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avec leur aspect maladif et décharné et avec leurs douleurs, soit l'irritabilité, le mauvais caractère, le mécontentement qu'expliquent leurs souffrances : c'est une sorte d’excitation continuelle, d'exubérance plus souvent enjouée que déprimée, de besoin d'air et de mouvement qu'on ne croirait pas pouvoir rencontrer chez des malheureux absolument aveugles et souvent torturés par de fréquentes douleurs. Ce qui est encore plus remarquable, c'est qu'on peut rencontrer cette excitation, cette soif de mouvements mème chez des ataxiques avancés qui ne peuvent faire un pas que solidement appuyés sur deux cannes ou contre un mur, ou même qui sont tout à fait incapables de faire avec leurs membres inférieurs un seul mouvement coordonné (cas de Giraud.…., de Jouv..….). À cet état « d’énervement » certains de ces ataxiques joignent un bon caractère, ils sont « bons garçons », ce sont, en général, les moins incoordonnés (observations de Cour.., Fin...), d'autres sont quelque peu grognons, mécontents. Mais ce qui frappe chez tous, ce sont les bizarreries de leur caractère, presque parfois les incohérences de leurs actes; sautillants dans leur aspect, ils sont sautillants dans leurs désirs, dans leurs émotions, dans leur langage. Ils se prêtent de très bon gré à un examen et veulent se sauver quand il est à peine commencé ; même, quand on leur parle de ce qui devrait les intéresser au premier chef, à savoir la perte de leur vision, ils passent volontiers à un autre sujet. Ils passent leurs journées à courir les rues sans but déterminé; partis pour une longue promenade, ils reviennent sur leurs pas après une centaine de mètres. Ils demandent à entrer à l’infirmerie à cause de leurs douleurs, et, à peine leur admission est-elle signée, qu'ils n'y pensent plus et se refusent à quitter leur dortoir habituel. En paroles, ils exagèrent tout, leurs douleurs comme leur santé, comme leur résistance à la fatigue, comme leur puissance génitale ; en actions ils exagérent parfois tout autant.
Nous ne voulons tirer aucune conclusion sur la nature de ce
«tempérament », mais que l’on compare ces modifications du
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caractère et de l'intellect à celles qui marquent le début dela paralysie générale et l'on sera frappé certainement de la similitude qu'ils présentent, quant à leur caractère prédominant : le défaut de suite, le défaut de logique, le défaut de systématisation, l'incoordination. Comme chez le paralytique général au début, mais à un degré certainement très atténué, « le mouvement psychique, augmenté dans sa quantité et sa variété, est diminué dans sa profondeur, dévié et éparpillé dans sa direction ; la dépense psychique est superficielle, incoordonnée, sans système et sans suite (Dupré) (1) ».
On est frappé surtout de cette tendance à l’incoordination mentale quand on compare l'état d'esprit de ces malades à celui des autres tabétiques amaurotiques, de ceux qui paraissent avoir conservé une mentalité normale : ceux-ci sont plutôt tristes el sombres, plutôt mécontents et peu portés à l'indulgence et à la patience, quoique, en général, résignés à leur sort : c'est l'aspect que présentent la plupart des aveugles, tabétiques ou non tabétiques.
La modification intellectuelle de bien des tabétiques amaurotiques nous a paru mériter de nous arrêter un instant. Mais nous avons hâte d'arriver aux éroubles menlaux véritables, grossiers, que, d’après nos examens, on observe encore assez fréquemment dans le tabes avec cécité.
Rarement, ces troubles intellectuels revêtent un caractère nettement transitoire etl’on peut observer, au cours du tabes amaurotique, de véritables « bouffées déliranles » que rien dans les allures antérieures ne permettait de présumer. Dans nos observations, nous n’en avons qu’un cas bien net, c'est celui de Cheza qui fut interné à Sainte-Anne et présenta pendant un mois un délire complet avec prédominance des idées de richesse et de
(1) Dupré, Paralysie générale, Trailé de pathologie mentale de G, Ballet, p. 894.