I.'auloi'ité de Modeste... (l'a^^e DU
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Mme Delorme invita Cécile à se réunir à d'autres jeunes personnes de son âge : on danserait.
Le premier mouvement de la jeune fille fut de se réjouir : jamais encore elle n'était allée en soirée; jamais elle n'avait dansé que dans la prairie avec les orphelines de l'ouvroir....
Cet éclat de joie fut comme un éclair qui sillonna le visage de Cécile ; bientôt elle devint sérieuse et elle ajouta : « Je suis folle! moi, aller en soirée! D'abord je ne sais pas danser; je saute et voilà tout. Et une robe, et des souliers, et tout le reste.... C'est impossible; n'y pensons plus. Maurice, tu remercieras Mme Delorme d'avoir pensé à moi.
CHARLES
Petite sœur, tu iras en soirée; j'ai des économies, et elles te sont destinées. Pas de réplique ; tu travailles assez, tu gagnes assez d'argent avec tes petites mains pour que tu aies une distraction.
Charles, cet argent pourrait être employé plus utilement.
CHARLES
Ma chère, ta morale ne me fait aucune impression : tu iras chez Mme Delorme. Dès demain, Modeste te conduira à la ville, et vous irez choisir une robe blanche chez Mme Priot.
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CÉCILE
Es-tu de cet avis-là, ma bonne?
MODESTE
Pardi! j'en pleure de joie. Oh! que vous êtes de bons enfants I
MAURICE
Moi, je donne les rubans bleus ou roses, comme tu voudras.
CÉCILE
Que vous êtes gentils, mes frères' Aussi je ne veux pas vous le cacher : je suis très-contente d'aller en soirée, de voir ce qu'on fait dans un salon I Oh 1 comme je serai fière d'arriver avec vous ! »
Le soir même Charles remit trente francs à sa sœur. Je ne doute pas qu'en ce moment le bon garçon ne se crut riche, très -riche.
Le lendemain, Modeste et Cécile se mirent en route. Quel événement! Aller chez Mme Priot, dans le magasin le mieux assorti de Tours ! Peutêtre Cécile allait-elle rencontrer la femme du Préfet ou Mme la Générale ! Elle ne dirait pas d'écrire sur le registre; non, elle n'est pas assez riche pour acheter à crédit, mais Modeste tirera de bons écus et payera tranquillement comme une personne qui a le moyen.
Les voici dans la boutique de Mme Priot. Il est de bonne heure, et la marchande leur souhaite la bienvenue; car elles vont l'étrenner et lui porter
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bonne chance. Les pièces de mousseline suisse unie ou brochée sont descendues des rayons î Mme Priot détache l'enveloppe, passe la main sous la mousseline et dit en souriant à Cécile : « Mademoiselle, voilà ce qu'il vous faut. » Cécile était de cet avis-là; mais Modeste, en femme expérimentée, vit bien que ce n'était pas leur affaire, et, avant de connaître le prix de cette belle mousseline, elle dit avec une sorte d'ingénuité : « Du temps de votre mère, Cécile, on portait beaucoup de gaze de coton; ça se tient bien.
MADAME PRIOT.
On en porte toujours, et comme vous dites, c'est ce qu'il y aura de mieux pour les quinze ans de mademoiselle. »
Qui n'admirerait la souplesse d'esprit de tout marchand?
La bonne Mme Priot, voyant enfin à qui elle avait affaire, déplia une pièce de gaze de coton avec autant d'enthousiasme qu'elle en avait mis à faire valoir la mousseline suisse, qui coûtait trois fois autant que la gaze.
Confiante en Modeste, Cécile ne fit aucune réflexion. Sa physionomie était radieuse pendant que la marchande mesurait l'étoffe, disant" tout haut: « Une, deux, trois,» et jusqu'à huit aunes.
Douze francs sortirent de la bourse : chalandes et marchande se saluèrent cordialement.
De chez Mme Priot on passa chez Mme Najerat pour acheter une ceinture de satin rose. Cette emplette fit encore plus d'impression à Cécile que la première; la couleur rose, c'est le printemps, c'est la jeunesse; les yeux et le cœur sont charmés sans savoir pourquoi. Puis elles allèrent chez M. Chaussepied, le cordonnier à la mode.
Cécile éprouva une douce surprise en voyant son pied dans un joli soulier de satin noir. Il âtait bien différent de ce qu'il lui avait paru jusqu'alors, dans de gros souliers de Saint-Symphorien ou dans des sabots.
Modeste et Cécile regagnèrent la maison. La robe et la ceiniure furent montrées à Augustin, qui s'écria en joignant les mains : « Oh! petit mamzelle^ joli comme cœur avec ça. »
Si la jeune personne riche qui entre chez une habile couturière sourit à la pensée qu'une jolie toilette va être préparée pour elle, je puis assurer à mes lecteurs que Cécile n'était pas moins heureuse en se disant qu'elle-même allait promener ses grands ciseaux dans cette gaze blanche, que Modeste essayerait la robe et qu'il n'en coûterait pas un sou à ses frères.