‹ Cécité et tabesChapitre 37 sur 67 · BA <,T ER · texte numérisé non relu

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ment aux sensations douloureuses et la persécution plus spécialement aux hallucinations sensorielles, visuelles et auditives. Ce fait nous a frappé à propos de deux de nos malades entre autres : Pot... qui avait eu des douleurs très fréquentes et ne s'était jamais plaint d'hallucinations, eut un délire presque exclusivement hypochondriaque; Cous.. chez lequel avaient prédominé les hallucinations visuelles à caractère terrifiant, fut pris de délire de persécution très intense ; il cachait des couteaux dans son matelas, il avait des périodes d’excitation persécutée très violente et on fut obligé de le camisoler.

Mott a remarqué cette influence des hallucinations sur la forme des délires ; ila noté, en effet, des hallucinations visuelles ou auditives chez les trois quarts des tabétiques persécutés ; or, c'est, nous l'avons dit, chez les tabétiques amaurotiques qu'il a rencontré le plus fréquemment des hallucinations visuelles.

Ces remarques expliquent parfaitement, ce nous semble, la fréquence de la forme spéciale du délire hypochondriaque et de persécution, que l’on observe tout particulièrement chez les tabétiques, et, parmi eux, de préférence chez les amaurotiques.

Est-il nécessaire de faire de ce délire une forme à part, une psychose tabétique? Ne peut-on admettre avec Kroepelin que la forme du délire a peu d'importance pour la classification des troubles mentaux, que cette forme dépend de causes contingentes, occasionnelles, comme les douleurs ou les troubles sensitivo-sensoriels, plus que des différences anatomo-pathologiques? Nous laissons à de plus compétents le soin de résoudre cette question; il nous paraît être seulement dans notre rôle de la poser.

Ajoutons seulement quedansles antécédents héréditaires de nos tabétiques avectroubles mentaux, nous trouvons très rarement des affections mentales ou nerveuses (observations de Chez..., Ra...): le fait mérite d’être remarqué, car l’hérédité est considérée par la plupart des auteurs, Raymond, Naggar, etc. comme l'élément prédominant dans la pathologie des psychoses non paralytiques :

roi:

l'hérédité a-t-elle un rôle moins capital dans la pathogénie de la paralysie générale dont on connail les lésions anatomiques et l'étiologie acquise ordinaire? Qu'elle soit héréditaire ou acquise, la « prédisposition » ne nous semble cependant pas un élément à négliger dans la pathogénie des troubles mentaux du tabes et même des hallucinations qui en sont si souvent le début etqui sontelles-mèmes, d'ordinaire, provoquées par des troubles sensitivo-sensoriels : « c'est l’état hallucinogénique du sujet, dit le professeur Joffroy, et non la lésion cérébrale, qui fait l'halluci-

nation ».

En résumé, nous concluerons ce chapitre parles quelques lignes suivantes :

Les troubles mentaux sont tout particulièrement fréquents dans le tabes amaurotique; les statistiques des observateurs récents (Mott, Moëli, Cassirer, etc.) etles nôtres concordent à ce point de vue : l'opinion courante que le tabes amaurotique est, en quelque sorte, immunisé vis-à-vis des troubles psychiques comme vis-à-vis des troubles sensitifs, moteurs et viscéraux du tabes, est absolument erronée.f

Les troubles mentaux du tabes amaurotique sont très variables : on peut, cependant, en préciser quelques types. Beaucoup de tabétiques amaurotiques présentent une modification du caractère, un état mental exubérant et incoordonné qui ressemble beaucoup à celui des paralytiques généraux au début : comme ceux-ci, ce sont des « brouillons » (P. Garnier); leur aspect, leurs paroles, leurs gestes et leurs actions se font remarquer par leur absence de suite, de systématisation et parfois de logique.

Des troubles mentaux plus sérieux peuvent revêtir soit une forme transitoire, soit une forme permanente. Les troubles transiloires consistent en bouffées délirantes, principalement avec idées de bien-être, de grandeur et de richesse. Les troubles permanents revêtent rarement la même forme d'idées de gran-

deur; parfois, ils surviennent dans les dernières années de la

HO

maladie et consistent en une diminution intellectuelle générale, en une démence simple semblable à la démence sénile, mais les troubles mentaux, de beaucoup les plus fréquents et surtout les plus typiques chez les‘ tabétiques en général et chez les tabétiques amaurotiques en particulier, revêtent la forme du délire lypémaniaque, hypochondriaque et de persécution.

La prédominance de cette forme chez les tabétiques en général tient le plus souvent à l'existence de douleurs qui, faussement objectivées, servent d’aliment au délire. La fréquence particulière de cette forme chez les tabétiques amaurotiques s'explique, semble-t-il, par l'existence très fréquente, surtout dans les stades de l'amaurose incomplète, de sensations visuelles colorées, dues, sans doute, à l'irritation du nerf optique. Ces sensations restent isolées chez les sujets dont le cerveau est sain, mais sont objectivées pour peu que le cerveau soit altéré sous l'influence soit de lésions corticales soit de prédispositions héréditaires ou acquises, et donnent naissance à des hallucinations pénibles et, consécutivement, à du délire de persécution.

L'importance relative deslésions de la paralysie générale dans la genèse de ces différents troubles est appréciée de façon essentiellement variable par les auteurs : nous avons cherché à donner un aperçu de ces différents troubles sans prendre parti

dans la question de leur pathogénie.

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