‹ CécileChapitre 7 sur 12 · PROJETS · texte numérisé non relu

PROJETS

M« DuYal trouva^ C(»nme nous Tavons âit« madame de MargiUy ei chasgéet que Bon premier mot fut pour lui demander si elle était malade. Madame de Marsilly lit signe de la léte que non^ et tendant )a main à M^ Duval, elle le fit asseoir près d'elle.

— Mon cher monsieur Duval, lui dit-elle après un m(h ment de silence, je n'ai pas besoin de vous dire pour* ^Qi je vous ai fait appeler, vous vous en doutez, n'est-ce pas?

-^ Hélas I oui| madame la baronne, répondit le brave industriel, et je vous avoue qu'en recevant votre lettre, je me suis pronois, si vous le permettez toutefois, d'avoir une explication aveu vous.

•^ le vous écoute^ mon cher monsieur, reprit la baronne : nous en sommes arrivés à un degré d'intimité qui permet que nous n'ayons plus de secrets pour vou^i

KM €BGIIJB.

d'aiUeors, je suis iNen oonvainciie que vous me demandez cette explicatioa par intérêt et non par curiosité.

— Madame la baronne, reprit Duval &i s'inclînant, voici la troisième fois que YOQS me donnez des diamants à vendre, je ne sais pas s'fl vous en reste encore beaucoup.

— Pour une somme double à peu près de celle qae vous m'avez déjà remise.

— Eh bien! excusez-moi de vous faire une observation; mais en vendant le tout ensemble et d'une seule fois vous en eussiez tiré soixante ou soixante-dix miUe livres d'un coup ; en plaçant soixante-dix mille livres sur la banque de Londres, vous vous faisiez quelque chose comme cent quatre-vingts livres sterling de rente, et, en ajoutant à cette rente un ou deux mille francs par an, vous auriez pu vivre.

— Je le sais monsieur, et c'était aussi ma première idée ; mais ces diamants ne m'appartiennent pas, ils appartiennent à ma mère , et lorsque je lui ai proposé ce moyen, elle a formeHement refusé de l'adopter.

— Oh ! je la reconnais bien là, reprit M. Duval, c'était trop raisonnable pour elle ; puis se reprenant : Oh ! pardon, madame la baronne, de ce que je viens de dire; mais cela m'est échappé malgré moi.

— Oh ! il n'y a pas de mal, mon bon ami, ma mère a ses petits ridicules, je le sais; mais j'ai vu que vous, tout le premier, vous aviez bien souvent la bonté d'avoir l'air de ne pas vous en apercevoir. Cependant, pour en revenir à l'objet de ma lettre, voici, mon cher monsieur

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Daval, une agrafe qui vaut dix mille francs à peu près et dont je vous prierai de me faire de l'argent

— Volontiers, reprit M. Duval en prenant l'agrafe et en la tournant et retournant dans sa main ; c'est-à-dire, reprit-il, lorsque je dis volontiers, voyez-vous, c'est une manière de parler; car, je vous l'avoue, cela méfait gros cœur lorsque je vous vois vous dépouiller ainsi peu à peu des débris de votre fortune.

— Obe voulez-vous^ mon cher monsieur Duval, reprit la baronne en souriant avec mélancolie, il faut bien accepter les épreuves que Dieu nous envoie I

^ Mais de votre propre aveu, madame la baronne , reprit Duval, et> encore une fois, je vous demande pardon si j'insiste, mais, de votre aveu, vous vous êtes déjà* défaite de la moitié de vos diamants. Avec cette moitié, vous avez vécu six ou sept ans ; l'autre moitié vous conduira six ou sept ans encore, et puis, après, que deviendrezvous?

— Ce qu'il plaira au Seigneur, monsieur Duval.

— Et vous n'avez aucun projet arrêté ?

— Âucun«

— Aucun espoir à venir?

— J'ai l'espoir que le roi Louis XVIII rentrera en France, et qu'on nous rendra les biens qu'on nous a confisqués.

^ Hélas ! madame la baronne, vous savez bien que c'est là un espoir qui doit aller tous les jours s'aifaiblissant. Bonaparte, après avoir été général en chef, s'est

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fait consul, puis il s'est fait premier C0Q$uI, pi|îs qq dit qu'il va se faire empereur. Vous n*ètes pas 4e çcsnx qpx croyez, n'est-ce pas, que son intention soit de r^dre le trône aux Bourbons ?

