‹ Cécité et tabesChapitre 26 sur 67 · LYS ES · texte numérisé non relu

LYS ES

d'eux (observation Chez...) avait présenté au début de ses troubles oculaires une attaque subite de diplopie ; deux autres (observations Beauv... et Dupl...), sans avoir présenté de diplopie vraie, avaient pourtant vu pendant quelque temps les objets multipliés; un quatrième (observation Fin...) avait perdu la vue par cataracte quand a commencé l’atrophie papillaire et ne peut avoir de ce fait présenté de diplopie. Donc, deux malades seuls sur les quinze (observations River... et Leeb...) ne paraissent pas avoir eu de diplopie et n'avoir pas présenté jusqu'ici de paralysie oculaire : or ils’agit de deux malades dont l’amaurose est de date relativement récente ; elle s'est développée chez l'un de 1898 à 1900, chez l’autre dans le courant même de ja présente année (1903).

L'observation des malades décédés a quelquefois été prise sans attention suffisante et sans parti pris de rechercher les symptômes oculo-moteurs : aussi nous ne croyons pouvoir tenir compte que des cas dont l'observation porte explicitement indiquée soit la présence, soit l'absence de diplopie antérieure ou de paralysie actuelle.

Nous trouvons ainsi signalé que dans dix cas seulement on a demandé aux malades s'ils avaient vu double : or cinq fois sur dix il y avait eu de la diplopie avant la cécité. Seize malades ont été examinés au point de vue de la motilité du globe de l'œil ou des paupières; sur ces seize, dix présentaient, lors de l'examen, une paralysie oculo-motrice. Nous ne trouvons signalée que chez trois malades (observations Bréav..., Laverg..…., Souch...) l'association des deux faits négatifs : pas de diplopie antérieure, pas de paralysie oculaire actuelle. Un seul deces trois malades présentait une amaurose dont la période d'évolution remontait à plus de deux ans. Nous ne voudrions pas attacher à ces dernières statistiques une importance exagérée; en particulier, nous ne pouvons établir sur elles des pourcentages, car nous nous sommes trouvé obligé de ne pas employer toutes nos observations et de négliger celles qui ne parlent pas des troubles oculo-moteurs, précisément parce qu'elles n’ont pas été prises dans le but d'établir le

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degré de fréquence de ces troubles. Mais nous ne pouvons nous empècher de remarquer que la proportion est à peu près la même chez nos malades décédés que chez nos malades encore vivants : chez ces derniers nous avons constaté deux fois sur quatorze (l’un d'eux doitêtre écarté à cause de sa cataracte double)l'absence de toute paralysie oculaire actuelle et de toute diplopie antérieure dénotant une paralysie passagère ; sur seize malades décédés, examinés au point de vue des troubles oculo-moteurs, six seulement n'avaient pas de paralysie; tous n'ont pas été interrogés au point de vue de leurs troubles oculo-moteurs, mais nous n'en trouvons que trois qui, indemnes de toute lésion paralytique actuelle, aient déclaré n'avoir eu antérieurement aucune diplopie.

Ces chiffres rapprochés, malgré les imperfections regrettables de notre statistique, n’ont-ils pas leur éloquence et ne prouventils pas la fréquence extrême, la presque constance des paralysies oculo-motrices dans le tabes avec amaurose”? Les paralysies oculo-motrices sont très fréquentes, il est vrai, dans le tabes vulgaire sans amaurose; bien des statistiques considèrent qu'on le trouve à un moment donné dans le tiers des cas, mais, quelle que soit la statistique, elles sont loin d'être aussi fréquentes que chez nos tabétiques amaurotiques, le fait nous paraît indubitable.

Ces paralysies ne se présentent pas toujours nettes au premier abord et l’on sait que c’est précisément là le caractère ordinaire des paralysies oculaires du labes à la période préataxique. Deux fois seulement chez les malades vivants et trois fois dans les observalions des malades décédés, nous avons noté une

grosse paralysie (1). Mais dans la grande majorité des cas, il

(1) Chez Verb.…. il existe une paralysie du moteur oculaire commun droit et du moteur oculaire externe gauche ; chez Jouv..., une paralysie de la troisième paire gauche. Chez Bout... il existait une paralysie du moteur externe gauche et, chez Jonqu.…, du moteur commun et, tardivement, une ophthalmoplégie bilatérale, peut-être totale; chez Despr..., une paralysie des élévateurs des deux côtés et du releveur de la paupière gauche.

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, . . n FAO ñ y , S agissait d'une parésie légère de l’une ou l’autre branche du moteur oculaire commun : cette parésie se traduisait soit par

un ptosis plus ou moins accentué (observations Bloch.…., Sal

Frey...),soit beaucoup plussouvent par une légère divergence des

axes oculaires, par la déviation en dehors de l’une des pupilles

et la limitation des mouvements en dedans de cette pupille. Erb,

‘Charcot, Berger avaient déjà noté que l’oculo-moteur commun

étaitle plus souvent atteint et surtout, parmi ses branches, celles du releveur de la paupière ; Watteville, Landolt, de Graefe avaient remarqué l'insuffisance fréquente de l’adduction. Parfois, sans paralysie prédominante d’un muscle ou de l'autre, nous avons constaté une extrême lenteur et un degré d'amplitude minime des mouvements de l'œil, à peu près également dans tous les sens.

En somme, il s’agit le plus souvent de paralysies à rechercher, dont les malades ne se plaignent pas, car ils les ignorent généralement quand elles sont survenues depuis la cécité, et ils les ontoubliées quandelles nese sont manifestées avant la cécité que par une diplopie légère et transitoire. Les caractères de la grande majorité de ces paralysies sont donc les mêmes que ceux des paralysies de la période préataxique du tabes vulgaire, mais nos observations nous donnent, cependant, lieu de nous demander si, tout en conservant Le caractère partiel, incomplet, de ces paralysies préataxiques, les parésies oculo-motrices du tabes amaurotique ne présentent pas une tendance à la persistance, à la prolongation plus accusée que celle du tabes vulgaire. Nous nous posons la question sans être en mesure encore de la résoudre : nous avons été frappé uniquement de ce fait que, plusieurs fois, le début des troubles de la vision s'était fait par de la diplopie; ‘quelquefois les malades avaient été assez observateurs pour nous dire dans quel sens les images leur avaient paru déviées; or, c'est ordinairement dans le même sens

qu'elles auraient été déviées, de par la parésie constatée au si

moment de l'examen, si les malades n'avaient depuis de plus ou moins longues années complètement perdu la vision.

De ces troubles de l'innervation oculo-motrice, nous croyons devoir rapprocher des secousses nystagmiformes que l’on observe très fréquemment dans Île tabes amaurotique. Ces secousses, ordinairement transversales, sont plus lentes et plus amples que le nystagmus vrai; Friedreich a attiré sur elles l'attention en les distinguant du nystagmus. Nous les avons rencontrées avec une grande fréquence, mais aussi fréquemment chez des aveugles non tabétiques que chez des tabétiques ; elles sont, à notre sens, une conséquence de la cécité et non un symptôme du tabes: on les trouve, cependant, parfois très accentuées (observations de Beauvi.Chez..1 Fins, uetc} Gésénius, Parinaud, Moebius, P. Marie auraient observé du nystagmus vrai chez des tabétiques non aveugles. Charcot, Althaus, auraient constaté une

véritable ataxie prononcée des muscles oculo-moteurs.

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