‹ Cécité et tabesChapitre 34 sur 67 · CAP UETE QN UE FT L · texte numérisé non relu

CAP UETE QN UE FT L

PME

La forme de beaucoup la plus typique est, nous le croyons, la plus commune des troubles mentaux graves dans le tabes amaurotique, et, assurément, la forme lypémaniaque, hypochondriaque avec délire de perséculion; mélancolique par les idées des malades, c’est, au contraire, une forme d’excitation exubérante par la façon dont ces idées sont exprimées. Baillarger, Michéa ont attiré, les premiers, l'attention sur cette forme du délire des tabétiques; plus récemment, elle a été bien décrite par le professeur Pierret (de Lyon) (1) et par ses élèves Robin (2) et Rougier (3): or, sur cinq Cas de tabes où Pierret et Rougier ont observé cette forme de psychose, deux sont des cas de tabes avec cécité. Ces auteurs ont voulu en faire: une forme de psychose spéciale au tabes ;: M. Nageotte la fait, au contraire, entrer dans le cadre de la paralysie générale. Des observations de cette même forme lypémaniaque, hypochondriaque et de persécution, sont signalées par Westphal, par Nageotte, par Fournier, par Raymond, par Cassirer, et nous avons été frappé de constater la fréquence de l'amaurose où de l'amblyopie prononcée dans ces différentes observations: la proportion relative des tabes amaurotiques avec délire hypochondriaque et de persécution est certainement très grande.

Mott, dans le mémoire tout récent dont nous avons parlé, insiste sur la fréquence de cette forme de délire chez les tabétiques en général et chez les tabétiques amaurotiques en parti-

culier: ses nombreuses observations sont des plus concluantes.

Cassirer (de Berlin) (4) vient d'insister également sur la

fréquence spéciale des troubles mentaux avec idées délirantes

de persécution dans le tabes avec amaurose:

Cinq malades dans nos observations de tabes amaurotiques

présentaient des troubles mentaux du même ordre (observations

(1) Pierret, Congrès de Blois, 1882.

(2) Robin, Thèse d'agrégation, 1880.

(3) Rougier, Thèse de Lyon, 1882.

(4) C assirer, Tabes el psychose, Berlin, 1903.

de Pot..., Bréav..…., Cous..., Degr..., Ven...); malheureusement l’observalion de certains d’entre eux a été insuffisamment prise ; les renseignements quenous avons obtenus sur des malades décédés depuis plusieurs années déjà nous autorisent seuls à les considérer comme faisant partie de ce groupe de persécutés hypochondriaques. A ces cinq observations, nous pourrions en joindre une sixième, celle d’un tabétique dont l’atrophie optique était seulement en voie d'évolution, dont la vue était très affaiblie.

De toutes ces observations, on peut tirer un tableau unique avec quelques légères variantes; et, chose remarquable, ce sont presque les mêmes actes que répétaient non seulement nos malades, mais les tabétiques amaurotiques persécutés examinés par les différents auteurs, par Mott, par Fournier, par Rougier, par Raymond, etc. ; c'est dans les mêmes termes, presque, que ces auteurs font les mêmes remarques que nous avons faites dans les observations de nos malades.

« Chaque fois que l’on passe devant le lit du malade, dit le professeur Raymond (1), celui-ci se plaint des souffrances qu'il endure, en particulier de sa constipation qu'il exagère. Toutes les plaintes sont formulées sur un ton pleureur et niais; ses intestins sont bouchés, dit-il, rien ne passe plus, etc... Il pleure facilement, de temps à autre quelques idées de suicide. » N'’estce pas absolument l'observation de notre malade Pot...? Nous avons, en effet, noté dans l'observation: « Le malade n'entend pas passer une seule fois un médecin sans se lamenter sur son état, sur son « enflure générale », sur ses douleurs « partout ». Il se plaint de plus de ne pas pouvoir uriner et d’avoir, de ce fait, de grandes douleurs dans le bas-ventre: mais dans son urinal on voil une assez grande quantité d'urine parfaitement limpide. IH s'est plaint de ne pas aller à selle, on lui a donné un purgatif; il l’a pris à sept heures du matin; or, à neuf heures, au moment de la visite, il se lamente, s’écrie que le pürgatif « lui est resté

(1) Raymond, Bulletin soc. med. des hôpitaux, 1892, p. 838.

dans le corps », sur ce qu'il n’a pas été à la selle et sur ce que, de ce fait il souffre beaucoup... Trois jours après, ilse plaint, à neuf heures, qu'il a pris un lavement à sept heures et demie et « qu'il ne lui en est pas ressorti uñe goutte du corps, qu'il souffre beaucoup ».