La baronne secoua la tête négativement,

— Eh bien I je vous le répète, quand les CÎPq OU ^^ années seront écoulées, que ferez-vous t

La baronne poussa un soupir et ne répopdit rien*

— Mademoiselle Cécile ^ quatorze aûs, hasarda ^ï. Duval.

La baronne essuya une larme.

— Dans^Heux ou trois ans il faudra songer à rétablir.

— Ohl mon cher monsieur Duval ! s'écria madame de Marsilly, ne parlez point de cela ; quand je pense au sort qui attend cette chère enfapt, Je me prends k douter dfi la Providence.

— Et vous avez tort , madame la baronne , il faut espérer que Dieu n'envoie pas comme cela ses anges sur la terre pour les y abandonner 5 elle inspirera de l'amour à quelque noble jeune homme qui lui donnera une existence riche, heureuse et honorée.

— Hélas ! mon cher monsieur Duval, Cécile est pauvre, et les dévouements sont rares ; d'ailleurs, qui viendra la chercher ici? Depuis dix ans que nous y demeurons, you% et Edouard êtes les seuls hommes qui soyez entrés dans notre maison. A propos, excuséz-moi» jpou cher monsieur Duval, mais j'ai oublié de vous demander des nouvelles de votre femme et de votre fils. Gomment va celte

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bonne madame Duval? Comment va ce cher Edouard?

— fiien tous deux, grâce au ciel ; merci, madame la baronne, et même je suis bien content de lui. C'est un brave garçon, madame la baronne, dont je répondrais comme de moi-môme, et qui rendrait, j'en suis sûr, une femme heureuse.

— Il aurait soUs les yeux Texemple de son père , dit 6n souriant madame là baronne. Et il le suivra, j'espère. Od, vous avez raison, ce sera une fenmie heureuse que celle qui épousera Edouard.

— Est-ce votrô opinioq, madame la baronne ? demanda vtveiiient Duval.

^-^ Sans doute, quel motif aurais-je de ne pas dire ce que Repense?

— Oh t J'ai pensé que vous me répondiez cela comme

on tépo&d autre chose, ou bien que c'était pour me faire plaiâbr.

— Non, je Vous ai répondu selon jmn cœur»

— Ah I vous faites bien de m'en assurer ; tenez, madame là baronne, cela, m'enhardit ; tenez, je suis venu ici, je vous l'avouerai, avec l'intention de vous parler d'un projet. À Londres, rien ne me paraissait plus simple t]Ue ce projet ; mais à mesure que je me suis approché de HiÈsidon, j'ai compris tout ce que ce projet avait de hardi, d'UUdacieux, je dirai presque de ridicule.

— Je ne vous comprends pas, monsieur Duval.

— Preuve que mon projet n'a pas le sens commun.

— Attehdez, reprit la baronne, je crois cependant.. é

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— Vous souriez, cela me rassure ; je vous ai dit que mademoiselle Cécile rendrait un homme bienheureux; vous m'avez dit qu'Edouard rendrait une femme bien heureuse.

— Monsieur Duval...

— Pardon, pardon, madame la baronne , c'est une grande hardiesse, je le sais, et ne croyez pas que j'oublie la distance qui nous sépare; mais véritablement, quand je pense au hasard qui a rapproché deux existences aussi séparées que l'étaient les nôtres, je me prends à espérer que c'est la Providence qui a voulu honorer et bénir ma famille; puis, voyez-vous, madame la baronne, cela concilierait tant de choses I je ne vous parle pas de notre petite fortune, je vous l'ai ofierte, vous l'avez refusée; mais en Angleterre, vous le savez, le commerce est honorable, eh bien, mon fils sera banquier... Oh.! mon Dieu I je sais bien que s'appeler madame Edouard Duval tout court, c'est bien peu de chose pour la fille de madame la baronne de Marsilly et pour la petite-fille de madame la marquise de la Roche-Bertaud ; mais mon Edouard serait duc, voyez-vous, que ce serait la même chose, et plût à Dieu qu'il le fût et qu'il eût des millions à mettre aux pieds de mademoiselle Cécile ; il les mettrait comme il met les trois ou quatre cent mille francs que nous possédons, voyez-vous. Eh bien ! voilà que vous pleurez, maintenant ?

— ©ui, je pleure, mon cher monsieur Duval, car votre proposition, et surtout la manière dont elle est faite, me

va au cœur; si j'étais seule à être consultée là-dèdans, je vous tendrais la main , mon cher monsieur Duval, et je vous dirais : Une pareille proposition ne m*étonne point venant d'un cœur comme le vôtre, et j'accepte; mais il faut, vous le comprenez bien, que j'en parle à Cécile, que j'en parle à ma mère.

