LA MEME AU MEME
Blois, 1787.
Plus dVspoir ! Cécile est perdue pour nous... La présence, de son père a décidé de son sorf. LV^tat où elle était lorsquMl arriva hier h quatre heures de Taprès-midi, atteridrit un moment ce cœur de bronze , el la douleur dont sa fille le vit pénétré parut adoucir la sienne. La source des larmes se rouvrit, et les convulsions s^ipaisèrent.
Elle ne se lassait pas d'entendre parler
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de sa mère , et sa pieuse douleur recueillait avec avidité les dernières paroles sorties de sa bouche. Croirez-vot»s que ce père inhumain choisit un pareil moment, pour lui montrer Te'crit fatal dont un prêtre fanatique ou criminel availfaillegngedu viatique qu*'il ne voulut administrer qa^\ ce prix à madame de Clénord au moment d'expirer ?
Après avoir lu ce papier et Finjonction qui le terminait, dans laquelle madame de Clènord conjurait sa fille de renoncer à Anatole et dMpouser le comte de Montford, Cc'cile regarda son père avec une expression de terreur et de désespoir où j'aurais dû voir la résolution qu'elle allait prendre. Sans exprimer une plainte, elle demanda la permission à son pcre de se retirer danssachambrepoury prendre quelque
repos jusqu'au lendemain matin , où nous devions tous ensemble reprendre Ift chemin du château.
Ce'cile en nous se'parant se jeta dans mes bras, où je la tins quelques momens serrée, et sortit en saluant, mais sans embrasser son père. Pendant les deux heures que je restai seule avec M. de Clénord , j'achevai de me convaincre que cet homme était sans entrailles, et que ma malheureuse 'nièce' allait vivre sous un joug d'autant jilMs insupportable , qu'elle n'avait plus de mère pour en alléger le poids. J'avais accepté cependant la proposition qu'il m'avait faite de rester à Beauvoir jusqu'à la fin du deuil de Ge'cile.
En passant devant la porte de sa
. chambre, qui ne communiquait avec
la mienne que par le corridor, j'aurais
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élé surprise quVlle en eût retiré la clef avant de m'avoir revue , si je n^avais re'fle'chi quVUe avait pu craindre que son ;père n^ rentrât avec moi.
JVtais si horriblement fatiguée de la route que nous venions de faire, et des lourmens de celle dernière journée , que , malgré les chagrins et les inquiétudes qui déchiraient mon ame, je dormais encore à sept heures du matin , quand M. de Clénord vint frapper à ma porte , en me demandant si Cécile était chez. moi. Effrayée de cette question , je me lève à la hâte. J'entre avec lui dans la chambre de sa (ille , elle était sortie: tandis qu'il court interroger riiôlesse et les gens de Thôlel, je visite Tappartement , je retourne tous les meubles, et je découvre sous un flambeau dont la bougie avait été consumée
tout entière , un billet de Cécile qui portait mon adresse , où je lis ces mots :
<( Je nVi plus de recours sur la lerre ; je me réfugie dans les bras de Dieu : je suis en ce moment au couvent de Laguiche ; je n"'en sortirai jamais. Pardonnez-moi , ma bonne tante , et n'oubliez, pas Ge'cile tout entière.,.. »
Je viens de montrer ce billet à M. de Clénord ; il se rend au couvent , où je nVi pas vouluFaccompagner.... Adieu, mon ami, plaignez-moi et venez me voir à Champfleury où je vais me rendre.Jc'sui- décidée à neplus remettre le pied à Beauvoir.
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CHARI-ES d'ÉPIVAL A VICTOR d'ÉPIVAL *.
• ;*"■'<; '"■'- Une heure du matin.
Non, mon frère, non, mon ami, de quelque nécessite que soit en ce moment ma présence à Rennes , je ne saurais même assigner de terme à mon se'jour dans les lieux où je suis. Les malheurs d'une famille que je rc-
' On a supprimé une partie des ioltres de Victor d'Epival à son frère , et l'on n*a conservé que celles de Charles, cjui se liaient à l'histoire d'Anatole.
garde comme la mienne, m'attachent ici plus irrévocablement que n'auraient pu le faire les liens qui devaient m'unir à madame de Neuville, et qui peutêtre ne se formeront jamais.
Vous vous étonnez du silence que je garde avec vous depuis deux mois, et vous paraissez croire qu'entièrement absorbe dans mes projets d'hymen , je ne m'en remets à vous des soins de tous mes intérêts de fortune , que pour éviter de me distraire quelques inslans du sentiment dont mon cœur est rempli. Pourquoi suis^je oblige, mon cher Victor d'affliger votre amitié' pour justifier la mienne, et de vous prouver que je suks le plus malheureux des hommes pour vous empêcher de croire que j'en suis le plus ingrat? Peu de mots suffiront : les deux mois de silence que vous me
reprochez m"'ont accablé des coups les plus affreux : madame de Clénord est morte ; Ce'cile sVst jete'e dans un couvient^ et Anatole près de qui je veille en ce moment a perdu Tusagé de sa raison.
Vous n'exigerez pas de moi , mon frère , que je sonde mes blessures ouvertes et saignantes, et que je vous retrace, dans leurs affreux détails, des évenemens qui Ont porte' le de'sespoir dans Pâme d'une femme adorable à laquelle j'allais être uni : vous le diraije enfin, la vue des maux que j'ai maintenant sous les yeux, le spectacle effrayant du délire d'Anatole , fait urie sorte de trêve à toute autre douleur , ou plutôt les réunit sur un seul objet.... Il me reconnaît encore.... les médecins ne croient pas son mal sans remède ,
si l'on parvient à, l'assujetir à un triJitcinent ; mais .potm-; cela., il faudrait qu'on pût le ddcider à recevoir leur visite, et la réception qu'il a faite ?»u premier qui s'est prcsenlé, n'est pas de nature à encourager les autres...,
Il m'appelle : adieu, mon cher Victor; je vous écrirai pour vous donner des nouvelles de, mon malheureux ami.
Aimez et plaignez votre frère.