T. III. I
122 Ci.CILE.
celte catastrophe, dont Voltaire, Rousseau et Montesquieu ont de'couvert avant moi les premiers symptômes.
Pourquoi faut-il que nulle amélioration sociale ne puisse se faire qu'aux de'pens des ge'ne'rations qui l'entreprennent ! Anatole , nous ne nous reposerons pas sous le feuillage de l'arbre que nos pères ont planté; peut-être même notre sang arrosera-t-il ses racines, mais nos neveux en recueilleront les fruits, et cola même est un bien dont je puis, au besoin, nif escompter la jouissance. Tu te récries sur le marivaudage de cette expression , et tu remarques très -judicieusement que La Fontaine a dit la même chose en beaucoup meilleurs termes.
L'affaire est conclue eu mon nom ;
je suis, ou plutôt nous sommes possesseurs , depuis hier, du château des Bruyères.
Nous y avions été' passer deux jours, la semaine dernière, avec M. d'Amercour et sa fille; Pauline m'a fait les honneurs du don/on paternel avec une grâce infinie, et nous avons e'té ensemble rendre visite à la nourrice de Cécile, dont la petite ferme dépend, comme tu le sais, du domaine dont te voilà seigneur suzerain, moyennant quatre-vingt mille francs. M. d'Amercour est dans la joie de son ame d'avoir enfin trouvé un acquéreur pour ce petit royaume des Bruyères, où il n'avait pas mis le pied depuis dix ans. Tu pourras faire du manichéisme tout à ton aise, si le cœur t'en dit encore, quand
tu viendras l'habiter : je défie tous les Prévôt, tous les Daculard du monde, d'imaginer quelque chose de plus romantique que ce vieux castel, bâti du temps de Louis XI pour le moins , au milieu d'un étang où des millier> de grenouilles ont élu leur domicile , et dans un pays où tous les sangliers de k\ terre se sont , je crois , donné rendez-vous. N'importe; hoc erat in votis.,..
Cette acquisition m'a presque allié à la famille de M. d'Amercour , et me met en communication journalière avec celle de Beauvoir. J'ai un prétexte naturel pour me fixer dans ce pays , en attendantque madame de Neuville m'en fournisse un meilleur. Surcroit d'ngrément et de convenance! ha nourrice
m'a appris confidentiellement qu'il revenait des esprits an château des Srujrères ; j'espère bien que nous ne leur ferons pas peur.
Adieu, je vais demain à Blois pour y passer notre contrat.
P. S. Tu me diras , quelque jour , pourquoi ce vieux château a tant de charmes pour toi. C'est une confidence que tu ne m'as pas encore faite.
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