— • Oh ! mademoiselle Cécile, reprit Duval, peut-être bien que de son côté cela ira encore : depuis un an que la première idée de ce projet m'est venue à Tesprit, je l'examine quand Edouard est avec elle. Certainement elle ne l'aime pas ; je sais bien qu'il ne serait jamais veuu à ridée d'une jeune fille de famille comme mademoiselle Cécile qu'elle pût aimer un homme de rien comme mon fils; mais enfin elle le connaît depuis longtemps^ elle ne le déteste pas, et quand elle saurait que la chose vous fait plaisir, sans doute qu'elle se déciderait. Mais madame la marquise de la Jloche-Bertaud, de ce côté, je vous l'avoue, je me regarde d'avance comme battu.

— Laîssez-moi conduire l'affaire, mon cher monsieur Duval, dit la baronne, je vous donne ma parole de faire de mon mieux.

— Maintenant, madame la baronne, hasarda Duval en tournant et en retournant l'agrafe de diamants dans ses mains, il me semble qu'au point où en sont les choses entre nous, il est inutile. . .

— Mon cher monsieur, interrompit la baronne, rien n'est décidé encore. Vous le savez, je vous l'ai dit : mais

tput (qt-il décidé, Cécile n'a que quatorze ans, et dans ^eiix aQ$ seulenient nous pourrons parler ^rieusement 4^ pe projet. En attendant, rendez-moi, je vous prie, le service pour lequel je yous ai prié d'avoir la bonté de v^[ûr me voir.

Monsieur Duval vit bien qu'il n'y avait pas mQyen d'anficipei? sur l'époque fUée par la baronne s il se leva ei ^'apprêta à partir. La baronne voulut inutilement le re*tenir h dîner. Monsieur Puval avait bâte de reporter à sa f^nune les espérances qu'il avait conçues. Il partit en teçQnunandant de nouveau les intérêts d'Edouard à madame de Harsilly.

Bestée seule, le premier sentiment de la baronne fut de remerder le ciel ; sans doute toute autre à sa place eût l^giirdé la faveur comme médiocre, mais dix ans de malbeura avaient appris k la baronne à envisager les choses sous leur véritable point de vue : exilée de la France, sans espoir d'y rentra ; ruinée, sans aucune ehapce de rétablir sa fortune ; atteinte d'une maladie qui pardonne rar^nent, elle n'eût rien pu désirer de mieux pour Cécile que ce qui se présentait. D'où venaient ses malheurs, d'où venait son exil, d'où venait sa ruine? de sa position élevée. La n(Alesse est le lierre de la royauté : la royauté, en tombant, avait entraîné la noblesse avec elle ; elle, pauvre débris du gcand édifice renversé, elle était allée se perdre dans la solitude du malheur et dans la nuit de l'exil. Selon toute probabilité, un homme de sa caste ne fèt pas venu ehercb.er Cécile dans son ermitage. lVai<'

GËQyj;. ui

ïexmt m Ç^ mQWeut surtout, les jeunes gûns de noblesse, épuisas par teur lutte, uvaient besoin de riches héritières pour continuer lepr dévouement. Cécile était pauvre, Cécile n'apportait rien qu'un beau nom ; mais le nom de 1^ feoune, on le sait, se perd dans celui du mari. Ce n'était donc pas pour son noin qu'on pouvait rechercher Cécjle ; et, nous le répétons, }a pauvre enfant n>vait pas autre chQse gue son nom.

Cependant, qu'on ne croie pas qup ce fut san^ lutte qne la b^nne se décida : il fallut qu'elle ^p représentât un à un tous les avantages de cette union pour qu'elle pût y arrêter son esprit sans un certain remords, et encore, comme nous Tavons vu, la baronne n'avait-elle voulu prendre avec monsieur Duval qu'un engagement tout personnel, dont la ratification était soumise au double consentement de sa fille et de sa mère.

Au reste, ce qu'avait pensé madame de Marsilly arriva: Cécile écouta avec un étonnement môle d'inquiétude tout ce que la baronne lui dit de ses projets d'avenir; puis, iQ^Squ'elle eut fini :

TT Yqusi quitterai-je, ipa iflèjpe ? depianda-Velle.

