‹ Cécile, ou, les passionsChapitre 14 sur 19 · CECILE A PAULINE · texte numérisé non relu

CECILE A PAULINE

Barèges, 1787.

Qui l'eût dit, Pauline, il y a trois ans , lorsqu'assises sur le pied de mon lit dans le dortoir de Laguiche, nous nous promettions avec tant d'assurance de ne jamais nous séparer, que je dusse sitôt manquera notre parole!..

Mon corps est bien malade, mon ame est bien triste, Pauline; mais peut-être la douleur la plus vive que j'éprouve nait-ellc de l'impossibilité' dé m'en en-

tretenir avec toi.... Pourquoi t'affliger ? tu connais le fond de mon cœur, et je n'ai plus rien à Rapprendre....

J'ai traversé bien des pays pour arriver dans la solitude sauvage que j'habite près de Barèges, avec ma tante, la meilleure, la plus aimable et la plus indulgente des femmes. Si tu savais , Pauline , tout ce que je lui dois d'amour et de reconnaissance !... Vivrai-je assez, pour m'acquitter? Les eaux de Barèges sont beaucoup moins à la mode cette année que celles de Bagnères , tous les malades comme il faut se sont portés sur ce dernier point , et cette raison n'a pas peu contribué à nous fixer à Barèges. Nous y sommes presque seules, ou du moins le petit nombre de personnes qui s'y trouvent paraissent décidées a vivre ainsi que nous dans la

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retraite la plus profonde. Nous n'avons fait ni reçu aucune des visites d'usage ; et comme dans nos promenades nous cherchons toujours les lieux les moins fréquente'» , il est exact de dire que depuis cinq jours que nous sommes ici , je n'ai pas encore entrevu un seul des étrangers qui habitent avec nous ce vaste souterrain.

Depuis que je suis au pied des Pyrénées, j'ai découvert que la nature, en me faisant naître dans un pays de plaine T avait trompé ma destination.

Combien je me plais au sein de ces montagnes, sur le penchant de ces abîmes, dans la profondeur de ces vallées , dont l'image éloignée m'aurait autrefois glacée d'épouvante ! Pourquoi cette contradiction entre mes pencha; et mon caractère , entre mes goûts et

mes habitudes? Je pleure , je rougis, Pauline , et j'entends ta réponse....

Cette lettre, ma bien chère amie, est la seule que tu recevras de moi pendant mon absence. Le silence auquel je me condamne ne te surprendra pas; les tendres epanchemens de l'enfance ont aussi leur mystère, et je sais que mes lettres ne sauraient te parvenir sans passer scus des regards étrangers; peutêtre même n'est-il pas sûr que celle-ci leur échappe. Aussi chaque ligne portet-elle l'empreinte de la crainte qui me préoccupe. Adieu , Pauline. Ton amitié faisait autrefois le charme de ma vie , ello en est aujourd'hui la consolation.

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