‹ Cécité et tabesChapitre 33 sur 67 · INA ER · texte numérisé non relu

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grandeur, avec euphorie et bienveillance (1). Les formes

mélancoliques pourraient aussi être transiloires d'après les auteurs; Briand et Cololian (2), Gruet, Mocbius en ont rapporté des exemples; mais, cependant, Mott a noté que, d’après ses

observations, « le délire de grandeur ne paraît pas être aussi per-

sistant que celui de persécution et disparaît souvent lorsque le malade a passé quelque temps à l'asile (3) ».

Les formes durables, permanentes de troubles mentaux sont beaucoup plus fréquentes dans letabes amaurotique : leur caractère de durée seul permet déjà de penser à leur parenté, sinon

à leur identité, avec la paralysie générale.

Certains tabétiques arrivés à une période avancée voient

s'effondrer plus ou moins longtemps avant leur fin toute leur

activité mentale : leurs facultés intellectuelles, leur mémoire, leur volonté, leur jugement, leur attention sont amoindris en bloc : c’est une véritable démence qui survient, démence qui ne s'accompagne pas des troubles somatiques ordinaires de la paralysie générale, qui ne s'accompagne pas d'embarras de la

parole. C'est cette sorte d'affaiblissement intellectuel progressif,

mais assez tardif, survenant au plus un ou deux ans avant la mort

que nous avons trouvée dans quelques-unes de nos observations (observations de Ang..…, Cotten..., Ra..., Degr...) : elle n'estpas

incompatible avec quelques idées mélancoliques ou de persécution.

Parce qu'elle ne s'accompagne pas, en général, d'embarras de la parole, M. Parisot (4) considère cette démence comme propre au tabes; Mott, au contraire, la considère comme paralytique, et note, à ce propos, que la mort survient plus fréquemment au

(1) Un autre de nos malades, Beauv..., aurait, à son dire, divagué, déliré pendant six semaines; peu après son entrée à Bicêlre et dans ses moments de lucidité, il se serait rendu compte qu'il allait perdre la tête, mais nous n'avons

aucun renseignement sur la nature de son délire,

(2) Briand et Cololian, Soc. med. psych., 28 décembre 1896. (3) Mott, Loc. cit., p. 85.

(4) Parisot, Revue médicale de l'Est, 15 décembre 1897.

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début du tabes chez les tabo-paralytiques que chez les simples paralytiques généraux : le fait est très réel et tient, sans doute, à ce que l’altération du système nerveux est déjà fort avancée quand la démence, paralytique ou non, survient chez d'anciens tabétiques.

Le seul fait que cette démence est tardive nous pousse à penser, avec M. Dupré, que « peut-être une plus longue survie en démontrerait la nature paralytique » : le fait est surtout vraisemblable, comme le fait remarquer M. Dupré, si l'on considère comme « paralytiques » les lésions que Jendrassik et Nageotte ont trouvées dans l'écorce de tabétiques morts même sans avoir présenté de troubles mentaux.

Les psychoses permanentes vraies, relativement précoces de labes amaurotique peuvent présenter plusieurs formes, deux formes principalement à notre sens. La plus rare de beaucoup est celle qui se manifeste par du délire de contentement, de bienêtre, de richesse et de grandeur : c’est la forme sur laquelle la plupart des auteurs s'entendent le mieux pour conclure à Ja paralysie générale; c'est, d'après Molt, la forme de délire la plus spéciale aux tabo-paralytiques vrais. Nous n'avons rencontré cette forme que dans une seule de nos observations, celle de Bout... qui était gai, heureux de vivre, rempli d'espoir dans les effets du trailement, qui riait et chantait parfois toute la journée et parfois toute ia nuit. Or, c'est précisément chez ce malade et chez un seul autre (observation de Cous...) que nous trouvons notée une parole altérée, spasmodique, trébuchante, qui rappelle celle de la paralysie générale. Ce délire n’est pas exclusif, 1l le faut croire, de toute idée mélancolique, car, en pleine période de satisfaction exubérante, le malade est, un matin, monté au troisième élage et s’est jelé par la fenêtre : cette fin inattendue nous empèche de savoir si ce délire était véritablement permanent ou si,

peut-être, comme le plus souvent les délires de contentement

dans le tabes, il n'aurait pas persisté (1).

(1) L'examen histologique de l'écorce cérébrale nous a depuis montré qu'il s'agissait assurément de la paralysie générale la plus nette.

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