— NûOi n^on enfant, répqnflit la baronne, et n^éjine c'est peutrét|*9 1$ SQuI moyen que nous replions toujours ensembin.

-Tî En ce C W, dispe»? de moi, dit Çécite, jpp gu|S| yous ferez sera bien fait.

Commft l'avait prévw 1^ baronne, pa fille n'av^t pour Édsward Qu'un s^ntin^nt tQUt fraternel, mais 1^ pauvre

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enfant pouvait se tromper à ce sentiment ; n'ayant jamais vu un autre homme que lui et son.père^ elle ignorait complètement ce que c'était que Tamour.

Elle consentit donc sans aucune difficulté, surtout lorsque sa mère lui eut dit que c'était le plus sûr moyen de ne jamais se séparer d'elle.

Mais il n'en fut pas ainsi de la marquise de la Roche- Bertaud ; aux premiers mots que la baronne laissa échapper devant elle de ce projet, elle déclara que c'était une mésalliance monstrueuse à laquelle elle ne consentirait jamais.

l'homme^ propose.

Le dimanche suivant, comme d'habitude, la famille Duval vint faire sa visite à la baronne, qui se chargea seule de la réception, la marquise ayant sa migraine.

Aucune parole relative au futur mariage ne fut échan« gée entre les deux familles ; seulement madame Duval et la baronne de Marsilly s'embrassèrent. Edouard baisa la main de Cécile, et Cécile rougit.

Il était évident que tout le monde était au courant dq projet arrêté ; il était évident encore que ce projet conk

CÉCILE. lia

blait tous les vœux de monsieur Duval, de sa femme et de son fils ; leurs cœurs, à tous trois, débordaient de joie.

Quant à la baronne, elle n'était pas sans une sourde tristesse : c'était, depuis trois cents ans peut-être, la première fois que l'on dérogeait dans sa famille. Et quoiqu'elle fût bien convaincue que cette infraction aux lois aristocratiques qui avaient régi ses nobles ancêtres aurait pour résultat le bonheur de sa fille, elle n'était pas maîtresse de son inquiétude.

Cécile regardait sa mère. Depuis quelques jours, elle commençait à s'apercevoir de l'affaiblissement de sa santé. Ce jour-là surtout, sans doute par l'effet des émotions qu'elle éprouvait, le visage de la baronne passait successivement des couleurs les plus vives à une pâleur extrême ; puis, de temps en temps, une toux déchirante s'échappait de sa poitrine. Au dessert, la baronne se leva et sortit. Cécile, inquiète, se leva derrière elle et la suivit : elle trouva sa mère appuyée au mur du corridor, un mouchoir devant sa bouche. La baronne, en apercevant sa fille, écarta vivement le mouchoir, mais pas si vivement que Cécile n'y remarquât des traces de sang. Cécile jeta un cri que la baronne étouffa dans un embrassement, puis toutes deux rentrèrent dans la salle à manger.

De part et d'autre il y avait contrainte. Madame Duval s'était informée, avec cet intérêt qui exclut toute accusalion de curiosité, de la cause qui avait fait sortir successivement la baronne et Cécile : la baronne avait répondu

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qu'elle â'ât&it trdii¥éé tout ô eoup iddiàpoâfiè, éï CSéÛe uvait lâisdë sourdement ëchdppei* quelques larïUêëi

En prenant congë de Èéli hôtes^ Oëdlé supifliâ âontieur Duval d'envoyer dès ie létidëUi&ih à HeûdoU, dôiis lin prétexté quelconque, le meilleur ttiëdedil dé LoâdrM, et monsieur DUVal le lUi promit.

Lorsque Cécile et sa uere fureiit setiléâ, léS ëifiôtio&s douloureuses retifbrmées ]usque-l& ôèdè lé eœur de la pauvre enfant éclatèrent : elle aurdît biéi) VOulti cacttêr à

la baronne SOU inquiëtudéi mais elle ne savait pas encore

dissimuler^ la douleur Surtout; Qicile, jUsqliê-là, ti'àvait jamais été maiheureùsèl:

La baronne n'eut fiiaS lé eour^gë de ëàbUèr II stt JBlIë Ses propres inquiétudes. D'ailleurs, Sëâinqtiiétùdeé excusaient ce projet d'union entj'e là ftlnillë plébéienne déS DuVal et lô liôblé féimille des Marsilly : et eé fût Oédlé (^, à sou tdur, essaya de rassurer la baronne;

Eti ëffbt, il y a Un âge où Hen nfe pàrdit impossible fcbmtïie W moft; ëët âge, c'ëët celui qa'âVâit âttëiâl Cécile i à quatorze àns, tout semblé ëtérhél dails la natdré, ipareé qu'il semble qu'on & sbl-méme ùiié étërblté dans le fcoBur.