Quelques jours après, il monte au troisième étage et se jette dans la cage de l’escalier: on le relève avec des fractures multiples de tout le côté droit, bras, avant-bras, fémur; « présque aussitôt couché, il se plaint amèrement de ce que la surveillante a déclaré le matin au médecin qu'il avait été à la selle; ce serait celte déclaration, qu'il prétend mensongère, qui l'aurait poussé au suicide ».

Nous avons tenu à reproduire ici quelques détails de cette observation parce qu'ils nous paraissent absolument typiques :

avec quelques variantes, ils fournissent le tableau le plus net de

l'hypochondrie invincible de ces malades. Aucune explication ne modifie leurs idées, aucune évidence ne les convainct, ils se plaignent d’avoir la taille extrêmement gonflée alors qu'ils se sentent très à l'aise dans un vieux pantalon (observation de Pot...), ils se plaignent de n'avoir pas assez à boire alors que leur pot de lait est plein et qu'ils le savent, ils se plaignent de ne pas pouvoir uriner alors qu'ils viennent d'uriner abondamment.

Mais cette hypochondrie n’est pas la seule manifestation de ce délire; la persécution joue aussi un rôle, et les malades se plaignent des misères qu'ils ont à endurer de la part de leurs voisins et de la part du personnel; on les laisse mourir de faim, on se moque d'eux; on leur fait manger des aliments pourris, des excréments; on les accuse de tous les méfaits, etc.

Calmes à l'ordinaire, ils s’agitent parfois, crient et menacent, deviennent dangereux, rarement pour les autres quand ils sont aveugles (bien qu'un de nos malades aveugles, Cous..., ait caché des couteaux dans son matelas), mais fréquemment pour

eux-mêmes. Le suicide n’estpasrare dans cette forme de psychose hypochondriaque et de persécution, qu'elle survienne, d'ailleurs,

ou non dans le cours dü tabes. Notre malade Pot... s'est suicidé en se jetant dans la cage de l'escalier, et le suicide était chez lui depuis longtemps une idée fixe; un autre malade, Soulle..., non complètement amaurotique, el qui avait présenté le même syndrome hypochondriaque, les mêmes douleurs excessives, le même mécontentement de tout et de tous, s’est suicidé en se coupant avec son couteau de poche la verge et les testicules. Un autre de nos malades, Bout... s'est, il est vrai, suicidé aussi au milieu d’une erise de délire de contentement.

Au milieu de cet ensemble de troubles délirants à idées tristes, surviennent parfois quelques idées de grandeur ; d'après Nageotte, on les verrait même alterner presque toujours, mais, d'après nos observations, le fait nous a paru assez rare. Une fois, cependant, nous avons vu du délire de contentement modifier un peul'allure de ces troubles mentaux : au milieu de ses idées mélancoliques et persécutées, notre malade Bréav...se targuait d'inventions remarquables, d'appareils électriques destinés à détruire les punaises, etc. L'ensemble du tableau clinique n'en reste pas moins très typique et l'on comprend qu'à cause de la systématisation même de ce délire, beaucoup d’auteurs aient voulu, à la suite de Pier-

ret, en faire une forme spéciale de psychose tabétique.

Peut-on expliquer la prédominance des idées hypochondriaques et des idées de persécution dans le délire des tabétiques en général, et des {abétiques amaurotiques en particulier? Nous le croyons et nous nous appuyons sur le fait bien connu et bien compréhensible que les troubles sensitivo-sensoriels jouent un grand rôle dans la forme du délire. Or, les tabétiques ont, en général, des douleurs, très souvent des paresthésies, et, pour peu que le cerveau soit altéré, les douleurs et les sensations anormales sont interprétées faussement el le délire prend la forme hypochondriaque, souvent méelée à la forme de persécution. Beaucoup de tabéliques amaurotiques ont des douleurs fulgu-

rantes, mais beaucoup aussi ont quelque chose de plus, à

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