ARTICLE-MANIFESTE DE LA CIVILTA CATTOLICA (6 FEVRIER
Ces divers incidents sont antérieurs à Tannée 1 869. Jusque-là il n'y avait encore que des symptômes; mais on crut sans^doute à Rome que le terrain était suffisamment préparé; un article demeuré célèbre parut dans la Civiltà du 6 février 1869, qui déchira les voiles en affirmant les intentions du Vatican et en traçant le programme du concile. L'article était intitulé « Correspondance de France »; il comprenait six. paragraphes : 1" attitude du gouvernement français; 2* sentiments de l'épiscopat français; 3® espérances et craintes des fidèles; 4® hostilité des non-catholiques; 5** opinion de la presse; 6® vœux relatifs aux définitions doctrinales du concile.
Après avoir raillé les ministres français de leur confiance dans les sentiments libéraux du clergé, montré « l'immense majorité de l'épiscopat dévouée aux idées ultramontaines », mais restant « dans une attente isolée et silencieuse par crainte du gouvernement », il insinuait que l'Empereur, à la veille des élections, au milieu des embarras politiques, en présence des progrès détestables du libérahsme, n'avait d'autre ressource que de faire une étroite alliance avec le Pape, et, suivant l'exemple des Théodose et des Constantin , de se déclarer le protecteur du con-
cile. Enfin il concluait en ces termes :«.... Il faut remarquer, comme une note cariactéristique , la persuasion presque universelle chez les catholiques que le futur concile sera tr^s- court, et qu'il ressemblera sous ce rapport à celui de Chalcédoine. Cette opinion ne vient pas seulement des difficultés connues qui s'opposeraient actuellement à une prolongation de l'assemblée; elle procède surtout de la pensée que les évoques du monde entier se trouveront d'accord sur les questions principales, de sorte que la minorité^ quelque éloquente qu'elle puisse être, ne pourra retenir longtemps par son opposition. Enfin on ne verrait pas sans une certaine stupeur des luttes prolongées d'opinions et de discours dans le sein du futur concile... » Et plus loin : «... Pour ce qui regarde la partie dogmatique..., les catholiques désireraient que le futur concile œcuménique promulguât les doctrines du SyllabuSy en énonçant par exemple, au moyen de formules affirmatives et avec les développements nécessaires, lesproposilionsquiysontémisessousformenégative... » Les catholiques recevraient avec joie la déclaration du futur concile sur r infaillibilité dogmatique du Souverain Pontife. Cette déclaration aurait pour résultat d'annuler indirectement la fameuse déclaration de 1 682 sans qu'on ait besoin d'une discussion
spéciale sur ces malheureux quatre articles qui ont
été si longtemps l'âme du gallicanisme. Personne toutefois ne trouve étonnant que , par un sentiment d'auguste réserve,. Pie IX ne veuille pas prendre luimême l'initiative d'une proposition qui semble se
rapporter à lui indirectement. Mais on espère que la manifestation unanime de V Esprit-Saint ^ par la bouche des Phres du concile œcuménique , définira cette infaillibilité par acclamation.
)) Enfin un grand nombre de catholiques émettent le vœu que le prochain concile ferme pour ainsi dire le cycle des hommages rendus par l'Église à la Vierge immaculée , en promulguant le dogme de sa glorieuse assomption. »
Le retentissement de ces déclarations dépassa les espérances de ceux qui les avaient inspirées. Toutes les publications de la Civiltà méritent d'être méditées. On sait le rôle considérable que la Revue romaine et . le groupe des Jésuites dont elle est Torgane jouent dans le mécanisme du gouvernement pontifical * . Le Père Piccirillo, rédacteur en chef, a ses entrées au Vatican et travaille chaque semaine avec le Pape ; son influence rejette même un peu dans l'ombre le Père Beckx, général de l'ordre, qu'on appelle cependant à Rome il papa nero ^. L'article dont nous avons cité un des principaux passages et dont on n'a jamais cherché à dissimuler la haute inspiration , prit immédiatement l'importance d'un manifeste. Les journaux ultramontains le reproduisirent avec les
* La Civiltà cattolica a été organisée par un bref à l'instar d'une congrégation romaine. C'est une institution ; elle a pour mission d*opposer les principes de la civilisation catholique aux principes de la civilisation moderne. Les. principes de la Civiltà sont ceux d'une pure théocratie, c'est l'idée politique des Jésuites.
^ On affirme que le Père Piccirillo serait sûr d'obtenir le chapeau si VinfaiilibiliVé était proclamée.
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honneurs réservés aux documents officiels. L'Univers, dans une courte note placée en tête de son numéro du 13 février 1869, appelait à trois reprises Tattention de ses lecteurs sur la gravité et V importance tout à fait exceptionnelle de ce documentl
Il n'était plus permis de douter. Rome décidément entendait à sa manière les délibérations du futur concile; elle se préoccupait peu des traditions séculaires de l'Église , des précédents en matière de définition dogmatique, du défaut de preuves qui n'avait pas permis jusqu'alors de consacrer par une affirmation solennelle la dévotion des fidèles pour l'Assomption de la Vierge *, des difficultés de toutes sortes qui s'opposaient à la déclaration de l'infaillibilité du. Pape. Les laborieuses recherches, l'analyse des textes, le rapprochement des opinions de tous les docteurs, les savantes discussions que l'Église a toujours pratiquées, sont déclarés dorénavant inutiles.
On entrait dans une voie nouvelle. On ne se contente plus de Y assistance du Saint-Esprit qui seule est promise par l'Évangile et qui ne dispense ni du travail, ni de l'intelligence, ni de .la sagesse; on compte sur la manifestation surnaturelle du souffle divin qui tranchera la question sans examen ni débats, et qui , transportant tous les cœurs , fera éclater dans la
* Le pape Benoît XIV (De Festis^ liv. II, ch. vni, n® i8) et saint Albert le Grand (Op. xx , 89) déclarent que TAssomption est une pieuse croyance, mais qu'il est impossible de la définir comme dogme, parce que rÉcrilure et la tradition des six premiers siècles n*en donnent aucune preuve.
bouche des Pires V acclamation unanime de r infaillibilité.
Ainsi l'Église se trouvait jetée en plein iliuminisme.
Nous avons dit que Tarticle avait paru le 6 février 1869. A cette époque, aucune voix ne s'était encore élevée pour contester T infaillibilité. Il faut insister sur ce point, qui est d'une importance capitale dans le débat , car les esprits excessifs affirment aujourd'hui que la définition est devenue opportune et nécessaire par la faute de. ceux qui n'ont pas hésité à la combattre et à poser la question devant l'opinion publique.
Les faits donnent un démenti formel à une pareille assertion : la première manifestation du parti modéré en Allemagne remonte à peine au mois de juin 1 869 ; le livre de Mgr Maret, qui a inauguré l'opposition en France, a paru seulement vers la fin de septembre; et à ce moment les infaillibilistes avaient depuis longtemps engagé la campagne et développé leur doctrine dans des documents officiels.
MANDEMENTS DES ÉVEQUES INFAILLIBILISTES A l'OCCASION DU GARÉME