Lé letidemain, un ami de monsieur tiuVàl Se prëséhta chez la baronne ; il venait, disait-il, chargé paT l'hoil-

iietë bani|Uier de remettre à madame de Marsilly une somme de dit mille francs qu'elle avait à toucher ëheJE lui ; cette Somme, mobSiëur Duval l'avait^ la Veille; apportée eu portefeuille ; mais lorsque Cécile l'avait prié d'éuvoyër

sous un prétexte q[aelconqtie un loSQ^eii), il MVËit gardé ses banlc^notesj songeant que^ grâce à elled, llntrbduc-* tion du docteur deviendrait chose facile et Surtout hdd préparée^

En efiéti le docteur laissa échapper dan!i la conversation quei venaht à Hendoii pour vidlter un malade, âon ami^ monsieur Duval, l'avait chargé, poui" la barôiiiie, dé la commission qui lui procurait l'Honneur de la voir.

A ce mot de ddcteuf, Cécile saidit l'occasioti et exprima au savant visiteur les inquiétudes qu'elle avait sur la santé de sa tnèrè ; la baronne sourit tristement avec son instinôt de malade $ elle n'avait pas un instant été dupe de toute cette petite Cdinédie ; elle éxpbtô dbdc \û Û6t^ taor, qui^ «u reste» était un des meilleurs tuédecius de Londres, tous les symptdUles qui lui Mâaient crâiihdt*e que sa sabté uefût Ëérieùsement ttltëi^è.

Le médecin paht né pârtagèi* àudunèltiëht les inqUié* todes dé inadatee de Marsilly, tilài^ il ti'en lâi^ pii moiui ude ordoiinancë qtil prescrivilit le régime le ^\\tà sétèfe t puis il ajouta, en manière de convëréatioin et ëri homlne qui hé ëéiit t^âS si le cdtiSèll tfd'W dbUtié tiéut êti^é suivi, qu'il était probable que la barôlitie éprouverait ddë amélioration sensible si elle poUvaii |)aséer §ëpt Bû huit mois à Hyères, à Nice ou à Pise.

RieU fi'àvait pâtu h Cëdlé p\\ià facile à ëxébutëf tihe cette dërhiêl'é pat-tie de l'ôïdànnancë du docteur i elle fat doue tort ëtofitiée Ibrsqdë, t)t*essàiit sa lUérë dé feuivrë à la lettre l'avis dit médecin, sa ihërë lui répondit qu'elle

lie GÊCILB.

s'y conformerait en tout point excepté pour le voyage ; mais son étonnement augmenta lorsque, pressant sa mère de ne pas négliger une recommandation si importante, celle-ci, vaincue par ses instances, lui répondit qu'elles étaient trop pauvres pour faire une pareille dépense.

Cécile ignorait complètement ce que c'était que la ri- . chesse et ce que c'était que la pauvreté. Ses fleurs nais-^ saient, fleurissaient, mouraient sans aucune distinction entre elles ; toutes avaient une part égale à l'eau qui rafraîchissait leur tige, et au soleil qui faisait éclore leurs boutons ; elle croyait qu'il en était des hommes comme des plantes, et qu'ils avaient tous une part égale aux biens de la terre et aux dons du deL

Alors, pour la première fois, la baronne raconta à sa fille qu'ils avaient été riches, mais qu'ils ne l'étaient plus; qu'ils avaient eu une maison, des terres, des châteaux ; mais que tout cela avait été vendu, si bien qu'il ne leur restait pour toute place au soleil que le petit cottage dans lequel ils vivaient : encore ce petit cottage n'était-il point à eux, n'en jouissaient-ils que moyennant une somme qu'elles payaient tous les ans, sa mère et elle ; si bien que s'ils cessaient une seule année de payer cette somme, on les mettrait dehors de leur habitation sans qu'elles sussent où aller.

