FETE
croyons en un mot qu'il peut exister une amaurose tabétiqué isolée, un tabes monosymptomatique limité à l'atrophie optique ; mais au mot tabes est liée trop intimement aujourd’hui l’idée de lésion médullaire, de lésion’ des cordons postérieurs, pour que nous ayons voulu admettre des cas dont aucun symptôme n’ait traduit l'existence de cette lésion. Nous croyons, nous l'avons déjà fait entendre, que l'atrophie optique et les troubles spinaux du tabes vulgaire sont dûs à deux localisations différentes d'un même processus sans rapport direct l'une avec l’autre et sans influence l’une sur l’autre : nous n'avons voulu compter que les cas qui présentaient au moins un signe net de l’une et l’autre de ces localisations.
Dans les cas où ils ont été recherchés (chez tous nos malades vivants et chez quelques décédés), les réflexes des membres supérieurs ont été Lantôt absents et tantôt présents; parfois, ils existaient d’un seul côté seulement; le plus souvent, l'un ou l'autre des réflexes radiaux ou olécrâniens était absent. En somme, presque toujours ces réflexes ont été trouvés modifiés ; mais, à peine dans la moitié des cas, on les a trouvés tous abolis.
Parmi les réflexes cutanés nous avons recherché les crémastériens, lesabdominauxetles plantaires; lesréflexes crémastériens et abdominaux ont été recherchés les uns et les autres dix-sept fois ; sept fois ils étaient conservés l'un et l’autre; six fois les crémastériens étaient abolis et les abdominaux seuls conservés, et une fois l’'abdominal gauche subsistait seul; une seule fois, au contraire, les crémastériens étaient conservés alors que les abdominaux étaient abolis (observation de Pot...); deux fois les réflexes crémastériens et abdominaux étaient tous abolis; une fois, enfin, les deux réflexes n’existaient qu’à gauche sans qu'il y ait eu d'hémiplégie antérieure. Quatre fois les réflexes crémastériens ont été seuls recherchés ; trois fois ils étaient abolis et une fois conservés. En somme, très fréquemment les réflexes crémastériens étaient abolis, très rarement les réflexes abdominaux. Nous ne savons s'il y a là une particularité du tabes
amaurotique, ou même s'il s’agit d’une atténuation d'un symptôme du tabes vulgaire; les opinions diffèrent, en effet, au sujet du réflexe abdominal dans le tabes, et alors que Dinkler le prétend généralement diminué ou aboli, Oppenheim le croit plutôt exagéré; d’après certains auteurs [Rosenbach, Ostankoff, Erlicki, Bechterew (1)] les réflexes cutanés seraient d'abord exagérés dans le tabes, puis diminués.
Le réflexe plantaire se faisait en flexion dans presque tous nos cas ; dans un certain nombre de cas, cependant, il se faisait en extension soit d’un côté (Beuch..., Rei..., peut-être Pot...) soit des deux côtés (Bot... et Despr...). Depuis les recherches de M. Babinski, on sait quele réflexe en extension indique l’altération du faisceau pyramidal; dans un de ces cas (Reï...), il semble qu’une hémiplégie antérieure légère l'ait expliqué; dans les autres cas, il faut admettre une participation du faisceau latéral au processus qui frappait le cordon postérieur, 1l faut admettre une sclérose combinée. Ce signe étant le seul qui, avec exceptionnellement une légère modification de la démarche, distingue les malades atteints de sclérose combinée des tabétiques ordinaires, et ces malades ayant loujours été, jusqu'aux communications de M. Babinski et de MM. P. Marie et Crouzon, considérés comme des tabétiques vulgaires, nous n'avons pas cru devoir les considérer, quand ils ont été frappés d'amaurose, comme atteints d’un processus différent : c'est volontairement et en connaissance de cause que nous les avons joints à {ous les autres labéliques amaurotiques.
(1) Bechtrew, Clinique neurol, de Saint-Pétershourg, 1897.