tous Nos droits.

» Ghers fils. Nous n'avons pas pu ne pas Nous réjouir vivement de votre grande piété, religion et foi, qui, pleinement dignes des âmes catholiques et du zèle sacerdotal, méritent toute louange et toute recommandation. Aussi nous prions ardemment Dieu, auteur de tout bien, de remplir de sa grâce céleste toutes les facultés de votre âme , afin que de jour en jour, brillant davantage de la splendeur des vertus, vous puissiez vous appliquer à la gloire de Dieu^et au salut des âmes., Nous avons donc confiance, chers fils,

1 Ce bref a été écrit et signé à une époque où aucune contestation ne s'était encore élevée sur la doctrine de Tinfaillibilité.

qu'au milieu des grands soucis de Notre Principal Apostolique, le secours de vos prières ne Nous fera jamais défaut auprès de Dieu ; rempli de cette espérance, Nous vous donnons amoureusement, chers fils , à vous et à tous les fidèles, clercs et laïques , de votre diocèse, la bénédiction apostolique, gage de tous les dons célestes, et témoignage de Notre paternelle bienveillance envers vous.

» Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 11 février de l'an 1 869.

» De Notre Pontificat le vingt- troisième.

» Pie IX, Pape. »

LA QUESTION DE l'iNFAILLIBILITÉ EST OUVERTEMENT POSEE

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