Alors Cécile demanda à sa mère d'où venait l'argent avec lequel elles avaient vécu jusqu'à présent, et la baronne ne lui cacha point que la source, qui devait promptement tarir, était les diamans de sa grand'mère. La

pauvre enfant s'informa si elle ne pouvait concourir en rien au bien-être de la famille, et si, puisque chacun était obligé de vivre soit d'une fortune acquise, soit d'une rétribution quelconque, elle ne pouvait pas aider d'une façon ou de l'autre sa famille ; alors elle apprit que dans ce monde la femme recevait son sort et ne le faisait pas, £t que presque toujours son sort dépendait d'un mari. Cécile songea donc à ce que lui avait dit sa mèFi d'un projet d'union avec la famille Duval, et se jetant dans les bra^ de la baronne :

— Oh 1 ma mère, dit-elle, je serai bien heureuse, je vous jure, d'épouser Edouard.

Madame de Marsilly sentit tout ce qu'il y avait de dévouemient dans cet élan de Cécile ; et de ce côté du moins, elle comprit qu'elle n'éprouverait aucun empêchement à ses projets.

Les jours continuèrent de s'écouler sans apporter aucun changement dans la situation de la pauvre famille, si ce n'est que la baronne s'affaiblissait de plus en plus : cependant les nouvelles pblitiqùes devenaient un peu meilleures pour les royalistes ; ce bruit, que Bonaparte devait rendre le trône aux Bourbons, prenait quelque consistance ; on parlait d'une rupture complète du premier consul avec les Jacobins , on assurait que le roi Lous XVIII lui avait écrit à ce sujet, et qu'il avait reçu du jeune vainqueur deux lettres qui ne lui étaient pas toute espérance.

Sur ces entrefaites, une lettre de la duchesse de Lorgoa

)16 CÈCILB.

fllTità; là aUchè^ était de retbùt à Lbûdbs déliais la Vëillë; et elle &nnodçâit h inadàiné de Marâilly sa visite I^buf le ièddemfliîi.

Cette nouvelle àt gràtid }ph\àt & là baroùnè et k Cécile : iilald te fut surtout la tndrqiiisé qu'elle rendit Véritablement joyeuse. Elle allait donc se fetrotiver dans sa sphète, rëVoir ({uélqu'un àvéë qtii causer, et comdië elle le disSt, de décrasser de ceâ ÛuvaL

Auâsi ât-élle Vëtiir Cécile dans sa chambre, bë qui h'aj> rivait que dans les grandes occasions, et lui recommandat^ellë de ne pàà dire Uii mot k la duchés^ dé Lorgès de ces projets insensés de mariage dont âa in^re, dans un ifionient d'èrfeUr, lilî avait parlé. La iiiétne rècommandiltioil fût faite à là baronne, qui, devinant d^àvahcé tdlites m bbjebtions itue lui ferait sa ùdble àttiië, h'ëiil pà^ dé peine à promettre à la marquise tout ce qu'ëilë voulut.

Le leiidemaiii, H deux Heures dé i'aprèë-tiiidi, et cbttlme \& baronne, la màirqUiSé et Cécile étaient i*éunlés au sàldn, une vbitUre à'ài*rêta deVaùt le petit cottage ; on entendit fésbniiët lé martéâii de là jpbi^te âbUs lliië iilâiii aristocrà* tiqUë, et quelques l^bondës après là féiiinië dé chanibre âfitibilça tuàdàme là dûchéssê de Lor^ës et lé ëhèvàliëf iflénri de l^ënnoneâ.

Il y avait déjà Sept od huit ànâ que la baronne et là diièhè^se hë s'étâiëni vtiëâ ; èileâ se jetèrent dânâ les biras i*Une dé l'autre, ëottitué dëiik ànciediieâ àmiés dbnt le temps ni l'absence n'ont pu refroidir les âËTectioUs. Mâii^, dânâ ëët ènibrââsèmént, la dUcbëyë tië put i^pritnèr Tîm-

CËClLË. 119

ilfê§é!6b pMb\e qiië liii fit l'altération Visible qui B'étdit opérée dâiis les traita de la baronne. Là bktbùûé ft'èii

aperçut.

— VBus iûe trodyez bien changée, fi*est-ce pb^l ditelle tout bas à la duchesse j mais, je vous eti prie; pas ud iriot, vous Inquiéteriei ma pativrë décile. Tout à l'hétifé iioilâ dëscèndrbiis àù jardin, et nous causerons.

Là duchesse lui serra là hiaiil.

