CHARLES A ANATOLE
De Rennes, le
Tu me connais, tu n^attends pas de moi des conseils pusillanimes ou intéressés. Quand la vie est sans espérance , il faut en sortir ; quand nous ne pouvons accorder Pexistence et la vertu, c''est dans la mort qu'il faut chercher un asile. Tu sais si je marchandai tes jours lorsquMl s'agissait de prévenir une faute dont je prévoyais les suites :
lus CÉCiLÉ.
les droits de l'infortune ne sont pas moins incontestables que ceux de Thonneur.
Loin donc de chercher à te détourner du projet que tu médites, par ces lieux communs d\me vaine morale dont rhomme heureux peut seul être dupe, je prêterai l'oreille à tes discours ; tu me prouveras, d\ine manière plausible, que tu ne peux de'sorirtais prétendjre à aucun pbtisir^ à aucun repos sur la terre, que cette exisiencc qui te pèse «Vst utile à per-^ sOEUTieyqite lu sociétç; iVa aucun cowipt* à fie deiaûittïdec de Faction qoe tu vas comii^eJtre, qn^aucnn autre enfin n'*a de droit sur la vie dont lu disposes : je te rèp«ud*ai avec hoîiue foi; tu mîécouteras avec attention , et je le laisse-
LETTRE Cil. 169
rai le maître de prononcer dans ta propre cause ; mais songe que tu n'as pas encore abordé la question, et que tu as besoin de recueillir tes idées. Ta lettre est celle d'un homme ordinaire, qui succombe dans le malheur; j'attends celle d'un sage qui lutte jusqu'au dernier moment. Jusqu'à présent tu ne ressembles encore qu'à cet habitant de rohio , qui, voyant se coucher le soleil, s'imagine que l'astre du jour ne reparaîtra jamais. Je te demande des pensées plus graves , des raisonnemens plus sévères, cette force et cette évidence de preuves qui doivent précéder et déterminer une pareille action. Meurs s'il le faut ; mais que !a mort soit celle d'un homme : discutons- en iroidement la nécessité; quelques doutes s'élèvent encore djms mon esprit
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OU peut-être dans mon cœur; détruisles, et. justifie, aux yeux de la sagesse même , le parti que tu prendras alors , et dont tant d^hommes vertueux ont laisse de mémorables exemples.
An nombre des raisons qui pourraient te retenir à la vie, je te permets de ne compter pour rien le plus ancien serment de notre amitié , celui de ne pas survivre Pun à Tantre ; dans la circonstance actuelle il n''engage que moi, et je ne fen parle ici que parce que tu parais Tavoir oublié dans la dernière phrase de ta lettre. Songe , Anatole, à respecter les droits de Tamitié comme je respecte ceux de Pamour.
LETTRE cm. lyi
LETTRE cm.