CHAPITRE XII
Cependant M. Lhallier ne tarda pas à se dire que la paisible retraite oe Sainte-Radegonde ne devait pas lui faire oublier ses devoirs de père de famille : il devait prendre une position relative à sa fortune et quitter la campagne pendant l'hiver. Cécile fut très-surprise et presque fâchée de ce projet; car aller à la ville, c'était laisser ceux qui vivaient de ses bienfaits. Cependant elle comprit bien vite que tout pouvait s'arranger, et elle le fit comprendre aux autres.
Les vendanges furent magnifiques cette annéelà, et Cécile eut la gloire d'entendre dire à son père que les eaux — espèce de raisins particulière à la Touraine — valaient tous les mangoustans de l'Inde.
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La maisoH étant bien fermée, les adieux étant faits, M. Lhallier et ses enfants allèrent s'établir dans une belle maison de la rue Royale, à Tours Cécile avait présidé à l'ameublement; elle savait, sans l'avoir appris, ce qui était de bon goût: ses fleurs et ses oiseaux donnaient à la maison un air de fête qui adoucissait pour elle et pour Augustin le regret d'avoir quitté la campagne.
Des relations s'établirent; les journées n'étaient plus employées de la même manière ; mais Tordre et l'activité de la jeune personne se faisaient toujours remarquer.
Des distractions nouvelles furent offertes à Cécile : son père acheta une voiture et des chevaux. Elle apprit à monter à cheval.
Avant de retourner à Sainte- Radegonde, M. Lhallier voulut visiter la Touraine. Dès les premiers jours du printemps, on partit pour Amboise, Chambord, Chenonceaux. Tous les endroits célèbres et charmants de la Touraine furent successivement le but des promenades de M. Lhallier et de ses enfants.
Toutes ces magnificences n'amoindrirent point Sainte- Radegonde aux yeux de Cécile ; elle y retourna avec un nouveau plaisir.
Modeste agissait peu, mais ses conseils étaient toujours écoutés. La tendresse de Cécile pour sa bonne semblait s'accroître a mesure qu'elle avait
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moins besoin d'elle. Souvent on la voyait parée, prête à sort/r avec son père, faire une partie de cartes avec Modeste. Battue ou victorieuse, Cécile disait : la revanche 1 la revanche 1 ma bonne, nous avons le temps.
Augustin exploitait un peu la fortune de son maître ; il se passait toutes ses fantaisies de jardinage : rien n'était trop beau, trop cher pour Sainte-Radegonde.
A la fin de novembre, M. Lhallier annonça à Cécile qu'il allait faire un voyage à Paris avec elle.
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Sans mes frères I c'est impossible. Il me faut leurs yeux pour bien voir. Songez donc, mon père, que jamais nous ne nous sommes quittés. Je ne sais vraiment ce que deviendraient ces pauvres garçons, s'ils n'avaient pas leur petite sœur.
M. Lhallier se rendit au désir de sa fille. Les jeunes gens obtinrent aisément un congé; car, malgré la ferme intention de donner une carrière à ses fils, le père ne pouvait oublier qu'il était fort riche et que ses enfants l'étaient aussi.
Ils partirent à la fin de janvier, laissant Modeste ei Augustin à Tours. Cette séparation fut dure au cœur de tous : « Ah! disait la fidèle servante, ils s'en vont et dans quelques jours les amandiers seront en fleur ! Ils ont bien fait de ne pas m'em-
mener dans cette grande ville. J'irai me promener au Mail en pensant à eux. La vie de ce monde est bien drôle, il faut en convenir ! »
Augustin profitait de la liberté que lui laissait l'absence de ses maîtres pour faire de fréquentes visites à Sainte-Radegonde, où il trouvait toujours à s'occuper utilement.