^ Toujours la même, dit-ëlle.

i%is la duchesse ^e retourna Vers là màfquîsé, Qtiî â'êtiaiit mise en grailde toilette, lui fît force compUttiënts ^ut Tétat de sa santé, et s'adrèssatit enfid à Cécile :

— Ma belle Cécile, lui dit-elle, vous avez tenu toilt ce que vous promettiez d'être. Vêtiez m*ettibrasser et rébé* voîr tous fiies compliments, car je sais déjà plar cëà bdhs Duvai, qui sont venus hier me présenter leurs deVdirs, que vous êtes véritablement une persohhë âccoiîlîiUe;

Cécile s'approcha, et là duchesse reïiibrassâ aU fhJnt. Alors, revenant à madame de MarSilly :

— ÛsL chère baronne, dit-elle, et Voiiâ, ma bhërë iiiàK quise, permettez-moi de vous présenter mon heveii, henri de Senhones, qiîë je voiiè fecommandë, de faion côté, comme un chârndant jeUné hoitlhie.

Malgré ce compliment k brÈile-poùrpoitit, lô chevalier salua avec une grâce et une âii^ance infinies.

•—Vous savez, mesdames, dil-il, que la duchesse a été pour moi une seconde mère ; ne vous étonne:^ dont pas de l'exagération de ses élogeâ.

La oaronne et la marquise sahièrent, puis, comme Henri se retourna du côté de Cécile, Cécile fit la révérence.

Malgré la modeste dén^tion du chevalier, on était forcé d'avouer que madame de Lorges n'avait rien dit de trop : Henri venait d'accomplir sa vingtième année. C'était un beau jeune homme dans lequel on remarquait cette élégance de manières des enfants qui, élevés par un précepteur, n'ont point quitté la maison paternelle, et ont gardé ce vernis de bonne façon qu'enlève en général l'éducation universitaire. Au reste, Henri, comme la plupart des émigrés, était sans fortune. Il avait perdu sa mère presque en naissant ; son père avait été guillotiné, et il n'avait d'autre fortune à attendre que celle d'un oncle qui s'était retiré à la Guadeloupe, et là, à ce que l'on disait, avait décuplé sa fortune dans de hautes spéculations commerciales.

Mais, par une étrange particularité de son caractère, cet oncle avait déclaré que son neveu n'aurait rien à attendre de lui, qu'à la condition qu'il entrerait lui-même dans le commerce.

On comprend que le reste de la famille s'était récrié à une pareille condition, et qu'on avait élevé Henri de Sennones dans un tout autre but que celui d'en faire un négociant en sucre et en café.

Tous ces détails furent échangés avec cet abandon de conversation habituel aux gens d'un certain monde; comme on le cx)mprend bien, toute la gent commerciale

fiit traitée avec beaucoup de légèreté par madame df Lorges et par son neveu, la marquise renchérit sur le tout. La baronne et Cécile, sentant qu'une partie de ces épigrammes retombait sur la bonne famille dont ils faisaient leur société habituelle, se mêlèrent peu à la conversation, qui prit bientôt un tour si railleur, que la baronne, pour la détourner, s'empara du bras de la du* chesse, et, comme elle le lui avait dit en l'embrassant, descendit avec elle dans le jardin.

La marquise, Cécile et Henri restèrent seuls A peine la marquise avait-elle aperçu Henri , qu'avec son opposition éternelle aux projets de la baronne, elle s'était dit que c'était là le mari qui convenait à sa petite Cécile, et non pas un roturier comme cet Edouard Duval.

Aussi, dès que la baronne et la duchesse furent sorties de l'appartement, la marquise céda-t-elle au désir de faire briller sa chère enfant, et sous le prétexte de distraire le chevalier, lui fit-elle apporter successivement ses tapisseries et ses albums.

Quoique Henri, hâtons-nous de le dire à sa louange , fût un digne appréciateur des chefs-d'œuvre d'aiguille, dont, pendant les longues soirées d'Angleterre et d'Allemagne, il avait vu exécuter bon nombre chez sa tante, il fut cependant, il faut le dire, infiniment plus frappé des albums. Ces albums, comme nous l'avons dit, renfermaient surtout les portraits des plus belles fleurs qui eussent éclos dans le jardin de Cécile, et chacune de ces fleurs avait son nom écrit au-dessous d'elle. Ce oue

