TROUBLES SENSITIFS CÉPHALIQUES
Charcot a fort bien décrit en peu de lignes les troubles de la sensibilité subjective que l'on observe très fréquemment chez les tabétiques amaurotiques : « Tels sont, dit-il, des douleurs de lêle continues ou à peu près et qui siègent principalement au front ou à la nuque. À ces douleurs permanentes s'associent, dans bien des cas, des fulgurations revenant par accès et occupant le trajet des branches de la cinquième paire. Dans les paroxysmes, les malades éprouvent des sensations qu'ils comparent à celles que produirait l’arrachement du globe oculaire (1). »
Ce sont exactement ces sensations que nous ont décrites bon nombre de nos malades; ce qui nous a surtout frappé, c'est qu'elles surviennent le plus souvent soit peu avant les troubles visuels, soit dans les premières périodes de l’affaiblissement de la vision ; le plus souvent, elles diminuent quand l'affection à progressé et cessent ou restent très modérées quand les malades sont devenus aveugles. Aussi, ne les trouvons-nous guère signalées dans nos observations que chez les tabétiques encore vivants ou récemment décédés que nous avons spécialement interrogés à ce point de vue, mais nous les trouvons dans plus de la moitié de ces cas (observations derCour- nee Beauv.., Bréav.., Giraud..…., Dupl..…., Beuch..., River.…., Rei...).
Ces douleurs sont parfois légères, mais souvent très intenses,
(4) Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, 1873, p. #6.
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passagères et récidivantes, affectant la forme de « névralgies périorbitaires » ou continues avec exacerbations violentes. Elles siègent presque toujours dans le front, parfois dans la nuque, parfois dans les yeux, el produisent, dans ce dernier cas, la sensation de corps étrangers ou d'arrachement des globes oculaires. Elles persistent six, huit, dix mois, rarement plus, en conservant la même intensité.
Il nous parait intéressant de rapprocher l’évolution de ces douleurs céphaliques de l'évolution des troubles visuels que nous avons remarquée. Nous avons dit que nous avons trouvé d'ordinaire la vision réduite en peu de mois à l'état « demivoyant », mais persistant ensuite dans cet état pendant de nombreuses années; nous avons dil que, dans ces cas, il reste dans les nerfs optiques un petit nombre de fibres éparses, et nous avons cité un cas où ces fibres étaient encore assez nombreuses trente-trois ans après que la vue eut été réduite à la simple notion de la lumière du jour. Or, c'est précisément pendant les six ou huit mois de l’évolution rapide du processus, pendant la disparition de toute la vision distincte, que les céphalalgies et les névralgies orbilaires et périorbitaires se montrent d'ordinaire avec toute leur violence; n'y-a-t-il pas dans ces deux faits matière à penser qu'il s’agit dans les premiers temps d'un processus aigu, et ces faits ne paraissent-ils pas de nature à éveiller l'idée que l'atrophie optique n’est pas une simple dégénérescence, mais plutôt un processus inflammatoire? Pour l'instant, nous attirons seulement l'attention sur cette question, mais nous pouvons dire déjà que l'anatomie pathologique a tou
à fait confirmé, à notre sens, cette hypothèse basée sur des notions cliniques.
Quelques auteurs avec Charcot ont également signalé des troubles de la sensibilité objective, anesthésie et hyperesthésie dans le domaine du trijumeau au cours du tabes amaurotique.
Pour notre part, nous n'avons rencontré que rarement des
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phénomènes de ce genre. L'anesthésie périorbitaire, en particulier, recherchée chez treize malades, n'a jamais été observée ; une fois, il y a eu une certaine diminution de la sensibilité, surtout à gauche (observation Beauv...). Le masque tabétique est signalé dans les observations de nos malades Cotten.. et Ra.
L'anesthésie oculaire à la pression, qui a été étudiée dans le tabes par Abadie et Rocher (1) et par Le Merle (2), élèves du professeur Pitres, serait, d'après ces auteurs, sans rapport de fréquence avec l'existence ou l'absence de troubles oculaires passés ou présents. Cependant, chez treize de nos malades, cette anesthésie a été recherchée; or, elle a été trouvée deux fois complète
et six fois incomplète.
L'anesthésie pharyngée, complète ou incomplète, nous a paru très fréquente, et très souvent nous avons trouvé le réflexe pharyngé soit absent, soit lrès faible (observations de Bloch: Giraud Pot Réel. Ra, Jonqu.+» Despr.:, Gor... etc, observations de Barr... Leeb..., Verb.….., etc.). Mais les variations physiologiques de ce réflexe nous ont paru si fréquentes, malgré l'importance diagnostique qu'on a pensé pouvoir lui accorder, que nous ne voulons tirer de ses modifications aucune
considération.
(1) Abadie et Rocher, Société d'anatomie et de physiologie de Bordeaux, 4er mai 1899. — Revue neurologique, 1899, p. 859. (2) Le Merle, Thèse de Bordeaux, 1900.
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