‹ Cécile, ou, les passionsChapitre 2 sur 19 · PAULINE A CECILE · texte numérisé non relu

PAULINE A CECILE

Bcaugencv , octobre 1786.

Il est des pressentimens qui ne trompent jamais : avant if ouvrir ta lettre , j'en connaissais le contenu j'en aurais dicté chaque ligne, excepté celle où tu renonces à mon amitié.... Y renoncer !.... je t'en défie.... et pourquoi Cécile me punirait- elle de sa faute?

pourquoi Famour me priverait -il du plus cher, du plus saint de mes droits ; celui de eonsoler mon amie malheu-

reuse ? Tu auras beau m'exagerer tes torts, appeler crime ce que je nomme fatalité; je ne l'en aimerai pas moins, et grâce à la tournure de mon cœur et de mon esprit, peut-être même t'en aimerai-je davantage. Veux- tu savoir à quoi se borne ton forfait à mes yeux? à mettre ma prévoyance en défaut de quelques mois. J'étais sûre que Cécile appartiendrait un jour à Anatole, etj'avais pris mes arrangemens d'avance pour l'aimer dans cette terrible supposition.

Ce n'est pas sur ce ton, il est vrai, que je te parlais dans ma dernière lettre; mais il s'agissait alors de t'effrayer sur le danger de ta chute ; te voilà tombée, je n'ai plus rien à faire qu'à te tendre la main.

Je ne suis plus un enfant, Cécile;

je raisonne comme une autre , mieux qu'une autre , et surtout mieux que toi , dont la raison est toujours dans le cœur; or, je soutiens que, si comme le dit mon confesseur, on n'est pas innocente pour ne pas oser commettre la faute que Ton médite, on ne peut être coupable pour avoir commis celle que l'on a fait tout son possible pour éviter; et qu'à nous juger toutes deux sur ce principe, la plus vertueuse des deux pourrait fort bien encore être cette Cécile si criminelle à ses propres yeux.... Juge de ma surprise; c'est Anatole qui vient de m'interrompre; jeter un cri, renverser ma chaise, et lui sauter au cou en fondant en larmes, tout cela dans un moment et en présence d'Albert qui ne savait trop ({n'en penser.

Mais le messager va partir : je suis

obligée de fermer ma lettre avant d'avoir pu trouver l'occasion de causer seule avec le cher oncle; mais je devine et j'approuve le motif qui l'engage à quitter Beauvoir , au moment où M. de Clënord arrive ; son coup-d'œil tendre, humilie', caressant, m'annonce qu'il est instruit que je suis au fait: tant mieux pour tous les deux ; nous parlerons sans contrainte ; nos coeurs en ont un égal besoin.

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