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rënlâfqûd âu^obt Henri atèc etoîifiëtfte&t, è'êât que, ai l^oii peut le dif ë, t^hdCUné de cëâ fletirâ avait une physioiiomte pàttit^alière et qUi d'hatmotiiftit iVëe le hbni qui lui était donné. Il demanda ft Cécile Tëicpilication de cette dngUlalité, et Cécile là liii ddiiiia Siinplètîiébt^ htiftéltlëlit, ett 1»! Ml^ntâtit eôiniliëtit elle avait été életée au mili&ù de céë flëtirS; bomment elld s'était itiise ëii cdtltâbt iâtime avec ces àmieâ fratchëd et parfùinéès bdttittië ëlle^ ebmment elle était parvenue t)ar Ift fbh^e de la sytiipathie^ û cela peut âé dite, à connaître les chagHhs 6t les joieâ de des lis et de ses roseSi et comment ëiiQn, selon leurs ca- Mëtèi'ës oil léui^ Slveiiturësi, elle lié^ avait bâfltisëës d'uii hbïn eh Haiitidnie àVeb ëlii.

Henri éfeôulâ toute tettè défltiîtion boifamë il éùt êcdùté tih ttVîâSatit cbhté de fée. Sëuléiiiënt le fcohtë était une hiétbirè, et la féé ^àit dèVaiit lui. ïoutë kutre jeune filië qui liil eût dît lëà fHêinés cHôàés, lUi ëSt ijâbil dli follô dii iâffétéé ; mâiâ il iî*éîi était jJôlîit âinéi de Cëcilë : dii voyait que la chaste enfant disait sa vie, ses Seiisatlbhs, ses joies, sëâ chagrlhs ; {)etit4trë séiiiëmënt leS prêtait-elle a ses tlëîirâ, bais c^êtaît de bonne foi, et elle raconta , entre âûtrefe choses a kéiiri , Thistoire d'une rose qîii à^dit été Èi iilàlheureiisë, qilè cette histoire M iit presque Venir les iàniieS àùx yéiix.

Ld mârqiiièë ^cbùtaît toui cela et essayait de temps eh iëbips de changer là conversation : touies ces aventures bciâhiques iiii paraissaient tout ^ tait fades et insigni- Huitèâ; ihàis Henri, qui n'était pà§ de soâ avià, ràniëha

StôS 6èsM m ébnvémtiôn mt !S mêtiié sujet, taht il fui semblait peii tiVfé slVé<î Une CrdfttUfë Hiimàmâ, Ifaalâ ëIu edfltràifS àv«(s ^elqué ffititaâU(j[ùë (nréatioil d'Osâlâfi ou dé Qdëtbêï

idépètidâât, OSifinlë la Ml-qttiâe {^i^ôiiônça le làM tnû^ Ûtpé et ïmtit lé pianbi Hehri, qtli étôit lui-mêitiêl extël^ im liitisiciefl; pria Qédlè dé lui châhtéir quelque Ëhbsé;

G6cilé fié BatÀit p&s 6e qu6 c^ëtàit ^dë dé ^ faire prier, elle ignorait encore M elle avait du talent ôti si elle n'en avait point; peUt-étré même ne savait-elle ^as ce que c'était que le talent.

Gomme pour la peinture, l'exécution musicale de Cécile était toute de sentiment ; aussi, lorsque Cécile eut chanté, avec un charme et une grâce infinis, une ou deux romances et autant de nocturnes, Henri lui demanda avec la plus grande simplicité si aie n'allait pas lui faire entendre quelque chose d'elle.

Alors Cécile, sans se faire prier ni se défendre, laissa retomber les mains sur le piaho, et bommença une de ces étranges rêveries conmie elle en faisait parfois devant le mélodieux instrument ; une mesure douce avec une pédale éil ébiii^dine indiquait quil faisait nuit ; tous les bruits de là teirë â^endormaieut l'un après l'àuire : un silence ptésque absolu, que troublait Seulement le murmuire d'uii ruisseau, leur SUèôédâit ; pilla, âd ihiliéû dé ce calme suprême de l'obscurité, ^'élevait lé Chàht d^un disêaii, oiseau inélodiéllx, iiicohatl, ^tli n*êtàît & là îauvéttè lii le rossignol, oiseau $ii éllkdtâit dàiis ië èëûf âé d^ciie

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comme mi écho des mélodies célestes, et dont la voix disait tout à la fois espérance, prière, amour.

Henri , tout en écoutant cette singulière symphonie, laissa tomber son front entre ses deux mains, et, lorsqu'il se releva, sans songer à essuyer une larme qui tremblait aux cils de ses yeux, il vit Cécile, la tête renversée en arrière, les regards au ciel et les paupières humides; Henri fut sur le point de se jeter à ^s genoux et de Tadorer comme une madone.

En ce moment, la baronne et la duchesse rentrèrent.

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